Leçon 136.   Mondialisation et conscience collective     

    Il n’y a pas si longtemps, lorsque se sont élevées les utopies communautaires, l’idée de pouvoir un jour supprimer les frontières, de constituer une monde commun, de graviter insensiblement, fraternellement vers la mondialisation de l’échange, était une perspective plutôt réjouissante. Elle devait signer le déclin de toutes les séparations fictives et des structures qui vont avec, en particulier celle de l’État, ce monstre froid à qui l’on a sacrifié dans l’Histoire bien trop de vies humaines pour qu’il ne soit pas sacrifié à son tour. Si, comme l’expliquait Teilhard de Chardin, le processus de l’hominisation, se poursuit au-delà de la biosphère dans la constitution d’une noosphère, l’humanité est vouée dans la mondialisation à prendre conscience de son unité fondamentale.

    L’Histoire a changé de visage. L’effondrement du communisme, l’expansion sans limite du  capitalisme, ont donné une toute autre allure à la mondialisation. La logique du marché s’est substituée à la logique de l’hominisation de la Terre. Quand l’économie fondée sur le profit seule préside à l’expansion de l’échange, les conséquences ne manquent pas de se faire très vite sentir et elles sont douloureuses. Les entreprises cessent de fournir un travail décent, d’alimenter la prospérité, délocalisent à tour de bras et réimplantent dans les pays les plus pauvres des formes de travail qui ne sont rien de moins de l’esclavagisme déguisé. Les paysans vivent partout prostrés, paralysés dans leurs décisions, dans une dépendance totale vis-à-vis des trusts alimentaires, sommés de suivre des cours qui dépendent de la bourse et n’ont plus de rapport réel avec les besoins humains. Les pommes de terre, les pantalons, les chaussures qui pourraient être produites au village font 15.000 km pour arriver au supermarché d’à côté. Et cette absurdité ne semble choquer personne. L’économie est devenue tellement globale qu’elle a perdu tout sens du local, elle alimente le profit, mais ne distribue plus la prospérité. La mondialisation est devenu un spectre. Mais est-ce en vertu d’une fatalité économique que la mondialisation devient un facteur d’aliénation? Ne l’est elle pas ...

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A. La mondialisation économique

    Chaque nuit, nous retournons dans notre monde privé, celui de l’état de rêve. Dans ce monde, l’ego est l’unique prescripteur, créateur et régent de son monde. L’ego construit, élabore et détruit ses propres représentations, dans le cours d’une histoire dont il produit en secret et sans savoir, le scénario. Dans ce monde, les règles et les interdits dont nous nous servons communément n’ont pas de valeur. Le monde public, a lui aussi son assise dans une forme de conscience qui est l’état de veille. Le monde-de-la-vie désigne  le domaine commun que nous partageons ensemble en tant que sujets éveillés, acteurs au sein de la vigilance. La différence entre le monde onirique et celui de la veille ne tient pas à ce que l’un n’existe que pour la conscience et non pas l’autre  - il n’y a de monde que pour un sujet- elle tient à l’intersubjectivité propre au monde-de-la-vie. Si nous pouvons reconnaître que le monde onirique n’existe que pour une conscience individuelle, le monde-de-la-vie n’existe que par rapport à la conscience collective propre à l’humanité en tant que tout. Notre anthropomorphisme spontané a tendance à n’y consigner que ce qui relève des intérêts humains. C’est pourquoi le mot Terre a un sens plus riche que celui de monde. Considérer que nous sommes à égalité parti prenante de notre monde actuel est juste, dire que nous sommes citoyen d’une seule patrie, la Terre, a une résonance encore plus forte, car elle éveille en nous le sens de la solidarité de toute ce qui vit sur cette planète qui est la nôtre. (texte)

     1) Le concept de mondialisation a un sens très différent. Le suffixe –sation se rencontre, dans le même registre de vocabulaire, dans urbanisation, socialisation et marchandisation. Il indique un processus par lequel s’effectue un développement à caractère expansif. Expansion de la construction dans une ville, ensemble de procédés par lesquels les individus gagnent davantage d’intégration sociale ou expansion de la tendance à monnayer tout objet, toute relation et tout service. Dans le même ordre, la mondialisation désigne le processus par lequel l’ensemble des activités humaines sont entraînées dans une expansion qui cesse d’être administrée par une logique locale, pour être gouvernée par une logique dont les tenants et les aboutissants se situent à l’échelle globale de la planète. Soyons près des faits pour bien comprendre ce phénomène. Un ouvrier d’une usine de textile de Lyon travaille et produit par exemple des draps ou des rideaux. Dans une logique qui reste locale, son travail est comparable d’un point de vue économique, à celui d’un autre ouvrier dans une usine de faïence à Dijon. Il en est de même pour la valeur locale des rideaux ou de la faïence.  Or, en Inde, avec une main d’œuvre abondante le même travail de tissage et de couture des rideaux est payé, mettons 25 fois moins cher. ------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

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    ---------------La question que nous devons nous poser est celle-ci : qu’est-ce qui préside à la logique du marché ? La réponse qui s’impose dans l’examen du fonctionnement de l’économie actuelle est : la logique du profit. La seconde question que nous devons poser est : qui est à cette échelle bénéficiaire du profit obtenu ? La réponse est : les multinationales qui sont implantées partout sur la planète.

    2) Cependant, ces réponses peuvent être considérées comme de simples arguments, n’ayant pas de validité rationnelle au sein de la cohérence du système économique. Il est donc important de les justifier de manière précise. Le système économique qui a pour finalité l’accroissement du profit est appelé capitalisme. La mondialisation peut à juste titre être considérée comme un effet et une radicalisation d’un système économique visant l’accroissement du capital, donc du capitalisme. Un système économique n’existe pas tout seul, c’est une représentation qui repose sur une doctrine. Il enveloppe un ensemble de présupposés, et en définitive de valeurs qui font l’objet de croyances. (Ce qu’implique d’ailleurs tous ces mots fabriqués en –isme que nous utilisons si souvent). Il devient un paradigme quand la doctrine qu’il véhicule est socialement acceptée. Cinq idées fortes constituent les piliers du capitalisme :

     a) A sa naissance, comme l’a montré Max Weber, le capitalisme s’enracine dans une morale religieuse, celle du protestantisme. En effet, le protestantisme a réussi le tour de force consistant 1) à sacraliser le travail en le considérant comme un moyen de rachat de la condition humaine sous le regard de Dieu égal à la prière. 2) à donner une caution religieuse au désir d’acquisition de la richesse. Il est entendu que la divine providence a accordé à chacun une vocation ici bas dans un métier et que gagner plus, c’est glorifier Dieu. Celui qui refuserait de gagner plus contrarierait la volonté de Dieu.

    b) L’économie classique, chez Adam Smith ajoute que le bien commun est une résultante naturelle de l’échange économique. D’où l’importance fondamentale de la théorie de la main invisible. Dans une texte très célèbre du premier livre de la Richesse des Nations, Adam Smith développe une parabole autour du boulanger, du brasseur et du boucher dont l’intention est de montrer que dans le domaine économique, le libre jeu de l’amour-propre, (self-love) produit  nécessairement le bien commun. La main invisible (de Jupiter) intervient dans la répartition du capital entre les différentes branches de la société, en suivant trait pour trait les besoins de l’économie. Smith voit dans la régulation de la prospérité une loi naturelle. « Ainsi, sans aucune intervention de la loi, les intérêts privés et les passions des hommes les amènent à diviser et à répartir le capital d’une société entre tous les différents emplois qui y sont ouverts pour lui, dans la proportion qui approche le plus possible de celle que demande l’intérêt général de la société ». Le capitalisme se développe en admettant le principe d’une harmonie naturelle des intérêts. Celle-ci suppose que l’économie forme un système autorégulé existant par lui-même, de sorte qu’il est dès lors possible de voir dans l’entité « l’Economie » la réalité concrète, tandis que l’individu devient lui une abstraction appelé le « consommateur ». De la même manière, les sociologues montreront que la « Société » est la réalité concrète, tandis que "l’individu" est en définitive qu’une abstraction. On admettra donc que les passions, nés des intérêts des hommes sont endiguées par un merveilleux mécanisme optimal qui équilibre ensemble tous les intérêts. Alors qu'en réalité la régulation repose sur un choix. L’idée avait déjà été élaborée en politique chez Machiavel dans Le Prince. Le politique a pour rôle, aux moyens de calculs rusés, de permettre que les passions humaines puissent composer dans un tout qui est l’État. Cependant, Machiavel supposait de son côté un main bien visible et même assez musclée, celle du Prince appelé à gouverner au nom de la raison d’État. La théorie de la main invisible admet la composition des passions, mais non ...

    c) De l’idée de richesse, le capitalisme ne conserve que le second sens : la richesse est la possession d’une quantité importante d’argent. La visée principale de l’activité économique est d’engendrer des profits. Il n’est pas nécessaire de convertir l’argent du profit en biens pour jouir de la richesse. L’argent vaut dans son immatérialité. La  richesse s’éloigne donc de son sens concret et devient abstraite. Le domaine qui exploite l’argent dans son immatérialité est la finance. Dans notre société, quand on a de l’argent, on le «place» en bourse, afin de le « faire travailler », par le biais de la spéculation et d’en tirer un profit le plus élevé possible. La spéculation se déroule dans l’abstraction, loin du monde-de-la-vie. Les anciens pensaient que la richesse permet avant tout de s’entourer de belles choses. La spéculation est ouvertement condamnée par Aristote. L’argent n’a de sens que lorsqu’il permet la circulation des biens et des services. La réalité vivante se renverse alors dans la représentation, d’où les formules étranges employées dans notre monde actuel. Nous disons que l’argent  peut « travailler », (!) alors que ce sont les hommes qui travaillent. Nous disons que le travail a un « coût », (!!) alors que ce sont les marchandises qui ont un coût, et que c’est le travail qui a produit leur valeur. Nous avons fait de la jouissance exclusive une valeur en soi, en opposition avec le partage, alors que le fait même de partager est le sentiment le plus exaltant de la richesse. Nous pourrions très bien nous sentir enrichis en partageant ce que nous avons, mais dans l’esprit du capitalisme, c’est exactement l’inverse, nous nous sentons enrichis quand nous avons ce que l’autre n’a pas et qu’il peut nous envier (!!!) Accumuler quelque chose pour sa rareté est déjà une idée très étrange, mais dans notre société, lorsqu'une chose est rare et ...

    ---------------d) Nous nous sommes dans le capitalisme résignés à admettre tout à la fois : que la survie n’est réservée qu’aux plus forts, dans la foulée que la raison du plus fort est toujours la meilleure, que la compétition est obligatoire, comme nous avons fini par admettre aussi que gagner pour son seul bénéfice personnel est le plus grand des biens. Nous ne nous posons même pas la question de savoir ce que veut dire « réussir » en pareil contexte (Où est la réussite si elle ne concerne que 5% d'une population?). Tout ce nous qui importe, c’est d’être parmi les gagnants, les winner,  et ne pas faire partie des perdants, les looser. C’est le langage des jeunes des banlieues qui viennent dans les boutiques de mode. Nous nous représentons nous-mêmes comme isolé, en tant qu’individu et nous n’avons tout simplement pas conscience ensemble de former un seul tout avec nos semblables. Si seulement nous nous rendions compte qu’il n’existe en fait aucune existence séparée, nous comprendrions que si nous ne faisons qu'un, le un n'est pas fort à moins que le tout ne soit fort. La survie du plus fort est donc impossible, ou alors c'est la seule chose qui soit possible. Du point de vue d’une conscience plus élevée, la formule « survie du plus fort » est un oxymore, l’ordre réel, c’est évidemment le partage équitable.

    e) Le principe du développement justifie l’exploitation en disant qu’il faut se féliciter que les masses vivent désormais dans des conditions meilleures qu’auparavant. Il est admis que le problème de la pauvreté n’a pas besoin d’être abordée de façon juste et qu’il suffit de se contenter d’améliorer un petit peu l’horreur de la situation, quitte en plus, à faire la dessus un profit obscène par-dessus le marché. Le cynisme prévaut en économie, de manière écrasante, sous une forme, celle qui consiste à penser qu’il ne peut pas y avoir d’autre manière d’agir, d’autre manière d’être que celle qui se fait aujourd’hui. Le pire, c’est de vouloir en plus convaincre qu’il est dans la nature des être humains de se conduire de la sorte. Ce qui est incompréhensible à tout entendement éclairé, c’est que massivement nous puissions partager une telle vision du monde, que nous puissions négligemment laisser mourir (texte) de faim 10.000 personnes par jour, détruire la planète et tout cela pour des avantages à très court terme. (texte)

    Au bénéfice de qui ? Des multinationales ! (texte) On y revient. Si l’effet du capitalisme marchand est sécréter une sphère abstraite de richesse sous la forme de profit, c’est également dans une forme abstraite que l’argent s’accumule et sous un nom abstrait, anonyme, sans visage, qu’il est rassemblé. Ainsi, l’organisation supplante l’individu et semble se nourrir et exister à part, tout en absorbant le produit du travail humain. Et quand la politique cède le pas à l’économie sur tous les terrains, les organisations les plus imposantes tissent leur toile sur le globe pour massivement organiser leur développement. On appelle cela la mondialisation ce processus qui a pour effet d’accroître le pouvoir des trusts à développement tentaculaire, et de diminuer en même temps le pouvoir politique des États, et des associations et des hommes qui continuent d’être assujettis aux lois nationales. Le péril qui inquiète aujourd’hui les responsables les plus lucides de notre temps, c’est le déséquilibre par lequel le politique reflue largement par rapport à l’économique. Il semble que tant que nous ne serons pas capable d’établir un gouvernement mondial capable de soumettre l’économique au politique, le déséquilibre restera en ...

B. Unité humaine et mondialisation

    Le langage journalistique confond souvent trois termes : mondialisation, globalisation et internationalisation, termes que nous pourrions distinguer pour mieux faire apparaître la complexité de l’unification qui est en cours. La mondialisation est une extension à l’échelle de la planète des enjeux économiques, enjeux qui étaient autrefois limités à l’échelle des régions ou des États. La globalisation  est un terme privilégié par les sociologues pour désigner la constitution d’un société-monde enveloppant toutes les formes de relations sociales, conséquence de la rapidité croissante des communications et des transports dans le monde contemporain. La globalisation est un processus qui étend la structure sociale, vers une société-monde. Internet est un vecteur privilégié de la globalisation et c’est dans son contexte que l’on a vu ainsi apparaître l’utopie du village global. L’idée c’est que désormais, l’humanité est vouée au partage du savoir et qu’aucune frontière ne devrait empêcher la libre circulation des idées et des hommes. L’internationalisation désigne l’accroissement des échanges culturels entre nations, tant dans les relations conflictuelles que dans les relations pacifiques qui en résultent. Le concept de nation est culturel, mais la nation est aussi ressentie comme le foyer  de l’identité politique, plus que ne peut l’être l’État. Ce n’est pas un hasard si l’ancêtre de l’ONU a été la SDN et que dans les deux cas nous n’avons pas remplacé le terme de nation par celui d’État. Nous célébrons dans les jeux olympiques, les expositions universelles, les rencontres internationales des peuples sous la forme d’échanges culturels. L’internationalisme est né bien avant la mondialisation et la globalisation, il a même été une aspiration, un idéal et même une foi politique pour tous ceux qui souhaitent réunir la diversité humaine dans une unité qui ne soit pas artificielle et imposée. On peut donc sans contradiction prendre parti contre la mondialisation, accepter la globalisation  de la communication et en même temps être un internationaliste convaincu.

     1) La mondialisation a incontestablement un effet de nivellement qui va bien au-delà de l’économique ou plutôt qui passe à travers lui, mais elle n’a rien à voir avec l’unité, elle est bien plutôt une réduction à l’unique.

    De Hong Kong à Biarritz, de Moscou à Sydney, de Houston à  Abidjan, de Vancouver à Kyoto, nous ne risquons plus d’être dépaysés. Nous sommes tous des consommateurs. Le monde est rempli de consommateurs. Nous pouvons manger les mêmes hamburgers-frittes, porter les même jeans, boire les mêmes boissons, mettre les mêmes T-shirt, regarder les mêmes séries télé. Et si un produit est trop cher, la contrefaçon massive se chargera tout de même de ramener la consommation à l’identique. Les photos de voyages, quand elles sont prises en milieu urbain, se ressemblent toutes. On trouve sur les pentes de l’Himalaya abandonnées les mêmes canettes de soda que celles du supermarché d’à coté. Le marquage des populations à grande échelle, via les logos et les styles, lamine les diversités.  Le plus étrange, c’est que cet effet opère autant en haut de l’échelle sociale qu’en bas. Les demeures bourgeoises se ressemblent, les bidonvilles aussi. Même la misère cherche à s’habiller à l’occidentale. Pour sauver sa dignité.

    Nous savons que la diversité culturelle, (comme la diversité naturelle) est en péril. Si les hommes abandonnent leur mode de vie traditionnel, s’ils cessent de transmettre l’héritage de leur langue à leurs enfants, si la voix de la tradition s’éteint doucement dans la plupart des contrées de la planète, c’est pour quelle raison ? Il faut avoir une foi rivée au corps pour devenir moine bouddhiste et entretenir le temple, quand la tentation exhibée partout sur les publicités est d’aller vers les villes, de chercher un travail pour vivre de manière postmoderne. Partout dans le monde, être jeune n’a qu’un seul sens, c’est vivre  à la manière occidentale. Mieux vaut tenter sa chance et mendier dans les rues d’une mégalopole que de rester dans un village perdu au fond de l’Afrique. La chance de pouvoir un jour vivre dans un milieu de la facilité et de l’abondance où tout est à portée de main. La mondialisation colporte partout la représentation d’une mode de vie qui est en devenu un modèle et un standard. Même les travailleurs surexploités (texte) qui, dans les pays très pauvres, s’échinent dix heures pas jours pour fabriquer les tennis, les ballons de foot, les portables, les ordinateurs, les chaînes hi fi,  que l’on retrouve en occident, n’ont qu’un rêve, celui de se hisser à ce mode de vie. La délocalisation des usines –effet récurent de la mondialisation- exporte une idéologie qui est celle de la consommation de masse et du mode de vie à l’occidentale. Jusqu’à présent, l’hyper­développement de la mondialisation c’est fait contre le mode de vie et la culture traditionnelle. Non pas qu’il s’agisse de sauver les traditions avant tout. Il y a des traditions qui méritent d’être abandonnées. L’alliance du progrès humain c’est tradition et révolution. Cependant, il est incontestable que la richesse de la diversité culturelle de l’humanité est bien en péril et cela sous les coups de la mondialisation. Les anciens, gardiens de la tradition, se demandent avec inquiétude si leurs petits enfants parleront encore la langue de leurs ancêtres. Ils iront vers les villes et deviendront comme étrangers de passages que l’on appelle « touristes », ils auront eux aussi des enfants, mais qui ne jureront que par leur console de jeux et les films d’action dont tout le monde a entendu parler... occidentalisés.

    ---------------L’incidence de la mondialisation sur le monde du travail est immense et procède elle aussi à un nivellement et même un nivellement des salaires vers le bas. Les ouvriers du monde industriel, les paysans, les techniciens qui ont suivi un long cursus d’étude, personne n’y échappe. Tous sont mis en concurrence avec d’autres ouvriers, d’autres paysans, d’autres techniciens partout dans le monde. Comme les choix des décideurs économiques reposent sur la recherche du profit, que celle-ci se maximise par la loi de l’offre et de la demande, on en vient à demander à ceux qui ont durement acquis un statut convenable de finalement s’aligner sur les pays en voie de développement. Sinon, la sanction tombe, sous la forme de délocalisation de la production. L’alternative est ou bien un travail plus précaire et moins payé ou bien pas de travail du tout.  Bien sûr, la rhétorique économique prétend que c’est un bénéfice en faveur des pays pauvres, mais en réalité, c’est un surtout un bénéfice en faveur des multinationales. C’est le but recherché, le reste n’étant qu’auto-justification. La réduction à l’unique s’accomplit ici dans la gravitation progressive du travail vers un statut minimal du point de vue de sa rétribution. Étant entendu que, dans l’esprit du capitalisme, la prospérité est nécessairement l’accroissement du profit financier et que, d’autre part, le salaire versé à la production est considéré comme une soustraction faite au profit, toute décision qui permet de faire du bénéfice en réduisant le salaire est bien accueillie. Le statut minimal ne peut plus être, comme au début de l’ère industrielle, assimilé à la survie du travailleur. C’est un minima social qui doit prendre en compte les règles en vigueur dans chaque État. La pression des revendications sociales a fait beaucoup pour faire progresser le statut du travail. Cependant, dans la logique financière, le calcul stratégique à l’expansion choisit systématiquement le plus petit minima social. A l’opposé, parce que la logique de la mondialisation est orientée par l’hyperdéveloppement de la sphère de la finance, ceux qui en sont les agents directs ou les bénéficiaires peuvent caracoler en tête des salaires mirobolants et des fortunes indécentes.

    Si l’unification  produite par mondialisation avait un temps soit peu pour référent l’unité de l’humanité, elle se traduirait nécessairement par une distribution plus équitable de la prospérité. Non pas qu’il s’agisse de force, dans un système abstrait, autoritaire et brutal, comme l’a été le communisme, de laminer les différences, mais du moins, l’arbre de vie de l’humanité doit être nourri dans sa totalité, des racines aux feuilles. La sève de notre arbre-planète est vampirisée dans quelques fruits tandis que le reste de l’organisme est quasiment à l’état desséché de bois mort.

    2) Qu’est-ce que l’unité humaine ? Doit-elle nécessairement se traduire par la mondialisation telle que nous la connaissons aujourd’hui? Déjà, en 1919, dans L’idéal de l’unité humaine Shri Aurobindo, expliquait que, de fait, « L’unité organique naturelle existe déjà, une unité de vie, d’association involontaire, d’interdépendance étroite des parties constituantes, où la vie et le mouvement des uns affectent la vie des autres », c’est ce que nous avons sous les yeux . Ce n’est pas une question de volonté de notre part, de calcul économique, d’intention politique, d’élan émotionnel, d’idéalisme moral. La séparation n’existe pas, toutes choses sont étroitement liées et précisément l’unité est une unité vivante de tout ce qui est. Le travail de l’Histoire ne pouvait que nous obliger à en prendre conscience, de sorte que nous devions nécessairement passer de l’unité passive, à une tendance à l’unification active. « Un continent n’a plus de vie séparée d’un autre continent ; aucune nation en peut plus s’isoler à volonté pour vivre une existence indépendante. La science, le commerce et les communications rapides ont produit un état de fait tel que les fractions disparates de l’humanité qui vivaient autrefois pour elles-mêmes, se trouvent rapprochées par un processus d’unification subtil, soudées en une seule masse qui possède déjà une existence vitale commune, et qui rapidement est en train de se forme une existence mentale commune ».
    Avons-nous besoin de « créer » la relation à autrui ? N’est-elle pas déjà là ? Ce qui est important, n’est-ce pas de ne surtout pas la rompre ? Le conflit n’est-ce pas précisément le déchirement d’une unité première ? De même, cela a-t-il vraiment un sens de dire que l’on « faire » la paix ? Nous ne pouvons qu’être la paix, ce qui veut dire cesser de s’entre déchirer en entreprenant de « faire » la guerre. Si nous avions conscience que le monde est notre famille, si nous avions profondément conscience de notre unité avec tout ce qui est, pourrions-nous encore nous comporter comme nous le faisons aujourd’hui ? Certainement pas. Le pouvoir de nuisance ne vient que de l’idée de dualité et de séparation. L’unité n’est pas une chose que nous pouvons créer. Elle est. Par contre, il est tout à fait possible de créer et d’entretenir toutes sortes de divisions fictives et de croire qu’elles sont réelles. C’est ce que nous savons très bien faire au nom du nationalisme, de l’intégrisme, de la division et de l’opposition d’intérêts entre les uns et les autres etc. Les nuages radioactifs ne s’arrêtent pas à la frontière. Les épidémies non plus. La détérioration de la couche d’ozone n’est pas un problème « européen ». Les conflits armés en Afrique ne se déroulent pas dans une sorte d’autre univers, un ailleurs lointain et exotique qui ne nous concerne pas. Surtout quand on est les premiers à vendre des armes d’un côté et de l’autre. L’effondrement économique de l’agriculture indienne n’est pas sans rapport avec nos intérêts, notamment la mainmise des trusts céréaliers qui sont côté en bourse à Londres, à Paris et Frankfort. La surexploitation du travail partout dans le monde, le statut de quasi esclavage des enfants en Thaïlande et ailleurs n’est pas une sorte de curiosité culturelle locale. (document) Surtout quand c’est nous en tirons des bénéfices dans ces grands hangars de vente à bas prix de nos banlieues, surtout quand c’est nous qui portons les T-shirt fabriqués là-bas sur nos plages l’été.  Nous ne pouvons rien isoler de ce qui se produit sur la planète ou seulement dans une abstraction économique. La vie est systémique et par conséquent l’économie l’est aussi. Ce qui ne veut pas dire que nous système économique actuel l’ait réellement compris. Loin de là. Le problème, c’est que dans son état actuel, la mondialisation n’a rien à voir avec l’unité humaine, car justement elle ne la prend pas en compte. La mondialisation est une idéologie aux bénéfices de quelques uns, une idéologie ancrée dans une représentation fragmentaire du réel, une idéologie qui alimente ------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------


    La rhétorique de la justification de la mondialisation chez les économistes consiste sans ambages à nous faire croire qu'elle est l’unité de l’humanité et pire, que c’est la seule unité possible. Ce n’est pas une erreur, c’est carrément la propagande d’un mensonge. Qu’elle soit assortie de chiffres, de statistiques ronflantes ne trompe que ceux qui veulent y croire et laisser croire. C’est une « démonstration » dans le sens de l’argumentaire de foire d’un vendeur de lessive, d’aspirateurs, de robot mixeur, ou de tout ce que vous voulez. La cause est entendue d’avance et cette cause est l’idéologie du profit, avec son exhibitionnisme habituel sous la forme du langage de la « consommation », du « développement », de la « croissance » exponentielle etc. La propagande qu'elle véhicule est en ce sens une manipulation de masse tout à fait compatible avec l’existence d’une société démocratique, et elle s’exerce précisément d’autant plus que partout le politique a cédé la place à l’économique. Instruit par l’Histoire, nous savons aujourd’hui assez bien déceler la propagande politique. Mais nous sommes tellement englué dans l’idéologie du profit que nous sommes incapables de discerner la propaga

 

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      © Philosophie et spiritualité, 2006, Serge Carfantan,
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