Leçon 2.    Les visages de la philosophie        

    Nous avons maintenant une idée un peu plus claire du personnage du philosophe et de l’attitude philosophique, mais cela ne définit pas encore ce qui est cherché en philosophie. Ce que nous venons d’exposer pourrait nous incliner à penser que la philosophie est une sorte de connaissance subjective, puisqu’elle se veut plus personnelle et liée à la vie. Il est difficile d’en faire une science, si par science on entend la démarche objective d’approche de la connaissance spécialisée que l’on rencontre en physique ou en biologie.

    Mais une connaissance purement « subjective » vaut-elle qu’on lui consacre seulement une heure de peine ? La philosophie est-elle condamnée à se cantonner à des macérations intellectuelles sur ce qui serait « la » vérité ? Une philosophie purement subjective, au sens individuelle est une contradiction dans les termes. La philosophie est universelle ou n’est pas, parce que la vérité se moque de nos préférences subjectives. Il n’y a donc pas de raison de l’opposer à la science. Ne peut-on pas alors penser la philosophie autrement ? Elle se rapproche de la science dans son idéal de vérité universelle, mais elle est aussi dans son cheminement une recherche personnelle. En somme, la philosophie est l’auto-compréhension de la Vie comme une totalité. C’est ce que nous allons maintenant examiner en nous demandant directement :Qu’est-ce que la philosophie ?

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A. Amour, sagesse et connaissance

    Peut-être que les anciens grecs avaient raison quand ils pensaient qu’il y a une sagesse dans les mots. Le mot de philosophie est de ceux qui peuvent nous enseigner beaucoup, si on leur accorde un peu d’attention. En grec filosofia, se décompose en filoù, le verbe aimer (j’aime), et sofia , que l’on peut traduire par sagesse, habileté dans l’art et la science. On pourrait résumer en disant que la philosophie est l’amour de la connaissance et l’amour de la sagesse. Si en grec un même mot peut impliquer à la fois connaissance et sagesse, ce n’est pas l’effet du hasard. Dans la pensée traditionnelle, connaître la vérité c’est atteindre la sagesse.

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    ... connaissance et sagesse ? La Pensée grecque présentait la philosophie comme la belle totalité d’une connaissance ne perdant jamais de vue l’auto-compréhension de la vie et d’une sagesse aspirant à l’universel, et à l’objectivité. A la totalité de l’Être répond la totalité de la connaissance de l’Être. La pensée moderne a plutôt mis l’un à côté de l’autre. Pour caricaturer on dira : aux scientifiques le savoir qui donne la maîtrise de la Nature, aux philosophes la sagesse d’une vie en accord avec la Nature. La totalité envisagée par les philosophes anciens est donc disséquée, dans le développement de la science moderne, en autant de régions que de sciences.

Aussi, les disciplines qui appartenaient autrefois à la philosophie se sont posées à part et ont conquis leur autonomie. Ainsi a-t-on vu les mathématiques, la logique, l’astronomie, la biologie, la physique etc. se poser à part. Simultanément, comme une peau de chagrin, il semble que le « domaine » de la philosophie se soit peu à peu réduit. Le savoir, dans l’épopée des sciences en Occident, ressemble aux bombes à fragmentation, ces bombes qui éclatent dans d’autres bombes plus petites. Une discipline se subdivise et se subdivise à l’infini, le savoir de notre époque est à ce point pulvérisé qu’aucun spécialiste de parvient plus à embrasser la totalité de sa propre discipline. On dit donc que l’on est chercheur dans la biologie cellulaire ou en thermodynamique des fluides, et non plus comme autrefois, un savant qui serait le dépositaire de « La » biologie ou de « La » physique de son époque. Cela n’enlève pourtant pas l’identification de la connaissance à la science. Au XIXème siècle, au temps du positivisme d’Auguste Comte, il est admis que la science est la seule entreprise capable de délivrer une connaissance valide. Si donc la philosophie subsiste, c’est toujours en annexe, comme réflexion sur la science. On peut lui accorder aussi, à la rigueur, l’étude de la morale, de la religion, de la sagesse : il faut bien qu’on lui trouve un os à ronger à ce philosophe ! Tout domaine qui est en passe d’acquérir un statut positif (au sens du positivisme) tombe du côté des sciences.

    ... objet aussi fragmenté, que celui des sciences. Nous percevons pourtant tous la nécessité de s’élever au dessus de la fragmentation du savoir et de penser le savoir d’une manière plus globale. Nous avons aussi besoin d’une connaissance qui nous parle de nous-mêmes en tant que subjectivité. Nous savons bien qu’il est indispensable d’avoir un lieu de rencontre commun de la Pensée. C’est le rôle traditionnel de la philosophie. Mais la philosophie doit aujourd’hui faire encore quelque pas dans cette direction. Il est indispensable que mûrisse notre vision de la connaissance pour que nous revenions à l’idéal d’une connaissance-sagesse, qui travaille et à la compréhension et à l’accroissement de la vie.(texte)

    Les changements au cours de l’Histoire ne préjugent nullement de la vérité. Il serait bien naïf de penser que nous autres, contemporains, sommes en possession d’une idée plus juste de ce qu’est la philosophie. L’histoire ne justifie rien. Peut-être au avons-nou

 

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Vos commentaires

Questions :

1. En quel sens les sciences font-elle partie intégrante de la philosophie?

2. Quelle différence marquer entre le statut de la philosophie à la modernité et sa place dans la Grèce antique?

3. En quoi la philosophie est-elle le reflet de la condition humaine?

4. Peut-on imaginer une philosophie sans éthique?

5. Pourquoi est-il essentiel que la psychologie ait sa place à l'intérieur de la philosophie?

6. L'importance de l'épistémologie en philosophie tient-elle seulement à des raisons historiques?

7. Comment définir la spiritualité si elle est en relation intime avec la philosophie?

 

    © Philosophie et spiritualité, 1995.
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