Leçon 280. Conscience individuelle et événements collectifs   

    La montée au pouvoir d’un homme porté par l’enthousiasme des masses, le rejet d’un gouvernement par un peuple, les déchaînements meurtriers des guerres, les conversions massives dans une religion, l’avènement d’une période historique visiblement nouvelle, les périodes créatives de manifestation artistique, de haute architecture ou de développements technologiques accélérés, les conduites hystériques d’une foule dans un stade, un rassemblement citoyen spontané de grande ampleur: tout cela constitue des événements collectifs. Ils nous rappellent que l’existence individuelle n’est pas séparable de la société dans laquelle elle se déploie. Il ne peut exister dans le réel de système fermé comme on peut en concevoir dans un laboratoire quand on veut isoler un phénomène en le soustrayant à la totalité dans laquelle il est engagé. Ce qui existe, c’est l’interdépendance réciproque à l’intérieur d’un système ouvert.

    L'idée dérange. Nous avons une fâcheuse contention en tant qu’ego à vouloir nous considérer comme isolé. C’est la croyance de base de l’individualisme. Ce n’est pas complètement faux, du point de vue du vécu, nul ne peut vivre l’expérience d’un autre. Chacun d’entre nous vit de manière singulière ce qu’il peut vivre, comme il devra rencontrer seul sa propre mort. Pourtant, nous savons aussi qu’à travers la mort d’un être humain, c’est toute la communauté humaine qui est affectée par le deuil. Exactement de la même manière, dans chaque naissance c’est toute la communauté qui est en joie. Ce que chacun d’entre nous éprouve reste perméable à tous les autres. Le vécu n’est pas scellé et mis en bouteille ; un chagrin, une souffrance, une joie est comme un parfum dans la présence d’une personne. Mais l’inverse n’est-il pas tout aussi vrai ? Les mouvements de la conscience collective n’emportent-ils pas comme un fétu de paille par grand vent la conscience individuelle ? Peut-on appeler inconscients ce type de comportement ? Quelle relation existe-t-il entre la conscience individuelle et les événements collectifs?​

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A. La psychologie des foules ​

    On attribue parfois à Freud la paternité de l’étude psychologique des conduites collectives, mais c’est une erreur. Freud a dans ce registre suivi Gustave Le Bon dont le livre, Psychologie des Foules, est paru en 1905. Freud en a reconnu l’intérêt et repris le contenu pour l’infléchir dans la direction de la psychanalyse. Le travail de Le Bon est original et doit être lu sans la grille d’interprétation de la psychanalyse. Même si le texte reste assez marqué par les mentalités de son époque, il contient quelques observations très pertinentes.   

    1) Une remarque pour débuter. L’analyse des phénomènes collectifs est plus large d’extension que l’analyse des comportements de foule qui forme un sous-ensemble particulier. S’agissant des foules, on pense notamment à ce qui se passe parfois dans les stades, dans les meetings politiques, les manifestations de rue, les réunions publique, les assemblées festives, les one man show des pasteurs évangélistes etc. L’analyse des foules psychologiques est importante, car elle dévoile un aspect grégaire du comportement humain que nous ne devons jamais oublier et dont il faut tenir compte.

    « Le fait le plus frappant que présente une foule psychologique est le suivant  : quels que soient les individus qui la composent, quelque semblables ou dissemblables que soient leur genre de vie, leurs occupations, leur caractère ou leur intelligence, par le fait seul qu'ils sont transformés en foule », ils forment une conscience collective « qui les fait sentir, penser, et agir d'une façon tout à fait différente de celle dont sentirait, penserait et agirait chacun d'eux isolément. Il y a des idées, des sentiments qui ne surgissent ou ne se transforment en actes que chez les individus en foule ». Qu’un juge lors d’un match de foot signe un penalty que le public ne reconnaît pas et voici que la colère monte, se propage comme une onde émotionnelle à l’intérieur du stade, et il s’en faut de peu pour qu’une masse de supporter ne fasse irruption sur le terrain en criant « à mort l’arbitre ! » dans un déchaînement de violence. Il y a sûrement parmi ces gens en délire des personnes qui prises à part sont fluettes, timides et effacées, mais voilà, portées par la foule la contagion émotionnelle est très puissante, elle passe directement à l’acte depuis l’empathie collective. Une foule est tel un gros animal réactif, primaire et irréfléchi. La foule n’est pas dans la réflexion, elle est tout dans le réflexe, elle n’agit pas, elle réagit, elle n’est pas consciente, elle est plutôt inconsciente. « L'évanouissement de la personnalité consciente et l'orientation des sentiments et des pensées dans un sens déterminé,… sont les premiers traits de la foule ». (texte) Le plus étonnant, c’est d’observer que la présence au milieu d’une foule dont émotionnel est excité procure un accroissement vital à chacun de ses membres. Une excitation que l’individu ne connaît pas d’ordinaire dans sa vie rangée et anonyme. C’est d’ailleurs une raison majeure pour laquelle il ira voir un match de foot ou de catch qui sont exactement dans le même registre. « L'individu en foule acquiert, par le fait seul du nombre, un sentiment de puissance invincible qui lui permet de céder à des instincts que, seul, il eût forcément refrénés. Il sera d'autant moins porté à les refréner que, la foule étant anonyme, et par conséquent irresponsable, le sentiment de la responsabilité, qui retient toujours les individus, disparaît entièrement ». En effet, perdu dans la masse, « on » ne se sent pas responsable, « on » est comme délivré de la responsabilité personnelle puisque le soi propre s’est identifié à tous les autres.

    Ce qui frappe Gustave Le Bon c’est le phénomène de la contagion émotionnelle (texte)  qu’il relie immédiatement à une sorte d’hypnose de groupe. « la contagion, intervient … pour déterminer chez les foules la manifestation de caractères spéciaux et en même temps leur orientation. La contagion est un phénomène aisé à constater, mais non expliqué, et qu'il faut rattacher aux phénomènes d'ordre hypnotique …Dans une foule, tout sentiment, tout acte est contagieux, et contagieux à ce point que l'individu sacrifie très facilement son intérêt personnel à l'intérêt collectif ». Dans le cas de l’hypnose, le sujet accepte de se soumettre aux suggestions de l’hypnotiseur, s’il s’y refusait, l’hypnotiseur ne pourrait rien faire. Mais dans la foule ? L’analogie est toujours valable, car il se produit propagation de suggestions nées dans le mental collectif et aussitôt suivies en masse. Il doit y avoir un assentiment mais il est passif. L’image la plus parlante qui nous vient à l’esprit c’est quand même celle du troupeau de moutons qui d’un seul tenant, suivant l’impulsion de quelques-uns, va se jeter dans un précipice.

    C’est un phénomène étrange, car d’ordinaire l’être humain est centré sur son ego, il n’a en vue que son intérêt personnel, mais dans ce phénomène collectif, il y un effet de confusion, le moi se perd dans la masse. La solution que ne donne pas Le Bon serait de dire que la conscience collective fait émerger un ego agrandi, un « nous », face à un « eux », un ego de masse auquel chacun s’identifie. Notons le bien ! En l’absence d’identification, il pourrait y avoir un observateur témoin, mais non engagé, c’est parfaitement possible dans la pleine lucidité, mais celui-là est intérieurement en retrait par rapport à la foule.

    Toujours est-il que, « l'individu plongé depuis quelque temps au sein d'une foule agissante, se trouve bientôt placé par suite des effluves qui s'en dégagent, ou pour toute autre cause que nous ne connaissons pas dans un état particulier, qui se rapproche beaucoup de l'état de fascination où se trouve l'hypnotisé dans les mains de son hypnotiseur ». « La personnalité consciente est entièrement évanouie, la volonté et le discernement sont perdus. Tous les sentiments et les pensées sont orientés dans le sens déterminé par l'hypnotiseur.

    Donc, évanouissement de la personnalité consciente, prédominance de la personnalité inconsciente, orientation par voie de suggestion et de contagion des sentiments et des idées dans un même sens, tendance à transformer immédiatement en actes les idées suggérées, tels sont les principaux caractères de l'individu en foule. Il n'est plus lui-même, il est devenu un automate que sa volonté ne guide plus.

    Aussi, par le fait seul qu'il fait partie d'une foule organisée, l'homme descend de plusieurs degrés sur l'échelle de la civilisation. Isolé, c'était peut-être un individu cultivé, en foule c'est un barbare, c'est-à-dire un instinctif. Il a la spontanéité, la violence, la férocité, et aussi les enthousiasmes et les héroïsmes des êtres primitifs ».

     2) Une conséquence importante : on parle avec beaucoup d’idéalisme aujourd’hui au sujet d’Internet « d’intelligence collective ». Sur le plan psychologique, l’expression est assez surprenante, elle présuppose l’idéal d’une assemblée de personnes conscientes. Mais si ce n’est pas le cas ? Réponse de Le Bon : on a « une réunion d'imbéciles. Ils ne peuvent mettre en commun en effet que ces qualités médiocres que tout le monde possède. Dans les foules, c'est la bêtise et non l'esprit, qui s'accumule ».  La foule est irréfléchie et impulsive, elle se « laisse impressionner par des mots, des images qui sur chacun des individus isolés composant la foule seraient tout à fait sans action et conduire à des actes contraires à ses intérêts ». Ce qui est inquiétant, c’est que lorsqu’elle est manipulée, sa logique, déjà primaire, n’est évidemment pas sensée, et peut aller vers le pire, car elle a pour elle l’emportement d’une puissance vitale irrésistible, redoutablement efficace.

    De là vient que « la foule est souvent criminelle». Elle « n'est pas seulement impulsive et mobile… Elle n'admet pas que quelque chose puisse s'interposer entre son désir et la réalisation de ce désir. Elle le comprend d'autant moins que le nombre lui donne le sentiment d'une puissance irrésistible. Pour l'individu en foule, la notion d'impossibilité disparaît. L'individu isolé sent bien qu'il ne pourrait à lui seul incendier un palais, piller un magasin, et, s'il en est tenté, il résistera aisément à sa tentation. Faisant partie d'une foule, il a conscience du pouvoir que lui donne le nombre, et il suffit de lui suggérer des idées de meurtre et de pillage pour qu'il cède immédiatement à la tentation ». Nous avons suffisamment d’exemples de ce genre pour que les choses soient claires. Et attention, ici nous ne portons aucun jugement sur les motifs, nous ne faisons qu’observer les faits.

    De manière inséparable, en suivant le même processus, explique Le Bon, la foule est « souvent … héroïque. Ce sont surtout les foules qu'on amène à se faire tuer pour le triomphe d'une croyance ou d'une idée, qu'on enthousiasme pour la gloire et l'honneur, qu’on entraîne presque sans pain et sans armes comme à l'âge des croisades, pour délivrer de l'infidèle le tombeau d'un Dieu, ou comme en 93, pour défendre le sol de la patrie. Héroïsmes un peu inconscients, sans doute, mais c'est avec ces héroïsmes-là que se fait l'histoire ».

    Nous ne pouvons que souscrire au propos de Le Bon. L’élan patriotique peut être une belle ferveur révolutionnaire, un enthousiasme magnifique, mais

   

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B. Inconscient et pensée collective

    L’énoncé « la foule est conduite par l’inconscient » a en réalité un second sens : dirigée par la psyché collective.  S’il fallait s’en tenir à l’idée que l’inconscient collectif est un phénomène de foule, l’apparition du monde humain, avec son extrême sophistication comme organisation collective serait incompréhensible. Et pourtant psychologue, anthropologue et sociologues font tous référence à un inconscient collectif. C’est bien plus subtil et plus complexe. Il en est question, en passant, au tout début du livre de Le Bon: « Les phénomènes sociaux visibles paraissent être la résultante d'un immense travail inconscient, inaccessible le plus souvent à notre analyse. On peut comparer les phénomènes perceptibles aux vagues qui viennent traduire à la surface de l'océan les bouleversements souterrains dont il est le siège, et que nous ne connaissons pas. Observées dans la plupart de leurs actes, les foules font preuve le plus souvent d'une mentalité singulièrement inférieure » et plus loin :  « Qu'y a-t-il, par exemple, de plus compliqué, de plus logique, de plus merveilleux qu'une langue  ? Et d'où sort cependant cette chose si bien organisée et si subtile ? » D’une pensée qui émerge de la psyché collective. Tout ce que l’homme a pu élaborer en tant que structures sociales, institutions, traditions, coutumes,  la totalité de ce qui appartient à la culture émerge de la psyché collective. « 

     1) Si nous voulons comprendre la relation entre conscience individuelle et événement collectif, il nous faut appréhender le véhicule qui les supporte ; or celui-ci n’est pas apparent. Seule la manifestation physique 3D est apparente. Comme le modèle prédominant dans notre culture est celui que Ken Wilber appelle le quadrant supérieur droit SD, de l’objectivité individuelle, le scientifique ne considère que l’observable, il ne s’intéresse pas au participable. Quand le physicien tente de cerner le niveau quantique du réel, il est loin d’appréhender directement que tout ce qui existe est une manifestation de l’Energie, alors l’idée d’étudier l’âme n’en parlons pas !

    Dans le domaine de l’observable, l’homme peut facilement se séparer et se dissocier de ce qui est ; mais au niveau du participable la connexion existe et peut être ressentie. Au niveau de l’observable, le monde semble entièrement factuel, bien défini, et son fonctionnement rattaché à des explications bien connues, explications qui supportent aussi tous les développements technologiques que nous pouvons produire. Nous sommes tellement obnubilés par l’observable que c’est à lui seul que nous concédons une réalité. Et pourtant, ce monde factuel qui est le nôtre ne sort pas de rien et d’atterrit pas de nulle part. Notre vie sociale se manifeste à chaque instant et repose au niveau participable sur le fondement imaginatif et mythique du mental collectif. De là émerge notre créativité artistique, notre savoir, notre technologie, nos institutions, toutes nos créations. La réalité humaine qui est venu couvrir la Terre est en gestation sous une forme imaginative qui est aussi puissante que la Nature elle-même. Elle détermine la factualité du monde réel et l’interprétation que l’esprit humain en donne.

    L’aptitude à construire des mythes est tout à fait naturelle à l’esprit humain ; la représentation mythique sert de modèle d’organisation à toutes les civilisations. Sans que nous en ayons clairement conscience.  La représentation mythique est aussi un outil d’interprétation dont nous faisons un usage constant pour situer les événements psychiques dans leur contexte historique. 

    2) Partons d’une analogie : la télévision, telle que nous l’utilisons est un média qui diffuse des représentations de masse, toutes sortes de rêves fabriqués, toutes sortes d’histoires abracadabrantes riches en détails et rebondissement, partagées par des milliers de spectateurs. Dans le monde de l’observable, le niveau physique, les téléspectateurs regardent des programmes. Ils peuvent en consulter plusieurs, suivre leurs drames et voir évoluer les acteurs. Cependant, ils ne comprennent pas pour la plupart comment les images apparaissent sur l’écran. Les acteurs eux-mêmes n’ont qu’une vision très limitée de ce qui entoure la production de leur propre image sur l’écran. Leur rôle se borne à jouer, ils peuvent tenir pour acquis tout ce qui se déroule en arrière-plan dans le studio, puisque des techniciens compétents s’en occupent.

    Cependant, sur le plan du participable de la réalisation, il doit y avoir toute une organisation intelligente, créative, bien structurée qui s’occupe de la programmation et un réalisateur. Lui sait quand l’émission doit commencer, quels seront les rôles distribués. Il sait qui seront les héros, qui sera le Don Juan souriant qui va séduire les filles, qui va jouer le bandit, la mère frivole, le père grincheux ou l’imbécile, il sait très bien qui peut jouer le bon et le mauvais garçon. Quand le téléspectateur allume son écran (en état de veille), il ne fait que pousser un bouton et il est immédiatement pris par le spectacle. La totalité du travail créatif qui est en arrière-plan lui demeure inconnu et le processus est tellement habituel et acquis qu’il n’est pas nécessaire de poser la moindre question. Il dispose d’une orientation, d’un choix, celui de tel ou tel programme. Toutefois, ce n’est pas comme dans le monde du rêve qui est privé, d’autres personnes vont regarder le même spectacle et chacune aura ses propres réactions personnelles à ce qui va se produire.

    Donc, imaginons que la manifestation ____________________________________________________

    Le studio de télévision est le mental universel inconscient. Le plan du vécu est ce que nous désignons comme la réalité. C’est à l’intérieur du studio que se fabriquent les programmes, c’est là que s’entrecroisent toutes les intentions personnelles pour former la réalité de masse que constitue la société. Toujours pour filer la métaphore de la télévision, nous pouvons interrompre un programme qui ne nous plait pas. Interrompre tous les programme en entrant dans le sommeil profond. Ce que nous faisons toutes les nuits. Revenu à l’état de veille, il nous est loisible de nous laisser séduire par tel ou tel canal dont on vente la qualité spécifique, parce que nous désirons en faire l’expérience. La télévision ne fait que miroiter la conscience collective de l’humanité en projetant les rêves de masses les plus communs, des rêves et des cauchemars qui mettent en scène les angoisses et les délires de chacun. Cependant, même si la télévision entre en interaction avec la vie de chacun, elle n’est pas la vie de chacun, elle ne fait que représenter.  On a beaucoup discuté le fait qu’elle véhicule de la violence et encourage largement le consumérisme et toutes sortes de pulsions, c’est exact, mais il faut aussi reconnaître qu’elle est aussi très largement un reflet de la pensée collective. Les séries télévisuelles transportent des courants émotionnels qui sont déjà dans l’inconscient collectif. Aussi, y a t il perpétuellement mis en forme dans le studio mental collectif des potentiels qui viennent ensuite éclore comme événements dans le domaine de l’observable.

    3) Vu sous cet angle les mythes ne sont pas la déformation de faits, mais plutôt la puissance créative dont ils émanent. Les mythes constituent des drames psychiques collectifs qui, incrustés dans des croyances, deviennent plus vrais que les faits eux-mêmes. Une fois qu’ils sont acceptés, ils précipitent, modèlent les faits qui en émanent et leur donnent un sens. Ils forment le théâtre permanent des transformations sociales et leur toile de fond. D’ailleurs, dès l’instant où ils sont ramenés au plan de la factualité, ils épuisent leur signification. Le mythe n’est pas une donnée pouvant être considérée de manière littérale. Sa résidence n’est pas dans la pensée consciente et elle n’est pas non plus dans la pensée individuelle avec son histoire, ses drames et ses tourments. Comme Jung l’a bien compris, nous avons affaire à un niveau du psychisme qui relève de l’inconscient collectif dans ce qu’il possède de plus dynamique. Bergson parlait de fonction fabulatrice, ce n’est pas faux du moment que l’on ne se situe pas sur un plan personnel ni sur un plan physique. Les religions tirent leur puissance d’évocations de mythes d’une puissance et d’une portée extraordinaire. Et pourtant les religieux croient donner plus de force à la foi en tirant les mythes vers des faits réels et authentique. Mais c’est mal comprendre leur fonction à l’intérieur de la pensée collective. La psyché collective a ses rêves grandioses et ses élans d’enthousiasme qui propulsent dans l’histoire le projet de civilisations entières, leur achèvement et leur destruction.

     Si nous devions entrer dans l’esprit d’un homme du Moyen-Age, nous serions stupéfiés d’y trouver un imaginaire foisonnant et baroque d’anges, de démons, de puissances magiques, de saints et de martyrs : depuis les gargouilles grimaçantes, aux processions des saints, aux madones auréolées de lumière : tout ce que nous trouvons peint et sculpté dans les Eglises. Nous trouverions des histoires de sacrifice, de service des pauvres, de foi, d’héroïsme et de repentir, autour de la figure du Christ sauveur, dans l’attente craintive du Salut sous le pardon de Dieu. Mythe d’une grande force et par là même rêves et cauchemars de masse.

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    Les conquêtes de la science ne peuvent modifier la nature de l’inconscient collectif et son rôle dans la pensée. Ce qui change d’une époque à l’autre, c’est le déplacement de l’argument d’autorité. Le scientifique occupe la place du prêtre. Il faut reconnaître que pour la pensée collective la science est un distributeur de croyances très efficace. Elle alimente à son insu le récit culturel de nos sociétés, elle véhicule toutes sortes de mythes et produit les croyances les plus étranges et les plus saugrenues. « Les connaissances fort utiles à la vie » délivrées par la science nouvelle à la Modernité dont parlait Descartes ont suscité un fol enthousiasme et donné à la volonté de puissance un élan prodigieux. Condorcet inaugurait le mythe du progrès, son élan devait apparaître d’abord dans les fantasmagories de l’imaginaire collectif. On a commencé très tôt à célébrer la Machine. L’horloge était sur toutes les églises, les moulins à vent, les moulins à eau étaient présents partout en Europe. Dès le Moyen-Age on imaginait le sous-marin, l’avion, l’hélicoptère, la fusée et sur cette

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C. Choix individuels et fluctuations collectives

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  © Philosophie et spiritualité, 2017, Serge Carfantan,
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