Leçon 160.   Liberté et déterminisme      

    On conçoit habituellement la liberté comme la capacité d’agir sans contrainte, ou encore comme  la faculté d’effectuer des choix sans y être obligé ni forcé. Dans son sens le plus courant, la liberté tendrait donc à se confondre avec le libre arbitre, c’est-à-dire la capacité  de se déterminer par soi-même, spontanément et volontairement.

    Or le libre-arbitre paraît difficilement compatible avec le principe de causalité, en vertu duquel tout ce qui se produit dans l’univers a une,  plusieurs, voire même  une infinité de causes. En d’autres termes, tout ce qui survient à un moment donné dans le réel  peut être rattaché à des phénomènes antérieurs (des causes dites antécédentes ) qui en furent les causes ou tout au moins les conditions. Ainsi, par exemple, notre personnalité, nos goûts, nos aptitudes, seraient la conséquence d’un ensemble de facteurs : caractères  innés et acquis, milieu familial, circonstances de notre enfance… Ces facteurs les auraient déterminés -c’est-à-dire causés-.

    Mais si ma personnalité est le produit de mes gènes et de mon éducation, alors mes décisions le sont aussi. Comment puis-je encore soutenir que je suis libre si le principe du déterminisme s’applique à mes actes?  Le principe du déterminisme, c’est-à-dire l’idée que  tout ce qui existe dans le monde est régi par le principe de causalité, semble donc incompatible avec le postulat de la liberté.

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A. Quatre déterminismes

    Cette apparente contradiction entre l’ordre de la nécessité, celui de l’enchaînement logique des faits et des événements, et l’ordre de la liberté peut toutefois être sinon surmontée, du moins réduite. Dans une leçon précédente, nous avons examiné la formulation, dans le paradigme mécaniste, du déterminisme classique. D’entrée de jeu, nous avions précisé qu’il s’agissait plus d’une hypothèse que d’un fait. En réalité, c’est une exigence que l’on a cru devoir satisfaire pour que la science soit possible. Mais tout d’abord, faut-il parler d’un ou de plusieurs déterminisme ?

    Nous pouvons distinguer quatre formes de déterminisme:

     1) Le déterminisme populaire ou fatalisme est la doctrine selon laquelle tout serait strictement prévisible dans la Nature, parce qu’implacablement déterminé. Le terme de fatalisme est évidemment lié à l’idée de la mort. Le fatalisme exprime, avec une lourde résignation, l’idée d’un glissement indéfectible de toutes les choses et de tous les phénomènes vers la mort. Le fataliste a définitivement baissé les bras et il pense que l’on ne peut rien contre le cours des choses, au fond, parce que l’on ne peut rien contre la mort et son ouvrage. J’ai beau me croire libre, mais si je dois avoir un accident de voiture demain, rien n’y fera, ce qui doit arriver arrivera et rien ne pourra arrêter le cours des événements! (texte) Logiquement, le fatalisme repose sur une interprétation univoque du temps. Il n’y a qu’une ligne du temps, pas de virtualités donc pas de possible et rien ne peut être neuf. Tout doit donc être prévisible.  C’est, sous une forme caricaturale, l’idée que nous avions développé plus haut selon laquelle, dans un univers-bloc, le temps est comme les pages d’un livre : au moment où je lis la page 103, les pages 104, 105, 106 etc.  sont déjà écrites. Il n’y a pas de différence entre le passé et le futur, pas d’imprévu ni d’imprévisible. Nous aurions alors toutes les raisons d’aller consulter une voyante, nous devons faire confiance dans nos horoscopes, puisque l’avenir est déjà écrit. Pour Jacques le Fataliste, le héros de Diderot, « tout est écrit sur le grand rouleau ». Apprendre à vivre, c’est savoir se résigner à ce que les choses arrivent telles qu’elles arrivent. La fatalité fait son office ! Du coup, nous ne sommes responsables de rien, puisque nous ne sommes en fin de compte que des rouages dans une vaste machine, l’horloge de l’univers. A vrai dire, on passe très facilement de l’idée de mécanisme vers le fatalisme. Il suffit de l’interpréter de manière très simpliste. Nous sommes tout excusé de nos choix. Nous ne pouvions pas en avoir d’autre ! Si le monde part à la dérive, c’est qu’il ne fait que suivre son cours implacable. 

   

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     © Philosophie et spiritualité, 2007, Laurence Hansen-Love et Serge Carfantan,
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