Leçon 178.  Conscience et libération        

    Il y a des personnes dont on peut dire qu’elles sont si prévisibles dans leurs réactions qu’elles pourraient bien remplacer un tuteur pour soutenir des tomates ! Toujours les mêmes schémas encore et encore répétés, et dans un modèle de comportement presque inamovible ! Cela fait partie de la drôlerie des relations : il suffit d’appuyer sur le bouton psychologique et hop, invariablement ressort la même histoire, accompagnée des mêmes résurgences émotionnelles, dans la même pli, ou la même ornière de comportement.

    On peut en rire… mais c’est assez effarant et même effrayant. Si les êtres humains sont dominés par des modèles de comportement, ils ne sont libres ou doué d’un libre-arbitre qu’en théorie, dans les faits, ils fonctionnent à l’intérieur de schémas conditionnels, de pattern psychologiques, et alors ils ne sont pas libres du tout ! Les schémas conditionnels proviennent des traces laissées par le passé dans les expériences de l’enfance et ils peuvent aussi tout simplement être humains, au sens où la condition humaine est largement dominée par des conditionnements. Il y a donc un aspect personnel et un aspect impersonnel.

    Or repérer en soi-même, identifier un schéma conditionnel, est un acte de conscience formidable, et un acte de liberté, car lorsque nous avons très clairement vu un schéma, nous sommes déjà moins pris dedans et la fois suivante, quand il revient, nous pouvons nous attraper nous-même sur le vif en train de répéter la même réaction, rejouer le même disque etc. La libération de la conscience ne revient-elle pas à prendre conscience des schémas conditionnels ? Mais faut-il pour autant traquer toutes nos habitudes ? L’habitude en général n’a-t-elle pas sa place ? Comment identifier un schéma conditionnel ? Que veut dire le mot même de libération dans ce contexte ?  

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A. Nature et habitude

    Concernant ce qui a trait à l’hygiène, nul doute que l’habitude ait sa validité pleine et entière. Toilette, exercice physique et respiratoire au petit matin contribuent à assurer une vitalité élevée. Dans la mesure où une habitude s’inscrit dans le mouvement des cycles naturels et contribue à un bien-être physique et à une expansion de conscience, elle participe tout simplement de ce que nous avons appelé  l’art de vivre.. Nous devrions dire «bonne habitude" avec un peu de réticence cependant, car nous avons vu précédemment qu’il ne s’agissait pas en la matière de faire de la morale. Ceci dit, une « mauvaise habitude » consiste dans une conduite répétée, qui s’appuie elle aussi sur un mouvement cyclique, mais ne contribue pas à un bien être réel, ou à une expansion de conscience. Il y a dans les deux cas un lien entre nature et habitude.

     1) Nous allons tout d’abord dans ce qui suit nous appuyer sur un petit texte étonnant de Félix Ravaisson, philosophie spiritualiste français, dans la lignée qui va de Maine de Biran à Bergson, intitulé De l’Habitude. Dès le début, Ravaisson précise son propos, disant que l’habitude est une manière d’être et il distingue : « L’habitude acquise est celle qui est la conséquence d’un changement.

    Mais ce qu’on entend spécialement par l’habitude, et qui fait le sujet de ce travail, ce n’est pas seulement l’habitude acquise, mais l’habitude contractée, par suite d’un changement, à l’égard de ce changement même qui lui a donné naissance ».

    Ce qui l’intéresse tout particulièrement, c’est l’habitude au sens où l’entend Aristote, celle qui contribue à la formation du caractère d’un homme et à ses vertus. Nous avons vu en effet que, pour ce qu’il en est des passions, elles surgissent toutes par un mouvement naturel du désir, et donc par une impulsion. A la différence, une vertu, comme l’amitié, se cultive, elle est davantage de l’ordre de la volonté appliquée que de la passion ; et ce qu’il fait qu’elle peut durer, c’est que nous pouvons résolument nous y appliquer et comme on dit : « l’habitude fera le reste ». L’habitude contribue donc à la formation d’une seconde nature, qui est morale, seconde nature qui se superpose à une première nature qui reste encore trop vitale, trop animale dans son orientation. Ainsi s’explique à la fin de la première page l’affirmation selon laquelle l’habitude « est une disposition, une vertu ». (texte)

   

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Vos commentaires

Questions :

1.       Faut-il maintenir la distinction entre bonne et mauvaise habitude ou l’abandonner et rejeter l’habitude en tant que telle ?

2.       Quelle justification donner à l’habitude dans le domaine moral ?

3.       Peut-on considérer l’habitude comme une forme d’hygiène de vie ?

4.       Ne peut-on pas dire que les troubles obsessionnels sont par excellence l’illustration des schémas conditionnels ?

5.       En quoi la connaissance des mécanismes du mental vient-elle aider à défaire les conditionnements ?

6.       Cela a-il un sens de parler d’ego libéré de ses conditionnements ?

7.       Le conditionnement individuel exclut-il la responsabilité?

 

 

     © Philosophie et spiritualité, 2008, Serge Carfantan,
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