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L'énergie de la pensée - Serge Carfantan
 
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Leçon 138.      L’énergie de la pensée    

    L’opinion a tendance à sous-estimer l’importance de la pensée. On croit communément que la pensée n’est qu’un reflet, qu’une sorte de peinture de la réalité, comme si on pouvait s’en passer. On s’imagine pouvoir penser n’importe quoi sans que cela n'ait un quelconque effet. Il faudrait séparer intériorité/extériorité. Bref, c’est un peu comme si nous faisions de nos fantasmes nocturnes, des vapeurs du rêve, toute la réalité de la pensée. Un brouillard qui vous embrume l’esprit. Ou bien une sorte d’activité dont il faudrait se débarrasser (penser cela « vous prends la tête »). Nous concédons alors que peut importe ce qu’un homme a dans la tête, ce qui compte, c’est ce qu’il fait. Ce qui veut dire que nous séparons la conduite de la pensée. Le comportement voilà ce qui compte ! C’est ce que dit le béhaviourisme. A la limite, l’homme ne serait qu’un robot sans pensée que l’on n’y verrait que du feu.

    Comme si la conduite n’était pas dans la droite ligne de la pensée ! La pensée trace la direction de l’intention. La pensée fournit les raisons, les motifs, le but. En-deçà de toute conduite, il y a des choix, un système de préférence, des valeurs, des idées et des croyances. Que les idées soient confuses, la pensée étroite, fragmentée, ou dans l’illusion, ou que les idées soient clairement distinguées, la pensée large et d’une assise globale, en accord avec la réalité ; de toute manière la pensée agit. Elle se transforme en action. Toute conception de l’homme qui fait l’impasse sur la pensée, raye l’esprit et se fourvoie entièrement.

    Cependant, apprécier dans toute sa valeur la dimension dynamique propre à la pensée n’est pas chose facile. Notre tradition en Occident met surtout l’accent sur le problème de la représentation et de sa valeur. Elle n’étudie pas l’énergie propre à la pensée. Or toute pensée contient en elle à un certain degré une intelligence et une énergie. Mais en quel sens ? D’où la pensée tire-t-elle son énergie ? Quelle est sa puissance propre? Peut-on parler d’une énergie de la pensée ? L’énergie de la pensée n’est-elle ...

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A. Le psychisme et la relation corps-esprit

    La pensée est présente en moi à la fois comme une activité dynamique et une construction mentale. L’œuvre des constructions mentales -son produit final- est ce que nous appelons la représentation. La représentation est tissée au moyen de concepts, elle enveloppe des jugements, sollicite l’imagination, se réfère à la perception et au souvenir. Elle est à la fois individuelle et collective. Nous pouvons dire que tout ce que la science élabore se situe dans la représentation. C’est le champ d’exercice propre à la réflexion que de considérer en propre sa valeur, ce qui revient à poser dans toute son ampleur la question de la vérité. Tel est le domaine privilégié de la philosophie. Cependant, il ne faudrait pas négliger la dimension dynamique de la pensée et celle-ci n’existe que dans l’activité mentale elle-même, nous dirons ici le psychique. (texte)

     1) Revenons un moment sur ce que nous avons dit plus haut de la relation entre la conscience et le corps. Nous avons vue en reprenant Le Corps quantique de Deepak Chopra, que nos pensées ont leur traduction subtile sous la forme de molécules dans le corps. Le corps est une extraordinaire usine chimique qui transforme en permanence la pensée en matière. Nous savons par expérience qu’une pensée joyeuse n’a pas le même effet sur le corps qu’une macération dépressive. Aucune pensée n’est sans effet. Il y a des pensées qui nous donnent des ailes et d’autres qui nous abattent et nous laissent ternes et sans énergie. L’activité intellectuelle elle-même a son propre pathos et son influence. La compréhension, explique Spinoza, comporte une joie qui retentit dans le corps. Ce n’est pas pour rien que Spinoza enjoignait de cultiver les passions joyeuses que les passions tristes. La médecine est en train de redécouvrir aujourd’hui avec surprise l’effet placebo et l’effet nocebo qui montrent bien à quel point la pensée du sujet a une incidence directe sur le corps et sur la maladie. Les rémissions spontanées qu’étudie Chopra nous reconduisent directement à ce travail mystérieux de l’intelligence du corps en étroite coopération avec la pensée du sujet. Il n’est plus utile d’invoquer des « miracles », ou encore ces prétendus miracles n’existent que dans un ignorance de la relation corps-esprit. Tant que nous nous représentions le corps dans le schéma duel du paradigme mécaniste, nous ne pouvions tout simplement pas comprendre cette interaction. La médecine allopathique ne connaît encore que la loi : le matériel agit sur le matériel. Il faut une pilule chimique pour traiter une pathologie physique. Nous savons aujourd’hui que le paradigme mécaniste est un modèle très superficiel et complètement obsolète au regard des nouvelles découvertes scientifiques actuelles. Il n’y a pas de dualité infranchissable corps/esprit. Nous avons vu plus haut qu’il était plus pertinent de concevoir l’homme plutôt comme la totalité âme-esprit-corps. L’incidence directe de la pensée sur le corps est une évidence qui nous a été longtemps masquée en raison de la prégnance du paradigme mécaniste. C’est un des mérites de la psychanalyse après Freud, d’avoir montré que les maux du corps ne sont pas totalement indépendants des maux et des mots de l’esprit. Ce qui est noué dans l’esprit vient se nouer dans le corps. Le corps a ses raisons que la raison ne connaît guère, il raconte une histoire qui est celle du psychisme qui y a imprimé ses m --------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

    ------------------------------Nous devons comprendre ces processus à leurs racines. Que nous en ayons conscience ou non, c’est une loi de notre nature, la pensée agit sur le corps et elle a une énergie formatrice qui lui est propre. La forme-pensée émise par l’esprit rayonne dans l’immanence. "La conscience n'est pas seulement le pouvoir de se percevoir soi-même et de percevoir les choses, elle est ou possède aussi une énergie dynamique et créatrice. Elle peut déterminer ses propres réactions ou s'abstenir de réagir; elle peut non seulement répondre aux forces, mais créer des forces ou en émaner".  (texte) A chacune de nos pensées émises ou simplement senties, nous générons un déploiement d’énergie. L’énergie de la pensée est de la qualité même de l’intention qui en est la matrice. L’énergie de la pensée est subtile, mais extrêmement puissante. Elle peut être support de vie, comme elle peut être porteuse de mort. Le fait de porter l’attention sur un point douloureux ou malade dans le corps polarise un effet. L’intention répétée de restaurer la partie du corps qui est malade dans sa globalité sollicite le champ de forme de l’organisme. Elle passe dans la répétition du plan conscient du mental au plan subconscient et contribue à la guérison. Mais c’est exactement la même énergie de la pensée qui produit l’effet inverse quand l’intention portée par la pensée est morbide et entre en contradiction directe avec l’aptitude innée du corps à se régénérer lui-même. La nature photocopie nos pensées.

    2) De là suit la nécessité du travail spirituel consistant dans la purification du mental et la maîtrise de la pensée. Le premier pas de la maîtrise de la pensée, c’est de l’observer en demeurant témoin. De passer de l’inconscience ordinaire où je suis mené par le bout du nez par mes pensées, sans les penser vraiment, au stade où je pense ce à quoi je pense. Sur la voie de la maîtrise, je me surprends empêtrée dans la négativité parce que je suis collé à mes pensées. Je m’entraîne ensuite à repenser cette pensée, ce qui revient à inverser l’entraînement habituel consistant à ne pas y penser. Que nous marchions dans le monde en somnambule, ou que nous marchions dans le monde en pleine conscience, nous sommes toujours créateur de notre réalité. Autant prendre en main l’intention et décider en toute lucidité. A neuf. C’est mieux que la seule vigilance à l’ordre des objets. La qualité du dialogue intérieur de notre pensée n’est pas sans conséquence. Quitte à se livrer à d’inutiles bavardages, qu’au moins ils ne soient plus un ressassement anxieux des problèmes. Une pensée qui rumine des problèmes ne les résout pas mais les accentue. Elle donne au problème plus de réalité qu’il n’en n’a. Elle tombe dans l'inconscience profonde. Elle ferme le possible, crée la condition carcérale de l’angoisse, la prison mentale où la vie s’enferme et finit par étouffer. Le mental maîtrisé est un instrument qui a son utilité pratique, mais non maîtrisé il devient un ennemi. Le bon sens dit qu’il ne faut pas jeter de l’huile sur le feu. C’est une image assez juste. La pensée accomplit cet office avec brio. Mais pourquoi donner en permanence de l’énergie à ce dont nous voudrions nous débarrasser ? La parole, comme la pensée contient une énergie qui a une puissance immense. La parole est un verbe créateur ici même, dans le corps-physique. Alimenter la souffrance en la nourrissant lui donne un empire grandissant, ce qui signifie que la pensée au bout du compte finit par posséder celui qui croit naïvement la maîtriser. Toute pensée est une création mentale et même un enfant de l’esprit. Qu’elle soit un enfant désiré ou non désiré, il n’empêche qu’elle consomme une énergie psychique, qu’elle suit son cours et alimente le bain psychique dans lequel ...

    Il paraît que chez les indiens Navajos, on ne disait pas « je suis déprimé », mais « mon esprit est accompagné de tristesse ». C’est important, car cela veut dire qu’il est juste de garder la position de témoin, en évitant l’identification à la pensée.

    Il est toujours possible de tourner les talons à la négativité et de partir dans un grand rire, de laisser la joie nous emporter comme une vague. La magie du rire, c’est de défaire l’implication, de mettre fin à l’identification du sujet à sa pensée et de laisser là le sinistre sérieux des pensées parasites. Le rire crée une distance. Rien de plus tonique, quand le piège du mental tend à se refermer, que de se moquer de soi et de rire. Défaire les liens quand partout nous sous sommes ficelés, attachés de ces cordes invisibles que sont nos pensées obligatoires. Décider de lâcher-prise pour laisser de côté, ce qui dans nos pensées n’est pas utile à la vie. Goûter un peu d’insouciance, au bonheur simple d’être là. Perdre un peu la tête pour revenir cœur, quand cette tête n’est plus qu’une usine, tournant à plein régime produisant des pensées-machines qui nous rendent la vie infernale. Arrêter la production. Pratiquer le boycott interne de la consommation effrénée de pensées toxiques. Il existe une pollution mentale de l’esprit, comme existe une pollution vitale du corps dans la nourriture que nous consommons et l’air que nous respirons. Et il faut dire que sur ce registre, nous ne sommes pas aidés par le monde ambiant dans lequel nous vivons, ce monde qui aurait plutôt tendance à surenchérir sur la négativité, plutôt qu’à la dissoudre dans la joie, la paix et la bonne humeur. C’est une tendance chronique dans notre monde. A l’égard de la pollution de la pensée, il est bon de se souvenir en toutes circonstances que le rire purifie, guérit la souffrance et la peur. Le rire défait les nœuds. Ce n’est pas pour rien que l’on se tord de rire. Le rire va chercher dans le corps ce qui est crispé, bloqué, retenu. Le rire est thérapeutique. Le rire est sacré car il émane de la spontanéité de la vie. Du Sacré.

B. Le mental universel et la pensée

    Maintenant, il est aussi important de comprendre que la pensée-énergie n’a pas seulement son incidence sur mon corps, mais va au-delà. Elle rejoint le mental universel. Aussi bien, nous pourrions dire qu’elle en provient. C’est une découverte surprenante qui a été faite par Shri Aurobindo dans son yoga. Elle est racontée dans la biographie écrite par Satprem Shri Aurobindo et l’Aventure de la conscience. L’exploration de la conscience a amené Aurobindo à voir que la cloison que nous prétendons ériger entre intérieur/extérieur est fictive. Le chercheur finit par s’apercevoir qu’il est poreux et qu’une conscience plus large implique de recevoir les pensées d’autrui, être traversé sans protection par des volontés, des désirs sans nombre. Le cuir épais de l’homme ordinaire ne jouant plus, le chercheur n’aura à un moment plus de carapace et deviendra très perméable. Cette condition est inévitable dès que la conscience gagne plus de transparence et précisément dès qu’elle s’établit de plus en plus dans le silence.

    1) Le plus étrange, c’est que « dans cette transparence silencieuse nous ferons une autre découverte, capitale dans ses implications. Nous nous apercevrons que non seulement les pensées des gens nous viennent de l’extérieur, mais que nos propres pensées aussi nous viennent par la même voie, du dehors. Lorsque nous serons suffisamment transparent, nous pourrons sentir, dans le silence immobile du mental, comme des petits remous qui viennent frapper notre atmosphère, ou comme de légères vibrations qui tirent notre attention, et si nous nous penchons un peu pour ‘voir ce que c’est’, c’est-à-dire si nous acceptons que l’un de ces remous entre en nous, nous nous retrouverons soudain en train de penser à quelque chose : ce que nous avons saisi à la périphérie de notre être était … une vibration mentale avant qu’elle n’ait eu le temps d’entrer à notre insu et de ressortir à notre surface pourvue d’une forme personnelle, qui nous fera dire triomphalement : c’est ma pensée ».

    ------------------------------L’expérience est assez renversante, car s’il est par excellence quelque chose que nous voulons défendre de toute intrusion externe, c’est bien notre pensée ! C’est le for intérieur où campe fièrement l’ego qui s’est en fait approprié telle ou telle pensée qui lui convient. « Ma pensée personnelle ». Nous ne sommes pas capables de créer une pensée, nous ne pouvons que la puiser dans le mental universel. « Le mental intérieur est quelque chose de très vaste qui se projette en l’infini et finalement s’identifie à l’infinité du mental universel ».
    Dans la pensée ordinaire, le mécanisme est imperceptible, parce que nous vivons pro-jeté dedans : a) parce que ce que nous appelons notre pensée est un vacarme indescriptible, un cliquetis continuel, b) parce que « le mécanisme d’appropriation des vibrations est presque instantané automatique ; une fois pour toutes, par son éducation, son milieu, l’homme est habitué à sélectionner dans le mental universel un certain type de vibrations, assez réduit, avec lequel il est en affinité, et jusqu’à la fin de sa vie il accrochera la même longueur d’onde, reproduira le même monde vibratoire, avec des mots plus ou moins sonores et des tournures plus ou moins neuves ». Le défi n’est pas de faire une pirouette de plus dans le même milieu, c’est d’effectuer un saut, un véritable changement de conscience.

    Comme l’indique Satprem, une fois que l’on a réellement vu cela, vu la part de suggestion que comporte le travail du mental, on détient la clé de sa maîtrise. « S’il est difficile de se débarrasser d’une pensée que nous croyons nôtre, quand elle est déjà bien installée dedans, il est aisé de rejeter les mêmes pensées quand nous les voyons venir du dehors ». Cette découverte décisive Aurobindo l’a faite lors des trois jours qu’il passa avec Bhaskar Lélé :
    « Tous les êtres mentaux développés, du moins ceux qui dépassent la moyenne, doivent d’une façon ou d’une autre, à certains moments de l’existence et dans certains buts, séparer les deux parties de leur mental : la partie active, qui est une usine de pensées, et la partie réservées, maîtresse, à la fois Témoin et Volonté, qui observe, juge, rejette, élimine ou accepte les pensées, ordonnant les corrections et les changements nécessaires, c’est le maître de la maison mentale, capable d’indépendance. Mais le yogi va encore plus loin, ; il est non seulement le maître du mental, mais tout en étant dans le mental, il en sort pour ainsi dire, et il se tient au-dessus ou tout à fait en arrière, libre. Pour lui, l’image de l’usine de pensées n’est plus valable, car il voit que les pensées viennent du dehors, du mental universel ou de la nature universelle… J’ai une grande dette envers Lélé pour m’avoir montré ce mécanisme : ‘Asseyez-vous en méditation, me dit-il, mais ne pensez pas, regardez seulement votre mental, vous verrez les pensées entrer dedans. Avant qu’elles ne puissent entrer, rejetez-les et continuez jusqu’à ce que votre mental soit capable de silence complet’… En un instant, mon mental devint silencieux comme l’air sans un souffle au sommet d’une haute montagne, puis je vis une, deux pensées venir d’une façon tout à fait concrète, du dehors. Je les rejetai avant qu’elles ne puissent entrer et s’imposer à mon cerveau. En trois jours, j’étais libre. A partir de ce moment, l’être mental en moi devint une intelligence libre »,

    ...l’étonnement de comprendre que les hommes vivent avec elles, comme derrières des barrières qui définissent leurs impossibilités. L’homme « après avoir vécu vingt ans, trente ans dans sa coquille mentale, comme une sorte de bigorneau pensant, commence à respirer au large ». L’antinomie éternelle intérieur/extérieur se résout dans la foulée : le dehors est partout dedans et la conscience est toujours chez soi : « La substance mentale est tranquille, si tranquille que rien ne peut la troubler. Si les pensées ou les activités viennent… elles traversent le mental comme une bande d’oiseaux traverse le ciel dans l’air immobile. Elles passent, ne dérangent rien, ne laissent pas de trace ». C’est la naissance d’une intelligence différente, plus intuitive, plus impersonnelle en un sens et qui garde son assise dans le silence. Ce qui n’empêche certainement pas l’action, bien au contraire. Au moment où Aurobindo fait cette expérience, il dirige un mouvement révolutionnaire contre l’occupant anglais ! Il ne s’installe pas du tout dans un gentil quiétisme. Il écrit encore ceci : « le mental qui est parvenu à ce calme peut commencer à agir, il peut même agir intensément et puissamment, mais il gardera toujours cette immobilité fondamentale, ne mettant rien en mouvement par lui-même ». L’action devient spontanée. Ce n’est plus le résultat d’une humeur brouillonne et inquiète du mental. Ce que nous appelons d’ordinaire « l’activité ».

    2) Conséquence de cette découverte : si la pensée n’est pas seulement un phénomène intérieur, mais possède effectivement une dimension énergétique qui s’étend bien au-delà du sujet individuel pensant, elle est comparable à ces ondes radio que nous captons sur un tuner. Personne ne « voit » les ondes. Personne ne voit les champs. Pourtant, nous sommes bien obligés de reconnaître leur existence et notre technologie s’en sert. Il est tout à fait possible que le cerveau soit, à l’égard de la pensée, comme un poste radio récepteur et se comporte aussi comme un poste émetteur. Ce ne serait pas plus mystérieux que les ondes de champs que personne n’observe directement et que nous pouvons capter et décoder avec un tuner. Au bout du compte, « notre mental n’est qu’une machine de réception, d’amplification et de modification, à travers laquelle passe constamment, de moment en moment, un flot étranger ininterrompu, une masse disparate de matériaux se déversant d’en-haut, d’en-bas, du dehors".

     Que la pensée soit un champ d’informations dynamique, c’est une hypothèse inévitable et une hypothèse éclairante, dont la fécondité est remarquable :

    a) Par exemple, il n’y aurait dans ce cas aucun mystère dans les découvertes simultanées qui jalonnent l’histoire des sciences. C’est plutôt l’inverse qui serait surprenant. L’isolement complet de la pensée en dehors du mental universel est un mythe, de même que l’isolement des cultures. La pensée n’est pas un échauffement sous le crâne d’un individu, un bricolage d’enzymes ou une sécrétion du cerveau. Elle a plus de parenté avec un champ d’énergie subtil qu’avec un objet matériel. On peut très bien comprendre qu’un sujet conscient puisse établir une connexion intelligente avec une forme-pensée, qu’un autre sujet aura aussi appréhendé, même s’il est à une distance considérable dans l’espace. Il suffit dans ce registre de laisser tomber le concept de causalité locale, car il ne vaut qu’au niveau macroscopique. Jung appelle cela la synchronicité. Nous l’avons vu ailleurs. Si ultimement l’univers se résout en énergie, si l’énergie n’existe pas sans information et sans l’appui d’une causalité formative, on ne voit pas pourquoi il faudrait continuer à croire dans une représentation « atomiste » de la pensée. –Alors que la physique a elle-même abandonné l’atomisme- !
    b) On a hésité en occident entre la croyance naïve dans une étrangeté absolue vis-à-vis d’autrui et la reconnaissance de l’intimité par la sympathie. Nous savons qu’il y a en nous une aptitude naturelle à l’empathie et pourtant, nous ne pouvons pas nous transporter dans l’esprit de l’autre. Le mystère serait moins épais si nous comprenions la pensée comme une énergie subtile que nous pouvons très bien sentir en présence d’autrui. Comme le dit Aurobindo, la transparence de la conscience fait que l’on peut très bien attraper les pensées d’un autre. « Un bon lecteur de pensée peut ainsi lire ce qui se passe dans une autre personne dont il ne connaît même pas la langue, parce que ce ne sont pas des ‘pensées’ qu’il attrape, mais des vibrations auxquelles il donne en lui la forme mentale correspondante ». Satprem souligne aussi que ce n’est d’ailleurs pas du tout une expérience agréable que d’être comme envahi par la subjectivité d’autrui. C’est un talent dont on aimerait bien pouvoir se passer par moment, quitte à envier le cuir de protection de l’insensibilité ordinaire.
    c) Pour la même raison, il existe aussi un rayonnement de la personnalité qui va bien au-delà des limites du corps-physique. On disait que lorsque l’acteur Jean Gabin faisait son entrée, il « poussait les murs ». Le bon sens reconnaît très bien le charisme d’une personnalité. Il y a des présences qui sont psychologiquement palpables à des dizaines de mètres du foyer de la personne. C’est ce que l’Inde désigne par l’ampleur et le rayonnement du corps-subtil et c’est encore une fois un champ énergétique dont il est question. Il est parfaitement juste de parler d’une sorte de magnétisme de la personnalité. Ce que populairement on désigne par force ou faiblesse de personnalité n’est pas du tout un qualificatif « moral ». Il a d’abord une signification énergétique.
    d) C’est encore vrai dans un lieu habité où la présence imprègne pour ainsi dire les murs. Il y a des maisons imprégnées d’angoisse et d’autres où l’atmosphère est pure et légère. Il existe des lieux saints où le recueillement exercé par des générations de pèlerins s’est déposé dans un silence qui chasse très vite toute pensée dès que l’on y pénètre. La paix y est contagieuse. Inversement, quiconque a un tant soit peu éveillé en lui cette sensibilité, sentira dans les endroits les plus glauques de nos villes une atmosphère oppressante, à couper au couteau. Ce n’est pas seulement une question d’odeur de fumée et d’alcool ou de vacarme, c’est une qualité vibratoire très perceptible. Une vibration basse.
    e) De même, ------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

C. En haut, en bas et du dehors

    aux, les mouvement du supramental échappent à la conception mentale humaine ordinaire ».

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    © Philosophie et spiritualité, 2006, Serge Carfantan,
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