Leçon 131. Recherches sur l'intelligence formelle dans la Nature

    Depuis la destruction de la représentation chosique de la matière accomplie par la théorie de la relativité et la théorie quantique, les concepts fondamentaux permettant de penser les phénomènes physiques sont devenus ceux de champ et d’énergie. Dans la nouvelle physique, ce que nous appelons chose est une configuration locale d’un champ d’énergie non séparable de l’univers dans son ensemble.

    Cependant, le concept de champ, tel qu’on le rencontre dans la théorie quantique reste marqué d’un flou caractéristique et d’une indétermination fondamentale. On dit de l’électron qu’il est une sorte de nuée, de nuage dans lequel sa détermination en tant qu’apparition événementielle ne dépend que de nos instruments de mesure. A l’opposé, dans tout ce que nous observons, au niveau macroscopique dans notre perception, dans l’attitude naturelle, nous trouvons des structures bien définies.

    Le passage d’un champ indéfini vers l’univers structuré dans des formes  fait problème. Si l’univers jaillit à chaque instant de la Vacuité d’un champ unifié sous-jacent à la matière telle que nous la percevons, si une fluctuation chaotique en est l’origine, il n’en reste pas moins que la forme organisée est sa loi la plus évidente. L’organisation de l’univers suit même une loi de complexité croissante, depuis les structures cristallines en passant par les entités vivantes jusqu’à l’homme pensant. L’existence des formes, suppose nécessaire une causalité formelle à l’œuvre dans la Nature. La question est donc de faire le lien entre le champ fondamental et les formes manifestées.

    Est-il possible de mettre en évidence une matrice formelle œuvrant dans la Nature ? Quel rapport y a-t-il entre les champs et les structures complexes ? La mise en évidence de formes, morphé, de propriétés morphiques dans la Nature, a conduit Rupert Sheldrake à l’élaboration d’une t....

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A. Le concept de champ et son extension

    Nous avons vu plus haut qu’il était possible de considérer l’ensemble de l’univers comme un champ d’énergie en perpétuelle auto-transformation. Dans cette nouvelle vision, le concept d’objet solide a une valeur qui est relatif à une échelle de perception qui est celle du sujet dans l’état de veille. La théorie quantique montre d’autre part que le champ d’énergie de l’Univers est aussi un champ unifié qui met en corrélation infinie les événements qui se produisent en lui. Elle nous oblige aussi à renoncer au concept de causalité locale en pensant l’événement comme une maille dans une trame infinie de l’espace-temps-causalité. Nous savons que le champ unifié est aussi un champ d’information non-local. Le seul modèle de représentation de l’information compatible avec la nature même des champs est le paradigme holographique. Nous avons aussi vu, en référence avec les travaux de Karl Pribam, que la mémoire humaine, sous la forme des souvenirs, contrairement à ce que croyaient les neurologues du XIX ème siècle, n’est pas ...

     ---------------1) Le concept de champ n’est pas une découverte récente. Il devait être connu dans la plus haute antiquité. Les traditions spirituelles anciennes parlaient de l’âme bien plus comme d’un champ de conscience enveloppant le corps-physique que comme d’un objet. On savait que l’ambre frotté attire sans contact les brins de paille. La réflexion la plus élémentaire sur le fonctionnement de la boussole conduit à penser qu’il existe dans la Nature une action à distance. A la Modernité, de manière assez paradoxale, c’est la physique qui a fait obstacle au développement de ce concept en raison de son paradigme mécaniste. On sait que chez les cartésiens, la causalité est seulement causalité par contact. Descartes avait pourtant imaginé une « théorie des tourbillons », mais elle est restée lettre morte. Les cartésiens verront dans l’idée d’action à distance avancée par Newton, une hérésie finaliste. C’est pourtant le coup de génie de Newton est d’avoir introduit en physique cette idée d’action à distance, idée qui est passée d’abord pour une monstruosité logique. Newton bouscule le paradigme mécaniste en introduisant un concept très nouveau qui va connaître un développement très important par la suite. Il

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’exemple classique de l’aimant et de la limaille de fer. Le champ est dans notre expérience invisible, sauf quand on peut, avec des artifices expérimentaux, parvenir à le manifester, comme dans l’expérience de la limaille de fer. Ce qu’on observe, c’est que l'action du champ dessine une forme. Le champ modèle une structure spatiale. La poudre de fer suit la configuration du champ magnétique, elle épouse son champ de force et se crée ainsi une organisation structurelle caractéristique. La finesse du grain semble rendre l’objet ici très sensible aux influences de champ. Mais nous savons que tout objet de taille plus élevée reçoit aussi une influence. Nous savons par exemple qu’il existe un champ magnétique terrestre. Une chose aussi simple que le fait d’avoir les pieds sur Terre n’est explicable qu’en supposant un champ de gravitation que pourtant nous ne voyons pas. Il en est de même de la relation entre les corps célestes, entre les étoiles et les planètes et de leurs mouvements. Nous ne voyons pas dans quoi se propagent les ondes radio et pourtant, nous notre poste fonctionne dans une pièce fermée de la maison, sans être directement arrosé par une antenne qui serait dehors. Notre poste de télévision contient un tuner qui lui décode des ondes porteuses d’images, ondes qui ...

    Faraday admettait la réalité physique des champs, mais pour lui, ils n’étaient pas constitués de matière ordinaire. Les lignes de forces perceptibles autour de l’aimant avaient selon lui :

    a) soit une existence physique en tant qu’état de ce qu’on appelait dans les anciennes cosmologies « l’Éther », le plus subtil des éléments dans les anciennes cosmologies.

    b) soit en tant qu’état de « simple espace », comme lignes de forces, modifications de l’espace.

    Maxwell, par la suite, adopta la première interprétation en voyant dans le champ un état spécifique de l’Éther. Selon lui, l’Éther avait une nature très proche des fluides dans lesquels on forme des tourbillons. En 1916 Lorenz considérait que l’Éther, comme siège de l’électromagnétisme, avait son énergie propre et sa vibration, et en un sens, un certain degré de substantialité.

    Einstein suivit lui la seconde interprétation de Faraday en considérant que le concept d’Éther était superflu. Selon Einstein, le champ électro­magnétique imprègne l’espace. Le champ n’a plus la moindre base mécanique, il est le siège de processus complexes et il possède à la fois énergie et mouvement. Il peut entrer en relation avec la matière et même échanger avec elle de l’énergie et du mouvement. Cependant, le champ reste indépendant de la matière et ne doit certainement pas être considéré comme un simple état de la matière, c’est plutôt un état de l’espace. L’effort d’Einstein dans la théorie de la relativité générale est d’étendre le concept de champ aux phénomènes liés à la gravitation. La synthèse géniale d’Einstein consiste à montrer que le concept newtonien de force gravitationnelle agissant à distance, se laisse mieux interpréter comme champ de gravitation, ce qui désigne en réalité un continuum espace-temps qui est courbé à proximité de la matière. La gravitation devient alors une conséquence des propriétés géométriques de l’espace-temps. La théorie ...

    2) A l’autre extrême du spectre, dans l’infiniment petit, nous savons aujourd’hui que nous ne pouvons plus en physique continuer à maintenir une interprétation des particules sous la forme de petites billes, comme on le croyait au XIX ème siècle. Le concept de champ a-t-il une portée dans l’infiniment petit ?
    C’est la théorie quantique qui répond à ce genre de question. Elle part de l’idée que les atomes absorbent et émettent de la lumière en « paquets», ou quanta. En fait, un rayon lumineux possède cet aspect particulier de se présenter sous un double aspect celui d’une onde ou d’une particule. Les particules en question sont appelées photons. En 1924 Louis de Broglie montre que, de même que les ondes de lumière ont à la fois des propriétés de particules et d’ondes, les particules de la matière ont aussi des propriétés  des ondes. Jusqu’alors, les physiciens étaient encore tributaires de la vieille idée de particules sous la forme de très petites boules de billard. Or La théorie quantique aboutit à une représentation dans laquelle toute matière a un aspect d’onde, y compris les atomes et les molécules plus complexes.
    Il faut donc raisonner avec un nouveau concept, celui de champ de matière quantique. Dans cette interprétation, on dira qu’il existe un type de champ propre à chaque  particule. On dira que l’électron est un quantum du champ électron/positron,  ou le proton un quantum du champ proton/antiproton. Dans les interactions, les champs entrent en relation les uns avec les autres ainsi qu’avec les champs électromagnétiques. Il n’existe plus alors de dualité champ/particule. De plus, le champ de matière quantique est décrit comme unitaire et c’est en lui que se spécifie la probabilité de trouver des quanta en un point particulier de l’espace-temps. Comme nous l’avons vu, les particules sont des manifestations de la réalité sous-jacente des champs. Comme les champs ne sont rien d’autre que des états de l’espace, ou du vide, il faut finalement conclure que le vide lui-même est en fluctuation. Il est une énergie perpétuellement en mouvement d’où apparaissent et où retournent les quanta. Une particule ...

B. Le vivant et les champs morphiques

    Il faut bien reconnaître que la biologie est très loin d’avoir assimilé les avancées de la physique. Les biologistes moléculaires continuent de raisonner avec un paradigme mécaniste. « Ils traitent de molécules qu’ils appréhendent, dans la plupart des cas, comme composées d’atomes de type boule de billard… les atomes semblent toujours fournir un fondement ferme et rassurant à la biologie et dans une large mesure à la chimie ». La logique de la fragmentation du savoir qui est caractéristique de l’état de notre science actuelle contribue à cet état de fait. Le passage à une science de la complexité est loin d’être accompli. C’est aussi le cas de l’enseignement scolaire de la biologie qui est massivement mécaniste. On n’est donc pas surpris de trouver chez certains biologistes des professions de foi mécaniste et une interprétation de la physique qui date du siècle passé. C’est un des mérites du travail de Sheldrake de mettre en relation les données de la nouvelle physique et les problèmes fondamentaux de la biologie.

    1) La théorie des champs morphiques de Sheldrake s’inscrit dans une continuité en biologie. « Au début des années 1920 trois biologistes, au moins, suggérèrent indépendamment que, dans les organismes vivants, la morphogenèse est organisée par des champs : Hans Spemann, 1921, Alexander Gurwitsch, 1922, Paul Weiss, 1923. Ces champs furent dit de développement, embryonnaires ou morphogénétiques ». Ils devaient permettre de mieux comprendre l’organisation du développement et les processus de régénération après une lésion d’un tissus. Quand on coupe un membre de batracien celui-ci de lui-même retrouve sa forme originelle. On a l'impression qu'il existe à l'endroit de la partie amputée une empreinte invisible auxquels les éléments physico-chimiques en cause dans la régénération viennent se conformer. Le champ morphogénétique (texte) d’une espèce est à l’image de cette empreinte. Gurwitsch pensait que le milieu dans lequel se déroule le processus de formation de l’embryon st un champ enveloppant dans le sens où le pense les physiciens.
    Après avoir résumé ces apports, Sheldrake, p. 117 développe sa propre hypothèse, celle de la causalité formative. Le principe général que suit Sheldrake est celui-ci : si à un moment t1, une entité se comporte d'une certaine manière et que dans le moment t2 suivant, une autre entité semblable se trouve placée dans des circonstances similaires, la probabilité pour qu'elle se comporte de façon identique sera augmentée. Supposons une surface molle sur laquelle roule des billes. Chacune va tracer un sillon derrière elle. Quand une bille se trouve derrière une autre, elle aura nécessairement tendance à suivre le sillon tracé par la première et sa trajectoire sera orientée par la forme. Cette loi est appelée loi de la causalité formative. Sheldrake suppose l’action d’un champ physique particulier qu’il appelle champ morphique qui joue le rôle d’une sorte de moule. Si une modification de comportement d’une entité se produit dans certaines conditions, elle aura aussi pour effet de modifier son champ morphique. Il s’ensuit qu’une autre entité se trouvant placée plus tard dans des circonstances analogues, entrera alors en résonance morphique avec le champ et son comportement sera influencé par lui. Ce qu’il faut souligner, c’est que dans le cadre de cette théorie, le monde physique, à travers les champs morphiques, possède donc déjà le prototype d’une mémoire. « L’hypothèse de la causalité formative suggère que la mémoire est inhérente à la nature », elle est présente dans les atomes, les molécules, les cristaux, et même du cosmos dans son ensemble. D’où les développements très riches de Sheldrake dans La Mémoire de l’Univers.
    La Mémoire de l’Univers commence par une citation de Pascal dans les Pensées: « La coutume est une seconde nature... J'ai grand peur que cette nature ne soit elle-même qu'une première coutume ». La mémoire est inhérente à la nature. Elle est présente dans le développement du vivant, son évolution, ses actions et interactions. C’est en raison de la présence d’une mémoire cumulative, que la nature des choses devient, par répétition, de plus en plus habituelle. Si les choses sont ce qu'elles sont, c’est parce qu'elles ont par le passé été ce qu’elles ont été sous la loi du temps. La semence du chêne prend, dans son développement la forme et les habitudes caractéristiques du chêne. Elle est apte à se comporter d’une manière typique, parce qu’elle hérite de la nature des chênes qui l’ont précédé : à son bagage génétique chimique s’ajoute les habitudes de développement des innombrables chênes qui ont précédé dans le passé. De même, si l’hirondelle cherche des insectes, lisse ses plumes, vole, nidifie, se nourrit, migre, se reproduit ; elle le fait comme toutes les hirondelles avant elle ; elle hérite aussi de la mémoire collective de son espèce, en sorte que ...
    ---------------Pourquoi utiliser le concept de champ pour décrire le siège de la mémoire du vivant? La théorie génétique mécaniste ne suffit-elle pas pour expliquer la permanence des structures vivantes ? N’a-t-elle pas montré que tout vivant possède un bagage génétique dans son ADN qui prédétermine ce qu’il sera ? Sheldrake montre au fil des pages que l’héritage du code génétique est insuffisant pour comprendre la structure et le comportement du vivant : «Alors que la théorie mécaniste impute la plupart des phénomènes héréditaires à l'héritage génétique rassemblé dans l'ADN, l'hypothèse de la causalité formative présume que les organismes héritent également des champs morphogénétiques d'organismes antérieurs appartenant à la même espèce. Ce second type d'héritage intervient via la résonance morphique et non via les gènes. L'hérédité inclut donc tant l'héritage génétique que la résonance morphique des formes antérieures semblables ». Sheldrake utilise l’analogie (R) du bâtiment . « L’information relative à la structure d’une maison n’est pas entièrement contenue dans les matériaux de construction,

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    2) Venons maintenant à une application sur la théorie de la mémoire animale. La mémoire est inhérente à tous les vivants. Dans l’hypothèse de Sheldrake, cela s’entend sur deux plans :

    a) « Tous héritent de la mémoire collective de leur espèce par résonance morphique des organismes antérieurs de même lignée ».
    b) « Ensuite, les organismes individuels sont soumis à la résonance morphique de leur propre passé ; cette autorésonance fournit le fondement souvenirs et de leurs habitudes individuels ».

    Le comportement ne peut donc pas être réduit à une simple résultante de processus physico-chimiques. Il est enveloppé par l’action des champs et leur activité d’organisation. Pour être encore plus net : « le comportement n’est pas plus programmé dans le système nerveux que la morphogenèse dans les gènes ». On croyait au XIX ième siècle que la mémoire pouvait s’expliquer par la présence de modifications chimiques dans le cerveau. Les tentatives pour les localiser ont toujours échoué, si bien que l’hypothèse n’a tenu que comme un simple présupposé mécaniste : L’idée que la mémoire « doit » dépendre de traces matérielles. C’est un cas tout à fait typique de persistance d’un paradigme normatif qui ne cadre plus avec l’observation. Le modèle remonte historiquement à Descartes et sa théorie hydraulique du flux des « esprits animaux » pour expliquer les actions réflexe. On sait que Pavlov, dans sa théorie des réflexes conditionnés, avoue clairement son obédience à Descartes. Cependant, une série d’expérience l’a obligé à exprimer un net scepticisme à l’égard de la théorie de l’arc réflexe à travers le cortex moteur. Il avait remarqué que des animaux ayant subi une très forte lésion cérébrale conservaient des performances identiques. Karl Lashley, par la suite, a vérifié que des rats ayant appris à réagir de manière précise à la lumière, réagissaient de façon identique après l’ablation de presque tout le cortex moteur . La même ablation réalisée sur des singes, après une convalescence de douze semaines, n’empêchait pas les animaux de refaire les mêmes mouvements qu’ils avaient appris auparavant. Lashley a « démontré que les habitudes apprises étaient préservées même après la destruction des régions associatives du cerveau. Les habitudes survivaient aussi à une série d’incisions profondes dans le cortex cérébral destinées à détruire certaines de ses connexions croisées. En outre, dans le cas où le cortex cérébral était intact, l’ablation de structures subcorticales, telles que le cervelet, n’affectait pas non plus la mémoire ». Et puis, comment concilier la durée de vie de plusieurs années d’un souvenir et le fait que les molécules et les cellules sont constamment remplacées dans le corps ? Comment faire pour que la trace reste intacte contre un constant changement moléculaire ? Lashley s’est incliné devant les faits et il a donc abandonné la théorie réflexe de l’apprentissage. Ce qu’il avouait directement, c’est que très visiblement, il y avait un « caractère unitaire de chaque habitude ». Ce qui est un petit pas timide dans le sens de la théorie holographique de la mémoire de Karl Pribram, son étudiant. Lashley restait si attaché au paradigme mécaniste qu’il n’eut pas l’idée que les souvenirs n’étaient tout simplement pas stockés dans le cerveau. Il suggéra seulement que les souvenirs devaient être « répartis » en différentes régions du cerveau. C’est Pribram qui développera l’idée de schème d’interférences holographiques. Selon ce modèle, de manière très paradoxale, la mémoire est à la fois partout et nulle part en particulier. On voit que ce genre d’hypothèse ne prend tout son sens que si on rompt complètement avec le modèle mécaniste, pour suivre celui de la causalité formative. C’est dans ce contexte que nous pouvons vérifier à quel point l’hypothèse mécaniste ...
    Si l’hypothèse de la causalité formative est juste, il doit être possible d’interpréter d’emblée la mémoire en terme de résonance morphique. « Si les souvenirs dépendent de champ morphiques, ils ne doivent pas être stockés dans le cerveau, mais peuvent être liés à la résonance morphique du passé de l’organisme. Après des lésions de diverses parties du cerveau, ces champs sont peut-être capable d’organiser les cellules nerveuses d’autres régions pour qu’elles remplissent les mêmes fonctions que précédemment ». Mieux : on peut parfaitement mettre à l’épreuve les deux théories. Si l’hypothèse de la causalité formative est dans le vrai, on devrait observer que les souvenirs habituels d’un organisme influencent par résonance morphique un autre organisme. Ce qui resterait inexplicable dans la théorie des traces mémorielles. Il existe beaucoup d’expériences de ce type. Prenons celle de W. McDougall sur des rats de laboratoire. Les rats sont dressés pour sortir soit d’un coté éclairé, avec une décharge électrique, soit de l’autre plus sombre, mais sans danger. Dans la seconde expérience, on éclaire la seconde sortie, en mettant la décharge électrique. L’idée, c’est que le rat apprenne qu’il est dangereux d’emprunter une sortie éclairée. La première génération commit 165 erreurs. Les générations suivantes apprirent de plus en plus rapidement. La trentième ne faisait plus que 20 erreurs. McDougall prouva que cela ne pouvait pas venir d’une sélection génétique des rats plus intelligents, car même en choisissant les plus stupides de chaque génération, le taux d’apprentissage s’améliorait tout de même. Une polémique se déclencha autour de l’interprétation des résultats. Restait à recommencer l’expérience. Ce que fit F.A.E. Crew à Édimbourg : la première génération apprit le comportement très vite, avec en moyenne 25 erreurs ! « Ces animaux paraissaient en être au stade où se trouvaient les rats de McDougall lorsque celui-ci avaient interrompu ses expériences. Ni lui, ni Crew ne réussirent à expliquer cet effet ». Même expérience à Melbourne avec W.E. Agar. Là aussi la première génération de rats testés apprenait bien plus rapidement que les rats originaux de McDougall. En faisant des tests sur des rats ne descendant pas de parents dressés, l’équipe de W.E. A...
    Ce que soutient l’hypothèse de la causalité formative, c’est que « toutes choses demeurant égales », il doit y avoir une accélération de l’apprentissage, à chaque fois que les animaux sont dressés ou qu’ils gagnent un type d’habitude différent. Si l’hypothèse mécaniste échoue à expliquer ces phénomènes, ils paraissent par contre tout à fait logiques, si on prend en compte l’hypothèse de la résonance morphique.

    Autre exemple, donné au tout début et reprit plus loin p. 183 : « Quand les mésange bleues apprennent un comportement nouveau – voler du lait en arrachant la capsule de la bouteille, par exemple – toutes les mésanges bleues, où qu’elles soient, même hors de portée des moyens de communications normaux, devraient révéler une tendance croissante à apprendre le même comportement ». Il s’agit d'une mémoire collective renfermant tous les phénomènes vivants, aussi distants soient-ils dans l'espace et dans le temps. Le cas des mésanges bleues est très documenté et il met en évidence la propagation cette fois-ci spontanée d’une habitude, celle de l’ouverture des bouteilles de lait par les oiseaux. Le phénomène a été enregistré pour la première fois en 1921 à Southampton et on a suivi sa propagation de 1930 à 1947. Or on sait que les mésanges ne s’aventurent pas à plus de quelques kilomètres de leur nid. La propagation de ce comportement s’est pourtant nettement étendue et accélérée dans le temps. De plus, en Suède, au Danemark et en Hollande, les bouteilles de lait avaient disparu pendant la guerre. Elles ne revinrent qu’en 1947, 1948. Il est tout à fait improbable que des mésanges ayant appris cette habitude aient survécu à la durée de la guerre. Et pourtant, on constata le même phénomène. La meilleure manière de rendre compte de cette étrangeté consiste, à dire que le comportement instinctif de la mésange la portant à piquer un objet étrange avec son bec a été enveloppé par un schème contenu dans le champ morphique de l’espèce. Sheldrake insiste pour dire que le champ morphique n’est pas à lui seul une cause. Chez les mésanges, « le comportement est organisés par des champs morphiques associés aux activités du système nerveux ». Cependant, il est important de comprendre que dans cette interprétation il n’existe pas de séparation radicale entre l’un et l’autre.

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C. Causalité formelle, champ de conscience et mémoire

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     © Philosophie et spiritualité, 2005, Serge Carfantan,
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