Leçon 194.   Le sens de l’éducation       

    C’est très curieux, mais une idée circule dans les médias selon laquelle, c’est aux parents de faire l’éducation de leurs enfants, l’institution scolaire devant se borner à en faire l’instruction !

    Admettons que l’instruction consiste dans l’acquisition d’un savoir. Le savoir peut être d’ordre scientifique et technique, c’est le modèle que nous privilégions. Il reste cependant assez limité. On peut sortir d’une école instruit, mais pas encore éduqué au sens vrai du terme. Il est nécessaire qu’un être humain mûrisse, et pour cela vive dans une connaissance de la vie, une conscience de lui-même, une connaissance de l’homme. La connaissance est bien plus qu’un savoir qui aurait été inculqué, tout en restant extérieur à soi. La connaissance change en profondeur celui qui connaît, elle apporte la maturité et le raffinement d’une culture. Il est clair pour tous ceux qui enseignent - en ayant vraiment conscience de la valeur de l’enseignement -, que l’institution doit faire œuvre d’éducation. L'éducation doit aider au développement d’un être humain complet, d’un être sensible, intelligent, cultivé, ouvert et responsable.

    Si on observe attentivement, sans préjugé, ce qui a lieu dans notre société, que voit-on ? Une démission très généralisée de la part des parents, quant à leur mission éducative. Un grand découragement des éducateurs. La plupart des adolescents d’aujourd’hui n’ont jamais écrit une lettre et ne maîtrisent qu’avec difficulté leur propre langue. Alors que le temps libre ne cesse de s’accroître, la paresse ambiante reconduit systématiquement vers le divertissement passif et laisse végéter l’intelligence. Cela veut dire massivement depuis la plus petite enfance : magazines superficiels, jeux vidéo et télévision. 40 % des adultes n’ouvrent jamais un livre. Le fossé entre le niveau de culture du grand public et celui des ouvrages de références des spécialistes est énorme. A l’heure qu’il est, c’est la culture qui est underground. Marginale. Nous vivons dans un monde léger, émotionnel, facile et... sans cervelle. ...

    Il est donc important de revenir sur le sens de l’éducation, car ce mot est devenu très très confus pour la plupart d’entre nous. Qu’est-ce que l’éducation ?  Est-ce une entreprise consistant à « socialiser » des êtres humains ? Son rôle est-il de formater des individus pour les rendre fonctionnels dans le système social ? Doit-elle apposer un verni de culture sur des êtres frustres, de sorte qu’ils puissent en faire parade à l’occasion ? Que veut dire éduquer un être humain ?

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A. Le passeur de sens

    Partons d’une formulation proposée par René Barbier .Dans le roman de Hermann Hesse Siddhârta, le héros trouve l’achèvement de sa quête auprès d’un passeur au bord du fleuve. Le passeur est celui qui transporte d’une rive à l’autre. L’analogie (R) éclaire la mission  de l’éducateur. L’éducateur est un passeur de sens d’une génération vers l’autre. Non seulement cela, mais ce qui le caractérise, selon le personnage d’Hermann Hesse, c’est d’être capable d’écoute et de pouvoir faire don de la sagesse.

     1) Dans un monde aussi tourmenté et désorienté que le nôtre, nous avons besoin de passeurs de sens ; il est logique de considérer en tout premier lieu l’éducation comme un champ interdisciplinaire et de voir dans l’éducateur celui qui met toute sa passion, son énergie et son enthousiasme à communiquer une connaissance qui mérite d’être partagée. En tout cas, ceux qui aiment ce métier se reconnaîtront dans ce portrait, comme nous y retrouverons aussi nos meilleurs souvenirs. Qu’est-ce qu’un bon professeur d’économie, de physique, d’histoire, de mathématique, de littérature, de philosophie (!), etc. ? Quelqu’un qui sait éveiller la curiosité, dont l’intelligence et la compréhension sont contagieuses et qui communique un irrésistible désir d’apprendre. Souvent, c’est celui qui ouvre une porte qui restera ouverte dans l’esprit de celui qui l’écoute et qui pourra même à l’occasion éveiller une vocation. Dans tous les cas, ce qui demeure dans la mémoire, ce sont les qualités humaines qu’il a su porter. Il serait illusoire de vouloir séparer dans l’éducation le message et le messager. Au futur éducateur, il faudrait dire : l’important, ce n’est pas seulement ce que vous dites, mais aussi ce que vous êtes dans la relation éducative.

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    Dans cette étrange époque, « nous sommes confrontés à la nécessité d'un passage de sens entre l'univers de la rationalité scientifique qui accroît le savoir et le savoir-faire et celui de la non-rationalité, qui n'est pas une irrationalité, ouverte à la Connaissance de soi, mise au jour par l'expérience spirituelle ou par l'expérience artistique et poétique ». C’est la direction du manifeste de la transdiciplinarité de Basarab Nicolescu. La situation actuelle dans le monde éducatif côtoie l’absurde. La fragmentation et la spécialisation du savoir y est extrême. D’un côté, au niveau universitaire, le spécialiste campe dans une théorie, se complait dans un jargon, ignore tout de ce qui peut se dire en dehors de son domaine, et transmet son savoir sous couvert de l’argument d’autorité. C’est l’éducation « élitiste » qui doit être « inculquée » à quels initiés capables de réflexion. (texte) Des futurs érudits. D’un autre côté, à l’autre extrême, le travail des éducateurs sur le terrain parfois revient à faire de la garderie, en proposant à titre d’éducation, des « animations » qui ne transmettent plus rien, si ce n’est un bavardage composé de lieux communs, de clichés publicitaires ou de références télévisuelles. C’est l’éducation « divertissement » dans laquelle on évite soigneusement la réflexion. L’immersion dans le prêt-à-penser ambiant, avant, comme après les études, sera donc totale. Ce qui revient à former des consommateurs (texte) qui dépensent beaucoup mais ne pensent pas du tout.

    Admettons donc que l’éducation véritable ce n’est ni l’un, ni l’autre. Ni une érudition abstraite gobée sans discernement, ni questionnement, ou encore une formation  technique exclusivement tournée vers une compétence ; ni une « socialisation » par le bas qui renonce à s’adresser à l’intelligence pour inciter au conformisme béat. L’éducation doit prendre au sérieux l’être humain, sans le traiter avec hauteur ni tomber dans l’enfantillage ou la complaisance. La relation éducative se situe entre deux êtres humains, dans le passage périlleux vers le stade adulte de l’humanité. Elle s’adresse  à ce qu’il y a de meilleur et de plus libre en l’homme. (texte) Elle doit être teintée d’idéalisme. Que celui qui entre dans l’éducation sans le moindre idéal, passe son chemin et fasse autre chose : de la finance, du commerce ou je ne sais quoi d’autre, mais par pitié, pas de l’éducation.

    Selon l’étymologie, l’éducation signifie par le latin educare, « nourrir », dans une seconde acception par educere, « conduire hors de ». Toujours pour suivre René Barbier, « l'acception "nourriture" peut être imaginée comme la "Somme des savoirs" de l'humanité (savoirs pluriels, non exclusivement scientifiques, mais également philosophiques, artistiques et religieux) à transmettre d'une génération à l'autre ». Mais pour qu’il ne s’agisse pas simplement d’une reproduction qui vise à inculquer un contenu, il faut encore que cette nourriture permettre à l’être humain de grandir de manière libre et créatrice dans sa dimension spirituelle. Comme Nietzsche le disait, il ne s’agit pas de faire de la génération nouvelle l’avorton tardif d’un passé glorieux qu’elle devrait répéter religieusement. C’est la vie qu’il convient de nourrir avec soin pour lui permettre de grandir, comme l’arbre doit être nourri à sa racine qui, de la jeune pousse, deviendra le tronc majestueux. D’ailleurs, de manière ironique, educere pointe dans cette direction. Conduire « hors du monde », sortir de l’ornière, hors d’un monde qui n’est que répétition du passé sans recréation du présent. L’éducation doit s’entendre comme un chemin, une aventure, une conquête qui est d’abord celle de soi-même. « L'éducation apparaît comme une "conduite hors de notre petit monde", une mise sur le chemin singulier de la personne conçue comme pro-jet de l'individu vers le Soi ». C’est ce que nous oublions toujours au profit de la seule formation et de l’information, de sorte qu’à force de former et d’informer nous finissons par déformer et nous empêchons la maturation de l’être humain. Krishnamurti comparait le travail de l’éducateur à celui du jardinier qui sait entourer de soins la jeune plante, (to take care) qui lui apporte la nourriture, les éléments qui lui permettent de grandir. Mais ce n’est pas le jardinier qui « crée » pour autant la plante développée ; de la même manière, le médecin ne crée par la santé. Le médecin aide le corps à se guérir lui-même, l’éducateur aide un être humain à se construire lui-même. C’est la vie qui se construit elle-même, mais, comme elle est dans l’enfance fragile, il est bon d’apporter un environnement favorable à sa croissance. Encore une fois, comme nous l’avons vu, ce n’est pas par hasard si le même mot « culture » se retrouve dans le domaine éducatif ou dans le domaine de « l’agriculture ». ... (texte)

    2) Arrêtons-nous maintenant sur le mot sens dans l’expression  passeur de sens. Nous pouvons distinguer trois acceptions :

    a) « Le sens-direction ouvert sur la finalité de la vie ». Si « l'éducateur n'est pas simplement un être de savoir et de savoir-faire, un érudit, une "boite à fiches », c’est parce qu’il lui appartient de toujours relier ce qu’il enseigne au but de la vie ; l’éducation est une « reliance essentielle » à la vie dans son ensemble. L’éducation doit fournir des clés de compréhension pour permettre à chacun de s’orienter dans un monde qui, sans cela, reste obscur, indéchiffrable et étranger. Se sentir au fond de soi-même ignorant, même si bien sûr on fait tout pour le cacher, est pour un être humain une blessure assez humiliante. L’esprit se sent diminué quand il est perdu dans un monde dans lequel il ne comprend rien, dans lequel les tenants et les aboutissants des choses lui échappent. Il reprend confiance, il se sent plus fort et rassuré, quand il dispose de moyens pour déchiffrer le caractère déroutant et complexe du monde. Sans éducation, l’être humain est entièrement à la merci des puissances extérieure ; éduqué, il reprend de ce pouvoir qu’il avait abandonné. S’il est un rêve que partage tout éducateur, c’est d’aider chacun à quitter la dépendance où nous place l’ignorance, redonner chacun à lui-même. L’ouverture sur la finalité de la vie veut dire qu’à travers le processus éducatif, chacun trouve des éléments de réponse aux multiples « pourquoi ?» qu’il porte en lui. « L’ouvert » signifie ici que l’éducateur propose, mais n’impose pas de réponse. Il est bon que l’éduqué sente qu’une question n'est pas close, mais reste ouverte et qu’il peut toujours avoir son mot à dire. À chacun de prolonger  par lui-même l’interrogation qui va de la question à la réponse jusqu’à en faire une découverte personnelle. Il n’est pas de plus belles joies et de plus beaux souvenirs d’enfant que ces moments magiques de compréhension où nous avions tout d’un coup vu une chose par nous-même. Jean Klein parle de la « réorganisation géométrique » de la compréhension, quand soudain la lumière d’une intuition se propage dans toutes les directions, que tous les éléments se mettent en place, comme dans un puzzle dont nous aurions dans un éclair une vision globale. Quand se produit « le bouleversement intime… entraînant une métanoïa ». Enfin, l’expression « finalité de la vie » a un rapport étroit avec la dimension éthique des choix et les valeurs. ...

    ---------------b) « Le sens-signification ouvert sur un champ de rapports de signes, de symboles, de mythes ». Un éducateur doit être en phase avec tout le champ de la culture ; de plus, il ne peut l’être de manière simplement passive. Il y a un sens de la pédagogie qui rend dynamique tout rapport avec le champ du savoir. Par profession, l’esprit d’un éducateur « est analogique, sa pratique est multiréférentielle. Il disjoint ce qui est confondu et relie ce qui est séparé ». La confusion régnant dans l’opinion invite l’éducateur à remettre chaque chose à sa juste place, car nous savons que la confusion produit de l’ignorance. Inversement, l’éducateur doit constamment mettre en relation ce qui est d’ordinaire disjoint dans la pensée commune. Montrer le lien entre ceci et cela. Relier. Relier encore, encore et encore. C’est le propre de l’intelligence que de relier. La tâche n’est pas facile. Le système éducatif porte le fardeau d’un savoir tellement compartimenté. Après avoir inculqué des bribes de connaissance, il laisse ensuite à chacun le soin de mettre un semblant de cohérence dans une représentation très fragmentaire. Notre éducation occidentale brasse une information très analytique ; ce qui impose à l’éducateur, non seulement d’être informé, mais aussi d’être apte à reformuler de manière synthétique le savoir qu’il partage. « L'éducateur sur ce plan est nécessairement un médiateur entre savoir et connaissance. Il devient nécessairement un polyglotte des langages ». Il lui est donc impérativement demandé d’avoir lui-même cette qualité de curiosité intellectuelle qu’il s’attend à trouver, ou qu’il voudrait susciter chez l’élève ou l’étudiant. Et là aussi, il faut noter que cet intérêt en marche, cette étincelle, reste fragile et pas facile à maintenir dans le milieu souvent contraignant du système éducatif.

   c) « Le sens-sensation ouvert sur l'inscription corporelle de l'esprit et la pluralité des données sensorielles ». L’éducation ne doit pas seulement s’adresser à cet intellect analytique que l’on conditionne pour les tests de QI, elle doit donner aussi à voir, à goûter et à sentir. Toucher la sensualité et la sensibilité d’une manière qui ne soit pas frustre, mais fine et intelligente. (texte) Bref, envelopper la totalité de l’être humain, en tant que corps, âme et esprit. D’ailleurs, nous avons vu que Platon dans La République, plaçait au début de son programme éducatif la gymnastique et l’esthétique, qu’il y ajoutait ensuite une formation scientifique et qu’enfin il couronnait sa vision par une connaissance spirituelle. En matière de pédagogie, il ne peut s’agir que d’une démarche vivante qui demande en toutes choses de « revenir à ce qui touche l'être humain, à ne pas oublier le monde des émotions et du désir ». Le corps y a naturellement sa place, aussi bien dans l’art de sa maîtrise que dans son inscription sociale. L’art y a sa place, pour autant qu’il reste en relation avec la vie et qu’il expose tout le jeu de la sensibilité. (texte) Mais tout savoir prend dans son envergure historique une résonance pathétique qu’il est possible de faire vibrer pour lui redonner une dimension sensible. Ainsi, l'éducateur articule les "trois yeux de la connaissance" dont parle Ken Wilber.  D’abord la structure de la connaissance du monde physique : l'œil de chair selon Saint-Bonaventure. La structure de la connaissance du monde mental ou l'œil de raison. La structure de la connaissance du monde numineux ou l'œil de contemplation.

    Ce qu’il convient ici de voir en profondeur, c’est que « Le sens en éducation se trouve au carrefour et à l'interférence des trois acceptions ». L’éducation ne réussit que lorsqu’elle parvient à réunir ce faisceau d’interférences du sens au cœur de l’être humain. C’est sont travail et ce qui mesure la grande difficulté de sa tâche.

B. La responsabilité de l’éducation dans le monde actuel

    La difficulté peut même sembler insurmontable, au point que nous considérions l’éducation est une finalité impossible. Il faut en effet prendre conscience de la crise actuelle, sans quoi, nous contenterons de l’idéal, sans pouvoir répondre au réel. Accepter de dresser un état des lieux de l’éducation aujourd’hui, c’est poser des questions dérangeantes, mais qui ne peuvent être évitées.

    1) La relation des jeunes avec l’éducation est complexe. Dans les pays en voie de développement, il y a une conscience claire qu’un niveau élevé d’éducation est un chemin de salut et une assurance pour l’avenir. Par contre, dans les pays développés le cynisme ambiant a plutôt tendance à saper insidieusement la valeur des études et l’avenir semble compromis. Un exemple très caractéristique : les universitaires savent que ce sont les étudiants étrangers qui sont les plus motivés, qui travaillent d’arrache pied leur matière, tandis que les étudiants d’origine locale passent plus de temps à faire la fête et s’investissent moins dans l’étude. L’idée selon laquelle la période des études est faite pour « profiter » est largement répandue et accréditée massivement par l’idéologie potache que véhicule la télévision, le cinéma et les radios FM. Contexte postmoderne oblige. Le cocooning social pendant les études est pratiqué sans complexe et sans velléité d’indépendance. De fait, dans une classe de terminale, l’investissement enthousiaste dans l’étude est aussi rare qu’il peut être précieux. Pour une majorité d’élèves, l’école est un endroit où l’on s‘ennuie, que l’on fréquente par obligation et dont l’intérêt tient surtout aux rencontres que l’on peut y faire. L’élève sérieux, intelligent et motivé par l’étude est une perle rare, il se reconnaît immédiatement et il est un appui moral considérable pour l’enseignant, même s’il ne peut pas à lui seul contrebalancer une ambiance souvent délétère.

    Tel qu’il apparaît aujourd’hui aux jeunes, le monde est plutôt effrayant et la réaction la plus banale à son encontre est le défaitisme et la résignation. Il y a une angoisse sourde à l’idée de devoir un jour affronter cet univers hostile, (texte) d’où la propension à repousser l’échéance, avant de se confronter à « la dure réalité » ! Derrière le masque de la dérision ou de la légèreté affichée, il y a en fait une angoisse sous-jacente. Le futur paraît aux jeunes inquiétant ; tandis qu’ils se demandent ce qui va leur arriver, ils vivent en fait dans la peur. Bien sûr, ils ont une commune aspiration à vivre heureux et libres, ils sont décidés à choisir leur vie et une profession, mais ils éprouvent un sentiment de désorientation (texte) et ils attendent d’être aidés. Or jamais civilisation n’aura mis, autant que la nôtre, sa propre jeunesse dans un réseau aussi serré de contradictions. La jeunesse a ses propres désirs qui la portent éventuellement à vouloir s’évader et la mentalité ambiante fait tout pour l’inciter à fuir dans les divertissements ; mais attention, en même temps le système éducatif est très contraignant. Il impose à l’étudiant une forte compétitivité, l’émulation et la performance. Ce qui exige des efforts constants et des sacrifices exactement contraires à l’air du temps. Loin de favoriser une atmosphère harmonieuse d’entraide mutuelle, il a plutôt tendance à susciter la division et à exciter les rivalités. On le voit dans les études de médecine où couler ses rivaux en répandant de fausses informations est pratique courante. La jeunesse a pour elle son énergie, sa puissance de révolte et de changement. Mais les études les plus fréquentées vers lesquelles elle se dirige, celles du commerce, ne sont suivies que pour la motivation de l’argent et s’alignent sur un conformisme intégral. La jeunesse aspire à des relations justes, vraies et honnêtes, mais c’est en payant cher une formation de marketing qu’elle apprend comment on peut être menteur, faux et dissimulé, comment légitimer des pratiques de manipulation ouvertement immorales. La jeunesse est la première à exiger une vie saine et libérée de toute dépendance, mais c’est pendant les études qu’elle sera enrégimentée dans la malbouffe ; et tout le monde sait que l’endroit le plus facile pour se procurer des drogues dures, c’est les instituts supérieurs de formation. Les lieux d’étude où on demande aux étudiants une tenue très BCBG sont précisément ceux où circulent le plus de produits illicites. La jeunesse porte en elle un vif désir d'apprendre, d’explorer le monde sans limite, mais cet élan retombe très vite, car elle ne reçoit qu’une formation technique qui rend l’esprit mécanique et le laisse ignorant de lui-même. La jeunesse est ce moment de la vie où, en recherche de nous-même, nous construisons laborieusement notre identité. Mais il est patent que notre éducation n‘apporte fait pratiquement rien pour offrir une aide, un éclairage sur la construction personnelle. Son obsession, c’est de former, de conformer et d’insérer un individu dans un système social afin de le rendre fonctionnel. Ce n’est pas l’unique préoccupation de la jeunesse, ou plutôt, quand elle n’a plus que ce seul souci, c’est que jeunesse s’est perdue ! C’est une observation banale que fait tout professeur de lycée qui reçoit ses anciens élèves : il faut très peu de temps pour voir un esprit autrefois brillant, plein d’allant, d’énergie et d’enthousiasme marquer sa déception vis-à-vis des études. Incidemment, la plupart ont tôt fait de s’enfoncer dans une ornière bourgeoise et de vieillir tout d’un coup de dix ans ! La jeunesse porte pourtant en elle une puissante vitalité qui se projette vers l’avenir et se libère dans la création d’un monde neuf. (texte) Elle ne demande qu’à frayer des voies nouvelles, tout en laissant tomber les illusions du passé. (texte) Mais il faut bien convenir que ses forces vives, au lieu d’être aidées, se heurtent le plus souvent à une colossale inertie. Résultat : il ne reste plus qu’à gaspiller en marge la créativité dans les images, le monde des gadgets, les mondes virtuels du jeu vidéo et l’illusion de la consommation. Bref, compenser l’impuissance à agir et créer ici-bas, par l’imaginaire de la fuite. Ce qui est de plus socialement très largement encouragé et surexploité commercialement. « Rêvez donc, on fera le reste ! » comme dit la pub.

   

 

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Vos commentaires

Questions :

1.       Faut-il considérer la pédagogie comme une science ou comme un art?  ?

2.       Qu’est-ce que Rabelais voulait dire quand il distinguait les « têtes bien faites » des « têtes bien pleines ?

3.      Que faut-il entendre dans la formule des Lumières « éducation à la raison » ?

4.       Peut-on distinguer entre divers sens du mot « discipline » ?

5.       Qu’est ce qui est requis pour que le mouvement d’apprendre soit vivant ?

6.       Que voudrait dire éduquer sans prendre en compte les valeurs ?

7.       Comment l’éducateur peut-il susciter chez l’élève une vision globale ?

 

     © Philosophie et spiritualité, 2009, Serge Carfantan,
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