Leçon 202. Bioéthique et génétique    

    Le terme de génétique a été introduit par Bateson en 1906, donc à une période toute récente dans l’histoire de la biologie. La génétique est une discipline appartenant à la biologie portant sur l’étude de la structure, des lois et du développement de l’hérédité. On appelle phénotype l’ensemble des caractères d’un être vivant, tandis que l’on appelle génotype l’ensemble de l’information biologique qu’un être vivant hérite de ses parents ou géniteurs. On dit qu’un caractère est inné lorsqu’il est hérité génétiquement, ou qu’il est acquis s’il doit son apparition à une modification liée à l’environnement.

    Nous savons depuis Pasteur qu’il n’existe pas de génération spontanée du vivant, parce que tout vivant doit posséder un ancêtre dont il tire des caractéristiques. Gregor Mendel, en observant la transmission des caractéristiques morphologiques de pois à travers plusieurs générations a découvert les premières lois de la génétique, et  cela bien avant que l’on ne découvre le support matériel de l’hérédité dans la molécule d’ADN. Il a été le pionnier d’une nouvelle discipline.

    Avec la découverte de l’ADN, la biologie pense avoir découvert en quelque sorte le Saint Graal, le code secret du vivant, ce qui ouvrirait d’immenses possibilités, car en modifiant le support de l’hérédité, on touche directement à l’intelligence qui structure le vivant. Le savoir délivre un pouvoir et plus le savoir est fondamental, plus la puissance du pouvoir est grande. On comprend dès lors que la génétique suscite tout à la fois la fascination et l’inquiétude. La génétique promet beaucoup, elle est devenue une boîte à fantasmes. Certains disent que l’on va vers un homme nouveau, une version 2.0, (texte) modifiée, remodelée et « corrigée » !

    Satisfaire n’importe quel fantasme, revient à faire n’importe quoi et à légitimer la démence. Nous avons toutes les raisons de nous demander alors jusqu’où nous pouvons nous permettre de modifier le patrimoine génétique du vivant sans risque et sans danger pour la vie elle-même. Mais qu’est-ce qui est légitime quand on tient entre ses mains ce qui semble être la clé de la vie ? La génétique soulève-t-elle des problèmes éthiques inédits ?

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A. Éléments de génétique

    Au XVII ème siècle il était possible à l’honnête homme, c’est-à-dire à l’homme cultivé, de maîtriser le savoir scientifique de son temps. Ce n’est évidemment plus le cas aujourd’hui. Il importe cependant que chacun soit suffisamment instruit pour disposer d’une introduction au savoir scientifique, quitte à entreprendre ultérieurement une plus ample investigation. S’agissant de la génétique, nous ne pouvons pas rester dans l’ignorance car les enjeux sont prodigieux, autant en ce qui concerne les possibilités techniques que pour ce qui a trait aux risques et dérives potentielles.

     ---------------1) La physique nous a depuis bien longtemps appris que la diversité des objets matériels que nous pouvons distinguer dans le monde n’est qu’une apparence car leur composition à un niveau plus subtil est identique et se ramène à une table d’éléments fondamentaux appelés atomes. Nous savons également qu’il n’existe même pas de briques ultimes composant le monde matériel car celui-ci ultimement se résout en structures d’énergie. Nous savons que les éléments chimiques qui entrent dans la composition des tissus vivants sont les mêmes que ceux que l’on rencontre dans le monde inerte. On peut être surpris d’apprendre que notre corps composé en grande partie d’eau soit si proche de l’océan primordial d’où sont sortis tous les êtres vivants, mais la vraie question n’est pas là. Si rien ne peut être strictement séparé dans les règnes de la Nature, il reste que l’apparition de la vie suppose une aptitude de duplication des formes, une organisation remarquablement complexe et évolutive. Nous avons vu précédemment que si le monde inerte est globalement régi par la loi de l’entropie croissante qui augmente le désordre, le monde vivant lui retourne en quelque sorte la flèche du temps et travaille au maintient de structures ordonnées.

    Jusqu’à une période récente, il nous manquait encore une compréhension de l’interface entre le monde inerte et celui du vivant. Or c’est exactement ce que la génétique s’est attachée à découvrir.

    Revenons avec un peu plus de détails sur la genèse prébiotique que nous avons esquissée précédemment. Un chimiste nous dirait que pour réaliser  une synthèse complexe d’éléments de base, il a besoin d’une source d’énergie suffisante, d’un appareil permettant les réactions. Il lui faut un ballon dans lequel il introduira des réactifs, la réaction produisant des combinaisons chimiques nouvelles. La dernière de ses opérations consistera alors à séparer les produits nouveaux accumulés dans le fond du ballon. Au niveau cosmique, le système que forment la Terre et le soleil est analogue au ballon du chimiste. La Terre maintenant ensemble dans son champ de gravitation des matériaux peut concentrer les molécules, elle fait office de réacteur. L’introduction des éléments dans le ballon correspond à la formation de l’atmosphère terrestre. Dans son milieu qui était très riche en hydrogène, H, le carbone, C, l’azote N, l’oxygène O, prennent une forme hydrogénée. C uni à 4 atomes de H forment CH4 le méthane. N lié à 3 atomes de H forment  l’ammoniac NH3. O lié à 2 atomes de H forment l’eau H2O. Méthane, ammoniac, hydrogène et eau sont les ancêtres de la matière vivante. Dans les années 50, Stanley L. Miller, dans le laboratoire dirigé par Arnold Urey, a l’idée de simuler en laboratoire l’atmosphère primitive de la Terre. C'est une expérimentation typique. Il fait le vide dans un ballon et y introduit du méthane, de l’ammoniac et de l’hydrogène et il porte le mélange à ébullition, le soumet à des décharges électriques. Une semaine après Miller examine le

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autre chercheur, Ponnamperuma parvient à synthétiser de la guanine, autre composant de l’ADN. En même temps, mais de manière indépendante, en 1963 ils synthétisent le ribose et le désoxyribose, deux sucres qui entrent dans la composition des acides nucléiques. Entre 1978 et 1980 Noam Lahan et son équipe réussissent à produire des chaînes d’acides aminés. Désormais on sait comment passer des monomères aux polymères. Il est intéressant de noter que pendant que ce travail de synthèse avançait à grands pas, les astrophysiciens de leur côté découvraient avec stupéfaction que l’univers grouillait de molécules organiques, bien plus complexes qu’on ne l’avait jamais pensé. En seulement 15 ans 70 molécules organiques étaient détectées par l’observation des comètes, l’analyse des météorites, ou par les mesures des télescopes!   

    2) Nous savons que pour maintenir un ordre, quel qu’il soit, il est nécessaire de déployer une énergie ; comme le vivant tend à maintenir son ordre, il doit en permanence consommer de l’énergie, faute de quoi il serait vaincu par la tendance naturelle au désordre de l’entropie. Ce qui explique la fonction de la nutrition et le rôle de la respiration, mais aussi  et surtout, le rôle primordial de la photosynthèse pour fixer l’énergie qui émane du soleil. L’agent essentiel qui permet de recharger une cellule en énergie est l’adénosine, ou ATP, qui est le combustible universel du vivant. La respiration elle, est le mécanisme inverse de la photosynthèse, elle permet de brûler le glucose pour libérer une grande quantité d’énergie.

    Et c’est là que nous arrivons au point le plus important. Pour que le vivant maintienne sa structure, il faut que dès le départ, la moindre de ses cellules soit une véritable petite usine moléculaire. Cette petite unité de travail doit par essence être douée de l’auto-référence qui la rend capable de veiller à son propre entretien ; elle doit fabriquer ses propres machines ainsi que les conducteurs de ses machines. « L’autoreproduction correspond donc à deux fonctions précises de la cellule, fonctions accomplies sous la direction des acides nucléiques. La cellule peut se recopier (c’est par ce phénomène que la vie se propage) et contrôler de manière permanente son métabolisme par la synthèse d’agents chimiques capables de réguler ce métabolisme : les enzymes (protéines) ». On distingue ainsi les protéines de structure qui forment les matériaux de construction de l’organisme et les protéines-enzymes qui sont en quelque sorte les chimistes contrôlant l’ensemble de la chaîne des réactions qui se déroule.

    ... alors toute une série de questions : « où se trouve le plan de montage des milliers de protéines qui sont fabriquées en permanence dans la cellule ? Comment un minuscule œuf humain fertilisé (se présentant au départ sous la forme d’une seule cellule) peut-il croître, se développer et se transformer en un être humain complet possédant des milliards de cellules spécialisées, un cœur qui puisse battre, un cerveau qui puisse penser… jusqu’à la faculté de se reproduire à son tour ? »

    Un début de réponse à ces questions nous a été donné par les travaux de J.D. Watson, F.H.C. Crick, et de M.H.F. Wilkins. « L’immense quantité d’instructions nécessaires à la fabrication d’un organisme vivant complet – microbe, brin d’herbe, papillon ou être humain – se trouve inscrite au niveau moléculaire, dans le long filament de la macromolécule d’acide nucléique dont on a pu constater le rôle immense, aussi bien chez les bactéries ou les unicellulaires. Ce support universel, grâce auquel tous les êtres vivants sans exception transmettent de génération en génération les caractères de l’espèce, s’appelle l’ADN (acide désoxyribo nucléique) ». En anglais DNA. L’ADN est une très longue molécule blottie dans le noyau des cellules sous la forme des chromosomes. Si l’ADN contient effectivement le plan de montage du vivant, on devine qu’il est possible d’en connaître toute l’architecture, l’étape suivante permettant de modifier ce plan. Les chromosomes sont constitués de fibres serrées dans des spires sous la forme d’un câble. La chaîne de l’ADN est semblable à une échelle torsadée sur laquelle on trouve quatre types de barreaux avec quatre fiches qui s’emboîtent A pour adénine, T pour thymine, G, pour guanine, C, pour cytosine. Elles forment les quatre lettres d’un code dont le traitement informatique est possible. D’où la possibilité de séquencer l’ADN. Le premier organisme biologique dont le génome a été séquencé en 1977 était un virus et bien sûr on n’a pas beaucoup tardé pour séquencer le génome humain.

    Il faut le saisir en profondeur, la révolution génétique est une révolution dans la connaissance et le traitement de l’information biologique. Non seulement l’homme a appris à « décoder » l’information de base de tous les êtres vivants, mais il a aussi appris à « parler » ce langage et à « l’écrire ». C’est une illustration de ce que nous avions montré précédemment : les outils d’analyse avec lesquels nous parvenons à expliquer les phénomènes ne sont pas différents de ceux qui sont indispensables pour les manipuler. En l’occurrence, avec les premiers séquenceurs de F. Sanger et P. Edman en 1965, se sont développés les « machines à écrire » du vivant synthétisant des protéines, comme celle de Merrifield en 1963.

B. Perspectives et prospectives

    .... Le bond en avant accompli par la génétique dans la connaissance du vivant est si formidable, qu’il ferait presque oublier l’étendue de ce qu’il nous reste encore à découvrir. Sans plus attendre, la génétique a mis à la disposition de l’économie une panoplie de moyens considérables, et une industrie tout entière s’est levée, l’industrie des biotechnologies. La génétique est dans l’histoire des sciences un des exemples les plus flagrants d’avancée du savoir libérant, comme dans une explosion en série, une puissance technique extraordinaire dans la conscience collective de l’humanité. Or, comme le montre Jacques Ellul, la technique a son propre mouvement et on ne se pose la question de son usage qu’après l’avoir mise en pratique. Nous avons aussi vu que dans le domaine technologique,  le plus souvent, les finalités du profit engloutissent, obscurcissent et noient toutes les autres finalités. Ce qui n’est pas sans péril.

    1) Si l’ADN est effectivement le plan de montage du vivant, et si nous disposons à travers lui d’un accès direct à l’intelligence constitutive de la cellule, nous avons entre les mains des moyens de manipulation sans commune mesure avec tout ce que l’homme a pu tenter jusqu’ici pour modifier les organismes vivants. Nous avons vu précédemment la question de l’échelle à laquelle la technique travaille. Avec la manipulation de l’ADN, l’homme opère au niveau le plus fondamental. Au niveau qui recèle le plus de puissance et de le plus de possibilités.

    Il suffit de considérer quelle forme de conscience se nourrit de toujours plus de puissance et de toujours plus de possibilités pour comprendre sur quels désirs les  biotechnologies peuvent compter afin de pouvoir se développer. Sur quelle demande avide.

    En apparence, c’est surtout celle du profit. La recherche de  « l’avoir plus », du plus performant, du plus rentable, implique que l’on propose sur le marché des produits nouveaux (possibilités), « meilleurs » (puissance) que les autres. Ce qui veut dire « plus vendeurs ». Cela implique par exemple que grâce à la génétique, on peut obtenir des Organismes Génétiquement Modifiés, « meilleurs », d’un point de vue industriel, que les organismes dits « naturels ». Des fruits et des légumes plus attrayants à l’étalage pour le consommateur, plus gros, mais aussi plus robustes, plus résistants aux variations du climat et aux attaques des insectes pour le producteur, voire toxiques pour ceux que l’on appelle les « nuisibles » dans les grandes exploitations agricoles. On peut même les breveter pour en interdire l’utilisation en dehors d’une licence et les rendre stériles, de sorte que le producteur sera obligé chaque année de racheter des semences auprès des multinationales de l’agroalimentaire. Ce qui crée une dépendance très lucrative et génère des profits gigantesques. Comme les OGM sont issus de souches naturelles et que les graines et le pollen voyagent très facilement, il suffit de quelques années de culture à l’air libre pour que des croisements s’effectuent et que les souches OGM gagnent du terrain. Aux États-Unis les procès contre les paysans accusés de se servir de plants brevetés se multiplient. Au rythme actuel, d’ici 10 ans il n’y aura quasiment plus rien dans notre assiette qui soit « naturel ». Le concept de produit « bio », après avoir été habilement récupéré comme étiquette commerciale, sera ramené au rang d’un archaïsme pour écolos rétrogrades. La vulgate génétique insinue en permanence que le « naturel » est pauvre, limité, bien moins efficace et performant que ce qui est issu d’une amélioration génétique. Bref, le naturel est obsolète et dépassé, on peut obtenir bien plus de puissance et de possibilités avec les artifices de la génétique et donc un résultat "meilleur". (texte)

     2) Le même discours vaut pour l’organisme humain. On y met pas mal de circonvolutions pour ne pas choquer, mais le discours est bien là. L’homme « naturel » version 1.0 est obsolète pour les mêmes raisons, place à l’homme génétiquement modifié, l’homme version 2.0. C’est dans le titre de Günter Anders, L’Obsolescence de l’Homme comme composante du projet.  L’homme version 1.0 est soumis à la maladie, à la dégénérescence, à la mort. Ses facultés sont ridiculement limitées et sa progéniture tristement semblable à ce qu’elle a été dans le passé. L’homme 2.0 génétiquement modifié est en voie d’être débarrassé des maladies, de la dégénérescence… et même peut être de la mort ! Tout est dans les gènes et tout peut être modifié. L’idée est très simple et elle a été exposée : l’évolution « culturelle » est meilleure que l’évolution naturelle et elle doit prendre sa place. Le fer de lance de l’évolution culturelle est technique et la technique la plus avancée est la génétique.

    On a salué comme un progrès le « sexage des fœtus » permettant d’éliminer par avance le sexe « indésirable » (féminin), mais avec les progrès de la génétique, un nouveau type de diagnostic est apparu, du pré-implantatoire. Il permet de repérer d’éventuelles carences, ou maladie graves, ce qui permet de décider par avance d’un avortement ou de choisir parmi plusieurs embryons le meilleur, celui qui méritera de vivre. Au États-Unis, un bébé est né après avoir été génétiquement sélectionné parmi d’autres embryons, parce que ses parents voulaient s’assurer qu’il ne portait pas un gène bien particulier. La mère et sa famille étaient affectées d’un gène défectueux qui rendait l’enfant susceptible de développer la maladie d’Alzheimer avant 40 ans. Le cas s’est reproduit. Le Sunday Times a annoncé que le Royal College of Obstetricians and Gynaecologists (RCOG) avait envoyé un document… dans lequel il demandait « la possibilité d’éliminer les nouveaux-nés porteurs de handicap ». On épargnerait ainsi aux familles le poids émotionnel et économique des soins nécessaires à un enfant porteur de handicap lourd. L’association des gynécologues britanniques soutient que l’autorisation de pratiquer l’euthanasie active limiterait le recours à l’avortement tardif.

    C’est dans les mots : la génétique permet de pratiquer une forme d’eugénisme, puisqu’elle peut connaître et manipuler le bagage génétique. La généralisation du diagnostic pré-implantatoire à terme rendra « normale » l’idée selon laquelle il faut choisir le meilleur,  un enfant sélectionné, et… elle impliquera en retour un discrédit pour les avortons  naturels considérés comme plus ou moins dégénérés ; bref, « naturels », mais « anormaux ». Les progrès de la génétique vont rendre tout à fait banale l’idée d’une amélioration génétique de l’espèce humaine. Il y a eu dans toute la littérature de science fiction et dans le cinéma un énorme battage pour préparer le terrain. Les jeunes générations baignent depuis l’enfance dans un univers mental de super-héros génétiquement modifiés, tous bien « meilleurs » que les humains « naturels » ; un univers d’androïdes bourrés aux hormones, de clones, de prothèses bioniques etc. Un univers où il est répété que la technologie seule délivre toujours plus de puissance et de possibilités.

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     3) En quelques dizaines d’années, « une véritable idéologie génétique s’est construite… avec une telle force persuasive et un tel succès médiatique qu’on parvient encore mal à la distinguer des vraies connaissances scientifiques sur lesquelles elle prétend s’appuyer ». Jacques Testart l’appelle « totalitarisme génétique ». Dans le déclin postmoderne de tous les repères et de tous les idéaux, comme dit Stephen Rose, le président de la British Association for Science, dans la perte catastrophique du monde occidental, les hommes laissés à eux-mêmes ont cherché refuge soit dans le fondamentalisme religieux, soit dans les explications biologiques. Cette image du programme génétique, qui n’est jamais qu’une métaphore approchante d’une ---------------réalité très complexe, a été prise au pied de la lettre. L’opinion s’est accoutumée à l’idée de programmation, de détermination biologique. Il faut dire que le matérialisme scientifique y a largement contribué. Jacques Monod dans les années 60 désignait l’ADN comme « l’invariant biologique fondamental » ! Henri Atlan a eu beau fustiger les extrapolations du réductionnisme, rien n’y a fait. Il a dû se résigner et noter que la génétique avait fabriqué un fétiche et « comme tout fétiche, celui-ci se présente comme une source de profits non négligeables ». Comme le dit André Pichot, le principal résultat de cette fièvre idéologique autour de la génétique, c’est la création d’un état d’esprit qui ramène tout à l’hérédité. Cf. Jean Claude Guillebaud dans Le Principe Humanité

    Alors pourquoi la séduction de cette espèce de religion de l’ADN ? Mais parce que l’ego est perpétuellement en quête d’identité et qu’avec l’ADN, la génétique lui a offert le Saint Graal de l’identité ! Walter Gilbert, prix Nobel pour se travaux sur les séquences d’ADN commençait rituellement ses conférences publiques en brandissant fièrement un CDROM en disant « vous êtes là ! ». Il suffit de poser la question autour de soi et on est surpris de voir à quel point les gens adhèrent massivement à la croyance selon laquelle « je suis » n’est que le résultat de mes gènes. James Watson, autre prix Nobel, déclarait que « notre destin est inscrit dans nos gènes » ! L’ADN est devenu de manière très confuse un substitut symbolique de Dieu. Quand aux généticiens, ils sont devenus dans l’imaginaire collectif les prêtres d’une nouvelle religion. La génétique s’est transformée en credo. Kary Mullis, autre prix Nobel,  l’a bien compris. Il a fondé une entreprise vendant des médailles contenant des fragments d’ADN appartenant à des stars du show-biz et des athlètes ! « Les jeunes pourraient se servir de ces médailles à la façon des reliques ou des objets totémiques » dit-il. Ce qui s’appelle carrément recycler la génétique dans un culte. Doroty Nelkin et Susan Lindee dans La Mystique de l’ADN écrivent  qu’aux États-Unis : « Dans les journaux à grand tirage diffusés dans les supermarchés, dans les feuilletons à l’eau de rose, dans les mélodrames et les débats à la télévision, dans les journaux féminins et les livres de conseils aux parents, on invoque les gènes pour expliquer l’obésité, la criminalité, la timidité, l’aptitude à diriger, l’intelligence, les préférences politiques et les goûts alimentaires ». Un homme qui n’a pas la moindre formation scientifique peut toujours se croire intelligent en invoquant l’ADN pour n’importe quoi, mais en fait –je suis désolé de le dire - cela relève plutôt de la bêtise. _______________________________________________________________

C. Une science avec conscience

   

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Questions:

1. Le réductionnisme génétique n'est-il pas avant tout le propre de l'idéologie de la technique qui imprègne toute notre société?

2. Comment se fait-il que la littérature de science-fiction ait depuis si longtemps relié conditionnement collectif et génétique?

3. N'est-il pas étrange que les biologistes aient prix le parti d'ignorer 95 % de l'ADN pour théoriser seulement sur les 5 % restant? D'un point de vue logique qu'est-ce que cela implique?

4. Certain auteurs pensent que "l'ADN poubelle" pourrait être de la nature d'un champ quantique d'informations. Qu'est-ce qu'une telle hypothèse peut suggérer?

5. La menace du bioterrorisme peut éveiller la méfiance tant elle sert les intérêts des théories du complot, avons-nous de solides raisons historique pour la souligner?

6. S'il était possible de réveiller dans l'ADN une intelligence globale il serait possible de lui faire oublier par exemple de reproduire une infirmité. N'est-ce pas là une direction indiscutable du progrès?

7. Est-il vraiment possible de manipuler les technologies génétiques sans être involontairement conduit dans la direction de l'eugénisme?

 

Vos commentaires

      © Philosophie et spiritualité, 2010, Serge Carfantan,
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