Leçon 195.  Éducation et discernement     

    Puisque nous admettons qu’il appartient à l’éducation de montrer le monde tel qu’il est, il lui appartient aussi de donner les moyens d’éviter que l’élève et l’étudiant se fasse des idées fausses. Nous avons vu précédemment. Devant toute information de seconde main, il est essentiel de faire preuve de discernement afin de ne pas tirer de conclusions hâtives et sauter dans des généralisations vagues et incertaines

    La difficulté est d’autant plus vive que l’arrivée d’Internet a mis à la disposition de chacun d’entre nous une pléthore d’informations qui, si elle est mal maîtrisée, ne peut que plonger l’esprit dans un nuage d’inconnaissance. C’est vrai. Ce n’est pas une raison pour autant pour disqualifier en bloc Internet comme le font quelques intellectuels. Il s’agit plutôt désormais d’apprendre à chacun les clés d’un discernement positif, pour éviter les écueils de la crédulité facile et de la noyade dans l’information. Il faut souligner la nouveauté de cette situation. Dans le passé, l’argument d’autorité régnait en maître sur des sources qui étaient, sommes toutes, très limitées. L’accès à l’information demandait une longue préparation et était réservé à une élite cultivée capable de maîtriser un langage technique. Désormais, la pression de l’argument d’autorité est plus faible, la facilité des publications, le travail de vulgarisation, les efforts pédagogiques développés depuis des années mettent les avenues du savoir (R) à la portée de tous.

    Nous disposons de moyens formidables. Il est hors de question de les laisser entre les mains des affairistes, du marketing, et des manipulateurs de tous poils. Le tout, c’est d’être armé pour donner les moyens d’un jugement solide. Apprendre à recevoir les faits et à les considérer de manière intelligente. Mais peut-il y avoir une éducation du discernement ? Peut on apprendre à voir plus clair sans risquer dans cette apprentissage de tomber dans une sorte de « police de la pensée » ? Il ne faudrait pas qu’en guise de méthode, nous cherchions de manière déguisée à ramener des ouailles au bercail dans nos propres opinions convenues et nos positions bien assurées ! La liberté de pensée est sacrée. Il est important de ne pas tomber dans une idolâtrie de la « raison » qui ferait d’elle la gardienne d’une doctrine indiscutable pour l’éternité. Encore une fois, la « raison » ne peut pas désigner une doctrine. Elle est une faculté qui allie de manière synthétique intellect et intelligence.

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A. Quand l’esprit est troublé, agité et confus

    Un pilote qui vole à une altitude trop basse peut avoir par temps nuageux du mal à « discerner » les formes qui émergent du brouillard. Cette image est plus qu’une analogie (R). Il y a dans l’invitation à davantage de discernement un appel à une intelligence du voir. Il s’agit de « ne pas prendre des vessies pour des lanternes ». Un esprit confus manque de discernement, il mélange tout et ne sait plus marquer des distinctions claires. Il faut partir de là. Il est impossible de comprendre ce qu’est le discernement tant que nous n’avons pas pris conscience de notre confusion, le fait même de prendre conscience de notre confusion revient illico à en sortir, ce qui veut dire justement s’en dégager en faisant preuve de discernement. Plongé dans la confusion l’esprit est comme perdu et il ne peut s’en dégager qu’en se retrouvant lui-même. Ainsi voir ma propre confusion est un acte suprêmement positif,..

     1) Il y a des signes qui ne trompent pas et que nous pouvons tous reconnaître. En tout premier lieu le surgissement de l’émotionnel. A chaque fois que j’entre dans le champ des réactions émotionnelles, je perds contenance et aussitôt mon esprit est troublé. Non seulement les réactions émotionnelles jettent le trouble, mais elles provoquent au niveau mental un effet de projection. Ce qui s’ensuit est dès lors mécanique, je vais projeter sur l’objet mon  inquiétude, ma peur, mon envie, ma colère, mon adoration etc. Mon esprit en devient agité et confus. Je « vois » ce que je m’attend à voir ou bien ce que je craints de voir : mes propres surimpositions. Et bien sûr, adieu clarté et distinction, je perds tout discernement. Je ne me retrouverai moi-même qu’une fois revenu au calme. Sous le coup de l’émotionnel, j’avais comme on dit spirituellement « perdu la tête » dans le sens où mon intelligence était sur le moment altérée par une sorte de bouffée délirante.

    La recommandation est d’un cynisme politique achevé, mais le conseil machiavélique ici, que serait-il ? Que chuchoterait à l’oreille des puissants un démon qui voudrait nous priver de tout jugement ? « Si vous voulez détruire le discernement des hommes, bombardez-les en permanence avec de l’émotionnel, cela les jettera dans la confusion et si vous le faites de manière constante, vous n’aurez plus qu’un troupeau d’esprits confus, très malléables et faciles à suggestionner. Prenez les informations à la télévision. Si vous voulez qu’elles produisent de la confusion, semez de la peur, mettez-y le maximum de provocation émotionnelle, d’excitation, de manière à mettre le spectateur dans un état énervé et réactif. Ne le saisissez pas tranquille. Rendez-le émotif, agité et superficiel. Cela interdira toute possibilité de réflexion et en plus il pourra se croire bien informé, parce qu’il aura hurlé sa colère, son dépit, son enthousiasme naïf, sa vengeance devant l’écran. Si vous lui servez en guise d’information une bouillie de mensonges et des jugements simplistes, il ne s’en rendra même pas compte… »

    ---------------d’attirer notre attention sur un point trop souvent négligé : nos pensées apparaissent sur le fond d’un état de conscience et quand celui-ci est coloré par des réactions émotionnelles, toutes les pensées en sont affectées et se ressemblent. Il n’y a aucun sens à évoquer la question du discernement si nous faisons complètement abstraction de l’état de l’esprit pensant. Il faut considérer le contenu logique de la pensée comme étant porté par un flux psychologique. On aura beau prodiguer à l’infini des conseils logiques, ils ne seront de nul effet face à un esprit agité, désemparé et inquiet, car c’est sur ce terrain que prolifère la pensée confuse. Donc, d’abord prendre conscience de la confusion, et au beau milieu de cette prise de conscience, retrouver ce qui est indispensable à un exercice correct de l’intelligence, la tranquillité. Un espace de quiétude très alerte et cependant sans excitation. Nous vérifierons alors qu’un esprit serein retrouve de lui-même le chemin du discernement.

    Ce serait une avancée considérable si nous pouvions dans l’éducation aider chaque être humain à comprendre en quoi consiste l’émotionnel et comment il fonctionne. Cela fait partie de cette connaissance de soi qui est un appui indispensable pour approcher la vie de manière juste, avec finesse, pertinence et clarté. Une fois qu’une compréhension profonde de l’émotionnel est établie, il devient possible de flotter avec les émotions, sans être complètement emporté par elles. C’est une libération extraordinaire pour l’intelligence. C’est sur la base de la stabilité du mental que se construit le discernement. Il est parfaitement futile de croire qu’il est possible d’en faire l’économie. Il suffit d’observer ce qui rayonne d’une personne au regard intelligent, capable de s’exprimer avec pertinence. Il y a toujours une présence puissante, large et profonde, une stabilité intérieure, de sorte que la parole ne provient pas d’une simple réactivité superficielle, mais de la position du Témoin, de l’observateur impartial. Quand l’intelligence accède à la position de Témoin, le discernement devient aigu et la vision gagne en profondeur. Si la parole est frontale, réactive, jetée dans l’émotionnel, l’expression devient très vite tout et n’importe quoi. L’esprit pour déployer son discernement a besoin de paix, de calme et de silence. Empêcher l’un des trois, ou bien les trois ensembles et vous ferez des esprits confus, chaotiques. Ne dit-on pas du fou qu’il est aliéné ? Et être aliéné, cela veut dire être égaré et ne plus être soi. Et comment voulez-vous, quand vous être plongé dans la confusion mentale, quand vous n’être plus vous-même, faire preuve de discernement ?

     2) Bref, pour trouver le discernement, il faut que l’esprit soit lucide et le demeure. C’est dans la lucidité qu’il trouve la neutralité, l’impartialité nécessaire au discernement. Toutefois, nous avons  vu que la lucidité enveloppe aussi une sensibilité, mais qui n’est pas la réactivité émotionnelle, ni la froideur intellectuelle distante et indifférente. Il ne faut pas confondre l’émotionnel réactif, la contention de l’isolement et le sentiment de ce qui est. La lucidité est une Passion sans motif qui n’est dérivée vers aucun objet. S’il n’y avait pas ce Feu de l’intelligence, il n’y aurait pas de pouvoir de discernement. L’intelligence apporte la lumière, l’intellect apporte son sens de la distinction (texte) et l’un et l’autre concourent pour démêler la confusion. Nous avons vu l’origine du mot critique dans le grec kritikein, qui veut dire discriminer et « distinguer ». Notons que le terme de « discernement » est resté proche du grec, tandis que le mot « critique » a lui été dénaturé. Le discernement est le travail de discrimination, l’action de mettre à part ce qui est mélangé à tort.

    En premier sens, le dictionnaire Littré cite l’Évangile, le Christ devant revenir dans le Temple pour « faire le discernement » des boucs et des brebis. Littré donne ensuite l’exemple du « discernement » du bien et du mal, si tant est en effet qu’un esprit moralement corrompu prend le vice pour la vertu et inversement. Le second sens repéré par Littré est : « Action de discerner, de distinguer les objets à l'aide de la vue. À une telle distance le discernement des couleurs est impossible ». Le troisième insiste sur l’effet des passions. D’où la citation de Corneille :

« Ne vous exposez plus à ce torrent d'injures,
Qui, ne faisant qu'aigrir votre ressentiment,
Vous donne peu de jour pour ce discernement
 »

     Tiré d’Héraclius Empereur d’Orient. On reconnaît le thème classique de l’aveuglement passionnel.

    Nous savons en effet que dès que l’ego entre en l’arène des passions, c’en est fini du pouvoir du discernement. L’attachement égocentrique est la racine d’une prise de position dans l’opinion que l’ego refuse de lâcher car il y pressent sa mise en cause personnelle. Ce qui nous dévoile un mécanisme par lequel l’ego peut maintenir avec obstination la confusion, refuser de se départir de son point de vue, quand bien même il serait vague, limité ou carrément irrationnel. Un esprit borné manque de discernement et un attachement excessif à une prise de position rend l’esprit borné, petit et mesquin. C’est à partir de là que l’échange bascule d’ordinaire dans le paradigme raison/tort. Et la guerre commence, car pour l’ego c’est une question de survie. Moi j’ai raison, l’autre a tort. A moi la vérité conquérante, à l’autre l’erreur funeste et indigne. Et bien évidemment, l’autre en question tient exactement le même discours ! Situation clownesque !! Absurde. Aucun des deux n’est intelligent, aucun ne fait preuve de discernement, car pour cela, il faudrait se détacher de tout parti-pris strictement personnel, reconnaître la complexité de ce qui est en tant que telle, à partir d’un plan de conscience impersonnel. En bref : plus je mets de l’ego dans ma manière de voir, et plus j’y introduits de manière subreptice une certaine dose d’aveuglement. Moins je mets de l’ego dans ma vision, et plus il y a une ouverture impersonnelle et une aptitude au discernement.

    Terminons par une remarque : il est impératif de prendre conscience de notre implication émotionnelle dans nos opinions, nos prises de positions, nos croyances. Un attachement excessif, une complète identification, préludent invariablement à un manque ...

B. L'exercice du discernement

    Ceci admis, - sans compromis - nous pourrions tenter de formuler une sorte de déontologie propre au discernement. Nous avons vu avec Habermas les recherches sur l’éthique de la discussion. Peut-on formuler quelques règles simples permettant, si elles sont respectées, de faire en sorte que l’intellect maintienne son discernement ?

    1) Arrêtons-nous sur un exemple. Christine Cayol a eu la bonne idée dans L’intelligence sensible, de s’arrêter sur le cinéma d’Alfred Hitchcock, notamment Sueurs froides, (en anglais Vertigo). C’est un bon point de départ. James Stewart y joue un détective, Scottie qui, suite à un accident,  est affecté de vertiges qui l’amène à arrêter son travail. Là-dessus, il est appelé par un ancien ami qui lui propose un job: la filature de sa femme soumise à un soit-disant trouble personnalité qui la voit possédée par l’esprit d’une ancêtre, Carlotta Valdes au point de peut être la suivre dans le suicide. Au début, dans le bureau du mari, Sottie manifeste son scepticisme. Il ne croit pas dans cette interprétation et conseille le psychiatre. Cependant, il accepte finalement le travail et commence à filer Madeleine. Elle semble en effet accomplir une sorte de rituel sous l’empire de l’esprit de Carlotta. Elle va au cimetière sur sa tombe, au musée devant son portrait et ensuite ne se souvient plus de rien. Une tentative de suicide dans la baie de San Francisco jette Madeleine dans les bras de Scottie. Il lui propose alors de se débarrasser des souvenirs encombrants en la conduisant sur les lieux où aurait vécu Carlotta. Le malheur, c’est qu’elle s’échappe, monte au clocher d’une église, se jette dans le vide et se tue. Scottie n’a rien pu faire, le vertige le gagnait dans l’escalier. Par la suite, on comprend qu’en fait, tout n’était que mise en scène de la part du mari pour tuer sa femme en ayant pour témoin Scottie.

    Nous pouvons dire que le policier devrait être un professionnel du discernement et il devait savoir lire les signes pour recomposer rationnellement l’intrigue. Scottie en fait montre au début, quand il argumente contre le mari avec le besoin d’un psychiatre. Cependant, il a affaire à une machination tellement bien montée qu’il est abusé. On lui propose de manière très habile une grille d’interprétation et, comme dans un spectacle d’illusionniste, il ne peut qu’y adhérer. Il est aussi évident qu’en tombant amoureux de Madeleine, il va perdre son discernement, l’aveuglement du désir ne fait que renforcer l’illusion qu’elle est bien sous l’empire de l’esprit d’un fantôme. Ce n’est qu’au moment où, retrouvant une femme dans la rue qui ressemble étrangement à Madeleine, la suivant pour devenir son ami, il va tomber sur un

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    ... il faut que l’intellect soit capable de considérer les faits en tant que tel, qu’il s’y tienne, en mettant entre parenthèses une interprétation fortement suggérée en guise d’explication complète. L’intellect perd de son jugement quand il fait un saut depuis les faits vers une croyance. Une fois que l’esprit s’est entiché d’une croyance, le désir intervient et l’intellect perd tout discernement, parce qu’il a perdu la qualité de l’impartialité. Il faudrait donc se garder d’aller trop vite depuis les faits vers une interprétation, ce qui suppose a) maintenir l’observation, b) la position de doute et c) ne former qu’une hypothèse. Sans plus. Si Sottie avait maintenu sa première attitude sceptique, il aurait eu des soupçons. La filature était bien facile. Madeleine, parlant de ses propres sentiments amoureux, devant l’église avait même dit : « Cela n’aurait pas dû se passer comme çà… ». Il était possible de faire une lecture des signes différente de celle qui était proposée. Toutefois, une fois embarqué dans le jeu émotionnel, il était perdu. Il était manipulé.

    ---------------2) Nous avons déjà abordé dans une précédente leçon le discernement des apparences. Abordons plutôt ici le discernement à l’égard de l’information : articles, journaux, magazines. Prenons un cas. ,  Ce n’est pas ce qui manque dans les affaires qui font le jeu de l’actualité. Dans ce domaine, ce que nous attendons, de la part du journaliste, comme pour le policier auparavant, c’est qu’il fasse preuve de discernement. Nous pourrions par exemple faire un travail de recherche au sujet des rumeurs conspirationnistes qui entourent la grippe A, (exercice 23E) ou encore sur les événements du 11 septembre 2001,  dont l’interprétation est très polémique.

    A la défense des journalistes il faut dire et répéter qu’il est parfaitement légitime de se poser des questions sur des faits historiques, surtout quand ils comportent de nombreuses zones d’ombre. Un journaliste a le droit d’avoir des doutes, de les exposer, sans devoir immédiatement se faire insulter et taxer de « négationnistes » ou de « révisionniste ». Le tout c’est de rester proche des faits et de maintenir un faisceau serré de questions. Où la raison risque le dérapage, c’est quand, sous l’empire d’une rumeur, d’une vague émotionnelle paranoïaque dans la conscience collective, il tire des conclusions hâtives. Dès lors, ce n’est plus de l’investigation, c’est un saut périlleux dans une « théorie du complot » avec des « illuminatis », une machination d’un « gouvernement mondial occulte » etc. Un saut dans la croyance très au-delà de ce que les faits nous indiquent. Il faut se méfier de l’expression émotionnelle, de ces gens au regard halluciné qui jouent les imprécateurs, et ne font en définitive que surfer sur les peurs et nourrir une croyance affolée.

    Souvenons-nous, dans les Méditations métaphysiques de la différence entre le doute méthodique et le doute hyperbolique. Descartes, reste le plus souvent dans le doute méthodique. Quand il avance l’idée qu’il existerait peut être une sorte de malin génie qui me tromperait toujours, il en vient à dire cependant que tout ce que nous voyons n’est peut être qu’illusion projetée. C’est énorme. Un doute forcé, plus gros que ce qu’il prétend mettre en cause. Nous pourrions y voir un prototype conceptuel de « théorie du complot ». Mais Descartes identifie tout de suite le doute hyperbolique et le circonscrit très nettement. Descartes est très audacieux, mais il  reste aussi prudent. La vertu de prudence est une des leçons les plus fortes du cartésianisme. La vertu de prudence dans le jugement laisse sa place au bon sens et protège le discernement. A l’inverse, dans les théories du complot, l’intellect décolle de la réalité vers l’argumentation hyperbolique quasi-délirante, sans prudence ni retenue. Ce qui d’ailleurs sabote leur discours et leur enlève toute pertinence. Comment prendre au sérieux une investigation, qui certes commence de manière intelligente, mais termine en agitant le spectre d’une conspiration mondiale menée depuis des temps reculés, par des extraterrestres ou je ne sais quel gouvernement occulte pour asservir l’humanité ? On est parti dans le délire. Rappelons-nous de l’ironie de Spinoza vis-à-vis des esprits échauffés. (textes) Calmons-nous s’il vous plaît ! Le discernement n’est possible que lorsque l’esprit est établi dans un état de neutralité, dans un état impartial, quand il reste dans le détachement vis-à-vis de ce qu’il décrit, ce qui veut dire sans implication émotionnelle. Il n’y a de vérité qu’impersonnelle et une implication personnelle excessive mène droit à la confusion et aux affrontements passionnels. Le public doit savoir que les enseignants sont confrontés à des cas d’étudiants en proie à une exaltation conspirationniste aiguë, tellement identifiés à des croyances apeurées qu’ils réagissent de manière très émotive. Il devient impossible de raisonner de manière posée. C’est du gâchis intellectuel et en général, cela finit parfois chez le psychiatre, avec tous les signes de la paranoïa.

    Cet extrême mis à part, il ne faudrait pas pour autant virer dogmatiquement dans l’autre sens et se replier sur une « doctrine officielle » quand elle est trouée d’invraisemblances. L’exercice critique de l’intellect est sain et ne doit pas être amputé. Quiconque s’est sérieusement documenté sur le 11 septembre en revient sceptique et se doit de mettre entre parenthèses la version officielle en attendant d’y voir plus clair. Question d’honnêteté intellectuelle. D’hygiène de l’intellect dans l’expérience du doute. Les philosophes nous disent : dans le doute, abstiens toi et n’affirme pas plus que ce que tu peux raisonnablement justifier ! Gardons une juste mesure. Évitons les jugements précipités et les embardées irrationnelles, soyons informé et restons proche des faits. Même s’il en coûte de devoir rompre avec le consensus d’opinion.  Gardons à l’esprit qu’il existe des illusions collectives.

   

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    Gardons aussi à l’esprit l’idée que notre savoir est par nature limité, ce qui implique de la part de l’intelligence une ouverture et une disponibilité au vrai. Il est bon de conserver cette ouverture et d’admettre qu’il y  a certainement des choses que nous ne connaissons pas et qui changeraient entièrement notre perspective, si nous en avions plus de clarté et des preuves solides. Les faits précis nous intéressent ainsi que leur recoupement. Nous devons aussi rester conscient que sans preuves, l’intellect est réduit à la spéculation abstraite, détachée du réel, ce qui est toujours risqué. Il est bon ici de se souvenir des indications de Kant dans la Critique de la Raison pure : à savoir, comme nous l’avons vu, l’expérience possible est la pierre de touche de la vérité. Il faut non seulement apprécier dans un article la prudence de son auteur, gardons aussi à l’esprit l’exigence de la preuve. Sinon, le risque est grand de tomber dans les pièges de l’usage dialectique et même sophistique de l’entendement, comme dirait Kant. Nous aimerions bien souvent que soit davantage respectée la règle suivante : Il faut éviter de parler de ce dont on n’a pas la moindre expérience et se tenir dans la mesure du possible sur le terrain de la connaissance de première main.

    A repérer :

    - L’usage dialectique de l’entendement en matière d’argumentation qui conduit à préférer la spéculation en abandonnant le terrain de l’expérience possible. Devant cette pratique, le bon sens dirait : « là je ne vous suit plus… !»

    - L’usage sophistique de l’entendement en matière d’argumentation qui consiste à vouloir forcer l’adhésion à tout prix, avec tous les moyens de la persuasion rhétorique, quitte à recourir à toutes sortes d’arguties qui ne tiennent pas debout. Le bon sens dirait : « là, vous voulez me forcer la main… !»

    Reconnaissons que cet exercice du discernement n’est pas facile et réclame un certain entraînement. (exercices 23) L’esprit peut très facilement produire des illusions.

C. De l’autodéfense intellectuelle

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Vos commentaires

Questions :

1.       En quoi le manque de discernement relève-t-il d'un défaut de logique?

2.       En quoi le sens de l'observation est-il tout particulièrement concerné dans l'art du discernement? ?

3.       En quoi le bombardement publicitaire peut-il affecter le discernement du public?

4.       En quoi l'illusion est-elle liée au manque de discernement?

5.        Qu'est-ce qui pourrait contribuer à un certain talent dans le discernement?

6.       Faire preuve de discernement, n'est-ce pas sur le plan moral se montrer prudent?

7.        Dans un monde où le conditionnement de masse est devenu culture peut-on reproches aux hommes de manquer de discernement??

 

     © Philosophie et spiritualité, 2009, Serge Carfantan,
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