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Temps, sychronicité et liberté - Serge Carfantan
 
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Leçon 230.  Temps, synchronicité et liberté   

    Au cours des leçons précédentes nous avons longuement abordé la question de la synchronicité. Tout d’abord en examinant la théorie du hasard dans la physique classique et les nouvelles avancées de la physique quantique. Nous avons consacré une leçon entière aux thèse de Carl Gustav Jung dans ses recherches menée en relation avec Pauli. Nous avons aussi examiné la non-causalité qui est sous-jacente à la théorie de la synchronicité.

    De nombreuses publications ont paru depuis, les vannes sont ouvertes et  nous sommes très loin d’avoir épuisé le sujet. Une problématique en particulier peut être entièrement renouvelée avec l’introduction de la synchronicité. Celle de la liberté. En effet, nous avons vu que tant que nous raisonnons dans le cadre conceptuel du déterminisme classique, nous aboutissons nécessairement à des apories insurmontables. La causalité linéaire du paradigme mécaniste instaure une interprétation très statique de l’univers dans laquelle il ne peut y avoir irruption d’un potentiel spirituel. Pas étonnant dans ces conditions que les penseurs qui ont cru dans le déterminisme en soit venus à nier la possibilité du libre-arbitre.

    Cependant, si, comme nous l’avons largement montré, l’univers est dans son essence infiniment plus souple que nous pouvons l’admettre, si la réalité est bien plus floue et bien plus dynamique que nous pouvons le croire, alors il est tout à fait possible que nos intentions tracent un chemin dans le réel. Nous ne sommes pas comme un train sur des rails. Nos intentions sont créatrices et elles provoquent des bifurcations au sein de ce que nous pourrions appeler notre arbre de vie. Le phénomène qui est en résulte est précisément la synchronicité des événement qui se manifeste dans notre quotidien. Donc, dans quelle mesure la théorie de la synchronicité vient-elle justifier  notre libre-arbitre ?

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A. Un seul futur ou des futurs multiples

    Revenons sur ce que nous avions dit auparavant, concernant l’interprétation de la causalité dans le cadre du paradigme mécaniste. Nous disions que de ce  point de vue, un événement D est considéré comme déterminé s’il est l’effet d’une cause C telle que, si elle n’était pas apparue, C n’aurait pas été manifesté non plus. Dans ce schéma, la causalité est linéaire en allant de C vers D. Il est alors facile de s’imaginer une régression à l’infini qui précède l’apparition de C, depuis B et ainsi de suite. Comme le tracé A, B, C, quand il est regardé en se retournant vers le passé montre une ligne, la pensée n’a aucune difficulté à reproduire le même tracé vers le futur et à en imaginer le prolongement dans la séquence de l’avenir. Rien que de très banal. En fait, il ne s’agit pas d’une inférence tirée de la considération des lois physique. Il est dans la nature du mental de fonctionner au passé, donc d’avoir perpétuellement tendance à le projeter sur le futur. C’est ainsi que l’esprit fonctionne d’ordinaire à son niveau le plus élémentaire. Le plus grégaire pourrait-on dire. Par conséquent, l’idée d’un futur unique n’a aucun mal à s’imposer : non pas pour des raisons logiques, mais parce qu'il s'agit d'une projection habituelle de la pensée.

     1) Bergson a très bien expliqué cette illusion rétrospective, qui est rendue par une image. Le promeneur qui marche sur une plage de sable fin au bord de l’océan, en se retournant voit ses propres traces dans une longue ligne sinueuse. S’il tourne à nouveau son regard devant lui, il peut  imaginer que chacun des pas qu’il va faire va s’engager dans des traces tout aussi déterminées que celles qui sont derrière lui. Ce qui constitue une illusion car dans le présent il n’y a pas qu’un seul chemin de tracé à l’avance mais plusieurs sont possibles. De là l’idée que nous allons explorer selon laquelle dans le présent sont dessinés des futurs multiples. L’illusion du mécanisme aurait tendance à nous faire croire que nous sommes comme une locomotive sur des rails vers une destination déjà écrite, ... L'explication suit la paresse naturelle de l’esprit. L'aspect mécanique de la pensée. Elle néglige l’ingrédient essentiel qui lui échappe : le dynamisme infini présent dans l'univers sa puissance de Création.  Comme Bergson a bâti toute sa philosophie sur l'intuition du dynamisme vivant du Devenir, il ne peut laisser passer pareille erreur. D’où son insistance à bien distinguer le temps chronologique de la pensée, de la Durée qui est intimement liée au Devenir réel de la Manifestation. L’Univers se crée à chaque instant, ce qui veut dire qu’à chaque instant il y a du Nouveau, qui n’est jamais la stricte répétition de ce qui a été, sans qu’il y ait une subtile déclinaison de l’inédit. Ce qui bien sûr est très dérangeant pour le mental qui, fonctionnant au passé, préférerait que le changement ne soit que répétition, ce qui est la seule représentation qui confère à l'ego un sentiment de maîtrise de la réalité. Bergson dit que nous résistons au changement ! (texte) Nous ne voulons pas l’affronter en face. Mais ce n’est pas de cette manière que les choses se passent. On a beau ..., nous continuons à entretenir la pensée selon laquelle nous avons raison de persister dans l’idée que nous pouvons tirer de nos cogitations égotiques une ligne vers le futur et que ce sera la bonne, que l...

   

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de tous les jours est complexe. Dans un univers où tout est relié, une infinité de causes contribuent à l’apparition de chaque événement. Nous avons condensé cette thèse en disant que l’Univers tout entier contribue à l’apparition de chaque événement qui se produit en son sein. Donc il faut oublier toutes ces histoires de boules de billards qui se cognent, ces objets séparés dans le vide, c’est de la simplification abusive. Donc, laisser tomber l’idée de causalité linéaire qui n’est qu’une approximation grossière de ce qui a lieu réellement pour une appréhension plus systémique. Nous avons montré de manière assez détaillée que c’est ce qui fait le caractère révolutionnaire de la manière de penser de l’écologie.

    Le déterminisme intégral n’a jamais été qu’une hypothèse commode, rien de plus. Il a été battu en brèche même sur le terrain où on le croyait confirmé. On peut très bien s’en passer en physique dans l’infiniment petit. La théorie quantique fait un pied de nez au paradigme mécaniste classique, elle démontre que l’on peut très bien bâtir une physique extraordinairement efficace en se passant de ce postulat encombrant. Il restait cependant  aux partisans du déterminisme un terrain de chasse gardé : bon, d’accord, il ne marche plus au niveau microscopique… mais au moins il fonctionne au niveau macroscopique ! (texte) Jusqu’au jour où la thermodynamique a pu montrer que les systèmes chaotiques comportent aussi une dimension indéterministe fondamentale. Et qui n’est pas simplement une sorte de défaut de notre savoir. Même à notre échelle, l’imprévisibilité est substantielle ... La texture du réel est bien moins rigide, moins mécanique, que nous pouvons le croire ; ce qui nous a amené à parler d’une sorte d’élasticité de la Nature. Image qui est assez cohérente avec l’idée selon laquelle la matière dans son intégralité n'est rien d'autre qu'une fantastique distribution d'énergie. Le concept de « chose » lui-même ne se justifie que sous le regard d’un observateur placé dans la vigilance.

    2) Venons en maintenant aux formulations du livre de Philippe Guillemant avec lequel nous allons faire un bon bout de chemin dans cette leçon, La Route du Temps. Admettre l'existence des futurs multiples, explique-t-il, c'est considérer le mouvement du temps selon un arbre de vie, thèse qui est très visiblement «en contradiction totale avec le déterminisme». L'image de l'arbre, comme arbre des possibles est intéressante à plus d'un titre. Si « on descend d'un arbre le long de ses branches, on aboutit invariablement au tronc selon un mécanisme visiblement déterministe qui, contrairement au cheminement vers le haut, nous dispense d'avoir à faire le moindre choix». Nous l'avons vu. Nous nous inclinons alors devant la nature déterminée du passé. Toutefois, ce n'est pas du tout l'option doctrinale du déterminisme qui n'a jamais eu cette modestie. « C'est en direction du futur, c'est à dire vers le haut, que le déterminisme prétend nous dispenser de tels choix, et non l'inverse. En direction du passé, nous comprenons bien qu'aucun choix n'est possible, puisque nous ne vivons pas dans ce sens et que pour choisir, encore faut-il vivre».

    Pour que la thèse de l'arbre de vie soit sérieusement prise en compte, il est donc indispensable de montrer qu'il est possible d'inverser le sens du déterminisme, ce qui « revient à trouver une logique de cheminement lorsqu’on remonte le temps, qui nous permette de déduire le passé du présent, comme le permet l'Arbre de vie ». Mais comme passé et présent sont représentés dans une relation de causalité, inverser le sens du déterminisme « imposerait donc l'idée que des causes passées puissent être déterminées par des effets présents ». Ce qui est un défi. ... : « il ne s'agit pas cependant de nier la causalité, mais tout simplement de la rendre réversible ».

    En clair, et pour aller droit au but, de même qu'il y aurait une procession causale séquentielle qui va du passé vers le présent, il est possible, en vertu de la nature même de la conscience, qu'à travers nos intentions portées vers le futur, nous fassions redescendre des effets sur notre présent. Ce qui rejoindrait admirablement la théorie de la synchronicité.

    Commençons par une remarque : il est incontestable que « les équations fondamentales de la physique sont  bel et  bien réversibles par rapport au  temps ». C'est le scandale qu'a soulevé Bergson. Il  est désormais possible d'examiner ce problème sous un nouveau jour.  Contrairement à ce que nous avons tendance à croire, la séparation de la causalité et du déterminisme est parfaitement envisageable du point de vue de la physique.

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    Mais c'est sans compter avec une argumentation massive, que nous avons précédemment exposée, qui plaide en faveur de l'existence de la flèche du temps dans l'univers.  Restons dans le contexte de la physique. Nous n'allons pas revenir sur tous les détails, mais il s'agit là, comme le dit Guillemant d'un panneau sens interdit planté en plein dans son territoire ! (Le seul selon lui). La flèche du temps « provient de l'irréversibilité « de fait » de nombreux systèmes physiques, comme par exemple une machine à café, une voiture, un moteur, un mélange, une cellule, une turbine, un être vivant, etc. Il semble en effet impossible de voir fonctionner ces systèmes à l'envers ». Mais pour les appuyer, nous avons tendance à nous replier sur le vieil argument d'Héraclite, « on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve ». Tout est dit dans un seul mot qui sonne comme une incantation menaçante : « l'irréversibilité » ! 

    Sauf dans quelques audaces de science fiction. Il y a une très belle histoire dans la saga de Dan Simons, Hypérion, un père tente avec angoisse de sauver sa fille archéologue, contaminée aux Tombeaux du Temps, elle régresse tous les jours en âge vers la petite enfance, et il va devoir bientôt lui donner le biberon en espérant qu'elle ne disparaîtra pas. Exactement le genre de phénomène qui serait le contraire exact de ce qui constitue notre expérience.

    Quand bien même l'irréversibilité aurait l'appui de notre expérience à l'état de veille (ce qui est faux dans le rêve), il y a malgré tout des physiciens qui se posent des questions sur son statut exact en physique, au-delà du simple constat empirique. Du point de vue de la vigilance, j'ai beau faire, comme dit Bergson, si je veux me préparer un verre d'eau sucrée, je dois attendre que le sucre fonde et il ne va pas sortir du verre d'eau pour se reconstituer en morceau de sucre. Bon !

    Mais le problème reste entier pour le physicien, rien à faire, les équations de la physique sont réversibles et mêmes symétriques en fonction du temps. Est-ce  parce qu'il manque quelque chose à la représentation des physiciens ? Il faudrait, sous la menace du revolver les sommer de se rendre à une « évidence » de l'irréversibilité ? Ou bien ont-ils quelques raisons solides de poser des questions gênantes qui prendraient à rebrousse-poil notre représentation de l'état de veille ?  

B. Une fissure dans le temps

    Qu'en est-il de l'irréversibilité du point de vue du physicien ? Faisant appel à son expérience de modélisation, Philippe Guillemant s'en tient aux conclusions des calculs eux-mêmes. Il constate que les systèmes dit  irréversibles, sont en fait indéterministes par nature. (texte) Nous en sommes réduit pour les décrire à faire usage d'une approche statistique de modélisation et la méthode employée fait « qu'il n'est pas possible de l'appliquer dans le sens inverse du temps ». Autrement dit, l'irréversibilité est imposée par le type de calcul employé !  Pour cette raison, certains physiciens se sont donc demandés si « l'irréversibilité n'était pas finalement une illusion produite par un effet statistique ». Conclusion qui, on l'avouera, est très choquante, eu égard à notre expérience habituelle. Curieusement, dans le consensus actuel, la physique du macroscopique ne tient pas compte de l'argument et elle prétend même pouvoir passer d'une impossibilité de fait à une impossibilité de principe de remonter le cours du temps. Ce qui ressemble fort à une position dogmatique. L'ironie c'est que « la physique microscopique, ...dans les deux sens du temps».

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    Petit retour en arrière. Il n'est pas question de déclarer en l'air que l'homme est « libre », en niant abstraitement le poids des conditionnements qui trop souvent l’entraînent dans une répétition compulsive du passé. Nous avons étudié ce problème et montré que précisément l'ego est fait de ce montage de conditionnements. De même, il n'est pas question de prendre au pied de la lettre un déterminisme auquel la physique elle-même ne croit plus, qui deviendrait dès lors un fatalisme qui n'aurait plus d'appui que celui d'une croyance.

      La solution est plus complexe, elle est assez entrevue par Bergson disant que le moi social est  très rigide, pétri d'habitudes, de stéréotypes et de conditionnements. Tant que nous vivons engoncés dans un personnage, nous sommes la proie de toutes sortes de conditionnements et la Personne véritable en nous ne s'affirme pas. Elle attends l'heure de l'éveil. Communément, on est les autres avant d'être Soi, ce qui dénote une bonne dose d'inconscience et une vie faites d'automatismes. L'acte libre ne peut donc être une habitude, il est exceptionnel dans son essence  comme émergence du Nouveau ; Bergson le décrit comme une poussée volcanique, une Force qui brise la croûte des conditionnements en laissant passer  le flot d'un élan venu du plus profond de Soi. Une véritable spontanéité. Bergson parle du  « moi authentique », celui qui coïncide avec la Vie dans son dynamisme créateur. Le libre-arbitre suppose un pas dans l'Inconnu, un jaillissement de l'imprévisible, une aventure sur une nouvelle ligne du temps. Une décision qui ne relève que du Soi et n'a rien à voir avec l'ego. Nous avons plus haut dans le cours utilisé une expression : l'acte libre est la libération de notre préférence la plus intime. Il faut donc écarter l'idée d'arbitraire  dans la liberté ou d'acte gratuit. Les frayeurs de Gide à peine compensées par Sartre.

    C'est là que notre cheminement devient plutôt piquant, parce que nos vrais désirs, sont l'expression de nos intentions les plus profondes et logiquement nos intentions pourraient, si on suit la théorie de la double causalité, baliser notre futur. Ce qui veut dire que, si nous admettons la réversibilité temporelle, elles pourraient nous faire signe dans des traces du futur, de même que nos actes se déposent dans les traces du passé. Ce qui correspond très exactement ce que nous appelons les coïncidences étranges, ou les synchronicités. Bien sûr, le concept de traces est d'ordinaire lourdement lesté d'une référence au passé et empesé de déterminisme ; cependant, puisque nous avons mis entre parenthèse le déterminisme sans pour autant renoncer à la causalité, nous raisonnons désormais dans une théorie de la double causalité et celle-ci implique qu'il y ait effectivement des traces du futur. Soyons très exigeants : nous ne parlons pas des prédispositions qui feraient par exemple qu'un enfant très tôt manifesterait des aptitudes, mettons pour la musique. Nous ne parlons pas non plus, de la compulsion à projeter sur le futur un scénario récurent du passé. Il se trouve que notre futur est mentalement pas mal encombré de « simulacres »

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« Intention et observation seraient les deux ailes de notre libre-arbitre »

    Il est très tentant de faire un rapprochement entre le rôle de l'observation noté ici et celui qui est analysé en mécanique quantique dans la théorie de la décohérence. Selon les physiciens, « le concept de décohérence décrit comment la coexistence simultanée de plusieurs « branches de vie » potentielles parvient à se maintenir avant d'atteindre le stade ultime de l'observation, par le processus de décorrélation » qui aboutit à la mesure effective. « La décohérence nous explique le mécanisme d'entrée dans la réalité d'une observation unique parmi un ensemble de possibles ». Les physiciens s'amusent beaucoup avec ce concept, disant que l'univers joue sa danse cosmique, mais dès que nous l'observons, il prend une forme définie ! Une seule version de la réalité émerge alors. Mais le processus d'observation a en fait permis d'accueillir dans le réel une branche de vie potentielle. Et attention, il est simpliste de penser que tout cela se fait dans une parfaite gratuité désordonnée, comme en rêve, c'est pourquoi Philippe Guillemant estime indispensable d'introduire ce qu'il appelle la loi de la convergence des parties, qui respecte l'ordre dans l'univers. Celui qui nous apparaît dans le monde de la vie à l'état de veille.

     2) Cet ordre qui coordonne notre intention et le flux des événements nous conduit à l'apparition des coïncidences dans notre vie. L'exemple personnel donné dans le chapitre les fissures du temps, est celui du marcheur en montagne qui peine à retrouver son chemin de retour et qui croise un vol de perdreaux et un chevreuil, suit l'indication d'une direction et retrouve sa route, ... Mais, en toute honnêteté, chacun d'entre nous pourra trouver mille exemples dans son histoire personnelle de ce genre de coïncidences. « Il semble que ce qui caractérise ce type d'ordre issu d'on ne sait où, soit avant tout le synchronisme ! ». Ainsi, « les coïncidences nous instruisent déjà sur un potentiel de la Loi de la Convergence des parties, susceptible de fournir une explication non causale à la création d'un ordre synchrone inexpliqué ». (texte)

    Marquons une pause. Au point où nous en sommes de notre raisonnement, « il serait bon de s'habituer maintenant à cette idée d'une logique non-causale, à causalité en réalité inversée mais qui n'en reste pas moins parfaitement rationnelle ».

    Toutefois, cela demande une certaine gymnastique mentale, car dans le cadre de la représentation standard du temps qui soutient le paradigme mécaniste, tout cela tient d'une gageure. Notre conception ordinaire de la causalité ne tolère que les prédictions basées sur le calcul déterministe. C'est tout juste si nous concédons du bout des lèvres une possibilité de ce genre au nom de l'intuition personnelle. Et en effet, il faut être très prudent, questionner, questionner, faire preuve de discernement pour ne pas tout mélanger : fabulation, projections mentales, attitudes superstitieuses,  surinterprétations paranoïaques, prévisions douteuses etc. Ce qui n'empêche pourtant pas l'authenticité du phénomène. Il faut savoir douter là où il faut et une bonne règle à se souvenir est qu'une coïncidence véritable nous frappe toujours par surprise, sans qu'on l'ait vraiment cherché. Une formule donnée par Guillemant est : « nous devrions être déterminés, mais ne pas encore savoir comment réaliser nos intentions ». Le fonctionnement habituel du mental est bien connu : « en imaginant les moyens que nous pourrions utiliser pour réaliser notre objectif, nous inscrivons nos futures actions potentielles dans une stratégie causale, l'un des moyens devenant la cause de notre futur ». C'est tout à fait normal, l'ego adore planifier, il n'existe que dans le temps psychologique et sa maîtrise sur le temps dépend de la mise en œuvre d'une volonté de puissance exercée en direction du futur. Mais justement ce mode de pensée, surtout quand il devient obsessionnel, est aveuglant pour l'observation directe de ce qui est. Ce qui « annihile donc toute possibilité que ce futur dérive d'autre chose que de ces moyens, en rendant impossible l'apparition de traces non causales ! ».

    Tout ce que nous pouvons dire, c'est que si nous accordions plus d'attention à ce qui est, si nous étions davantage présent et non pas toujours ailleurs, nous serions souvent confrontés à des synchronicités. Au stade où nous en sommes, nous pouvons affirmer qu'elles mettent en œuvre une logique non-causale, dont nous n'en n'avons pas  la maîtrise ; qui plus est, notre concept égotique de maîtrise est incapable de nous l'apprendre. Nous voyons cependant qu'il y a ici, comme dit Guillemant « une première fissure du temps ». Elle mérite d'être reconnue car elle est un élément clé de la complexité du réel. Au fond, notre réaction ordinaire devant les coïncidences provient de notre incompréhension de leur logique, ce qui nous fait parler dans un langage peuplé de « magie ». Comme si cela ne devait pas être dans l'ordre bien séquencé de notre réel causal et que tout cela tenait du « miracle ». Mais il n'y a aucun miracle, c'est juste que notre représentation du réel est très limitative et qu'elle interdit ce qui ne cadre pas avec elle. De même, parler en l'air de « hasard » à tout bout de champ, en répétant le mot comme s'il expliquait quoi que ce soit, est aussi une marque de nos propres limitations. La conséquence suit : « Cette logique non-causale étant ignorée, tout autant que la source de réalisation future qu'elle a pour fonction de brancher sur notre présent, il en résulte que l'on attribue parfois une intentionnalité au hasard lui-même ». Ce qui est quand même un comble. « Le hasard n'a rien à voir dans ce mécanisme, où seul compte le réservoir des possibles, parmi lesquels sera automatiquement sélectionné celui qui réalise le futur potentialisé ». (texte) Nous l'avons suffisamment montré, le pouvoir de l'intention réside dans le foyer de la Conscience et c'est lui seul qui peut rendre signifiant un événement synchronistique.

C. La dimension verticale de l'intemporel

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Questions:

1. Quelles sont les implications de la rétro-causalité?

2. En définitive sur quoi se fonde le fatalisme?

3. En quoi l'option du déterminisme est-elle justifiée d'un point de vue scientifique?

4. Et si le temps était une illusion?

5. Le libre-arbitre est-il seulement un présupposé moral?

6. Quelles seraient les implications de l'existence d'une logique non-causale dans l'univers?

7. Ignorer le pouvoir de nos intentions, n'est-ce pas s'aveugler soi-même?

 

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  © Philosophie et spiritualité, 2013, Serge Carfantan,
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Leçons (1) et (2) sur la synchronicité


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