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Sur l'illusion métaphysique - Serge Carfantan
 
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Leçon 224.   Sur l’illusion métaphysique   

    Nous avons précédemment relevé quelques distinctions. Par illusion d’optique nous avons désigné les effets comme ceux de la réfraction de la lumières, les jeux de lignes qui dans un dessin ont tendance à induire le jugement en erreur. Nous avons vu toute l’importance de l’illusion onirique, dans laquelle l’esprit plongé dans l’inconscience est aux prises avec ses propres constructions mentales au point d’en être subjugué il ne peut les remettre en question qu’en revenant à l’état de veille. Par illusion psychologique, nous avons vu qu’il faut entendre la tendance du mental à projeter ses propres productions, ses attentes et ses craintes, notamment sur le futur. Ce registre d’illusion nous l’avons rangé sous la catégorie d’illusion individuelle, mais nous avons vu que celle-ci peut aussi avoir la portée d’une illusion collective, car ce sont les mêmes mécanismes qui oeuvrent sur le plan du mental collectif.

    Dans toute illusion l’esprit effectue une sorte de recouvrement de la réalité, l’illusion projetant un voile qui se superpose au réel, de sorte que le mental adhère à une représentation qui est de son propre fait, mais n’a qu’un rapport lointain avec la réalité. Bref, l’illusion opère une subversion du réel. Étant donné que la question de la Réalité est le thème central de la métaphysique, il est clair que nous ne pouvons pas éviter de pousser un peu plus loin l'interrogation en posant le problème de ce que nous appellerons l’illusion métaphysique.

    Dans ce qui suit, il sera sous-entendu que les leçons précédentes ont été assimilées. Nous n’allons pas nous embarrasser de détours très compliqués, mais nous attaquer directement à une seule question : qu’est-ce que l’illusion métaphysique ? Elle recoupe le titre d'un petit ouvrage de Michel Hulin sur le Vedânta que nous allons croiser, mais comme nous pratiquons ici la philosophie générale et non le commentaire ...

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A. L’épreuve radicale et l'évitement

    Commençons par déblayer le terrain pour y voir plus clair, car, du côté des attitudes superficielles, crédules, imbues d’elles-mêmes, cyniques, il y a toutes sortes d’entourloupes pour éviter la question et fabriquer à la chaîne des sophismes.

     1) Commençons par le sophisme de la légèreté, celui de la répartie facile, souvent appuyé par une rigolade un peu forcée, qui consiste à camper sur une conception de la réalité jamais soumise à l’examen, pour déclarer tout de go que celui qui interroge est dans l’illusion. Répétons encore une fois ce qui a été dit plus haut : dénoncer une illusion n’a de sens que si on est en mesure de s’appuyer sur quelque chose de bien plus solide que cela même que l’on prétend dénoncer, sinon ce n’est que parole en l’air. A ce compte l’alcoolique plongé dans un delirum tremens, en proie à des hallucinations, (texte) pourrait tout aussi bien dire que son cauchemar est la réalité et que la perception claire et lucide de l’individu à jeun, est une illusion. Et puis, tant qu’on y est, pourquoi ne pas dire que les fantasmes de fashion victim sont la réalité et que le reste n’est qu’illusion ? Pourquoi ne pas dire que l’adhésion inconditionnelle à la vision du consumérisme ambiant est l’ultime réalité ? Après tout, n’est-ce pas souhaitable, voire nécessaire d’un point de vue du marketing ? Mieux, la logique de l’appât du gain ne serait-elle pas l’unique réalité, tout le reste n’étant qu’illusions nocives, car risquant de contrarier les intérêts du profit ? Il faudrait alors discréditer systématiquement toutes les remises en cause du système. Mais soyons tranquille, sur la voie du sophisme de la légèreté, personne ne tient la route et les joueurs quittent très vite la partie et refusent de discuter. Refusent de se poser des questions. Notons cependant que l’évitement généralisé, et l’évitement de toutes les questions essentielles est exactement ce à quoi nous sommes souvent invités… sur un mode ludique et lubrique ! Ce qui est la caractéristique la plus évidente de l’irresponsabilité chronique ...

    Plus solide intellectuellement, le sophisme moral sur la réalité. Il consiste à partir de ce qui devrait être pour aller ensuite vers ce qui est. L’obligation doit exister, parce que nous en avons besoin. Nous l’avons dit et redit et une lecture sérieuse de Krishnamurti le fera aisément comprendre, partir de ce qui doit être pour aller vers ce qui est précisément la façon la plus illusoire qui soit d’approcher la réalité. En prétendant juger par avance de la réalité, la représentation morale la recouvre d’un voile de présupposés. La question n’est pas de savoir comment fabriquer une réalité qui soit conforme à nos exigences, pour ensuite en chercher confirmation sous forme d’argumentation bien montée. La question est : qu’est-ce qui est réel ? Ou qu’est-ce qui est illusoire ? C’est un reproche que David Hume adresse à Leibniz que de commencer par des considérations morales pour imaginer Dieu comme l’entité qui devrait obligatoirement les remplir. Un

------------------------------Dieu soumis au cahier des charges des doléances morales de l’homme. La morale ne peut par décider de ce qu’est la réalité et bien au contraire, le moralisme est le plus sérieux obstacle que l’on puisse trouver dans l’interrogation métaphysique. Bien sûr, de là suit que le sophisme moral enveloppe par définition le sophisme religieux pour autant que la religion se fonde sur un credo et se présente effectivement avant tout comme système moral de prescriptions. Ce qui veut dire qu’il faut être prêt à accepter que la réalité fasse exploser nos croyances, dans la mesure où elles ne sont aucunement fondées.

    2) Mais ce n’est pas fini. Il y a encore une autre ruse. Le sophisme du sophisme du relativisme subjectif qui se présente comme suit : « vous avez votre réalité, j’ai la mienne, à chacun sa réalité et puis c’est tout ». A quoi on rétorquera bien sûr : alors à chacun ses illusions aussi ! L’illusion est un processus dans lequel précisément l’ego veut s’isoler, s’enfermer, s’imaginant qu’il est le seul maître de son territoire personnel. Il suffit alors de lancer en l’air n’importe quelle opinion pour qu’aussitôt elle soit aussitôt décrétée comme la vérité et la réalité. Le résultat calamiteux, mais que nous ne voulons pas voir, c’est qu’il n’y a alors plus d’erreur ni d’illusion possible ! Je décide que 2+3 = 9, que la Terre est plate, que Louis XVI n’a pas été guillotiné, que les camps de concentration n’ont jamais existés, que les étrangers sont tous des dégénérés etc. c’est « ma » réalité ! Je suis dans ma bulle de pensées et c’est « ma » réalité. On dirait mieux, mes illusions. Le propre de l’illusion c’est de nous faire vivre dans une bulle et tôt ou tard elle doit éclater. Les illusions ne durent pas, elles sont par nature vouées à l’effondrement parce qu’elles ne sont pas réelles. Certes, nous avons vu qu’il est rationnel d’admettre que notre savoir est limité et qu’il peut être remis en cause jusque dans ses fondements, donnant lieu à un changement de paradigme. Mais cela ne veut pas dire pour autant que toutes les affirmations en l’air se valent et que nous ne savons rien de la réalité. Là où le savoir réussit, c’est quand il atteint des invariants, quand il fait des percées remarquables et personne ne le contestera, il y a bien eu des découvertes fantastiques tout au long de l’histoire des sciences.

    Argument qui, brandit comme un étendard de conquérant, peut donner lieu dans une posture dogmatique au sophisme de l’objectivité forte. Tirant à lui la couverture des avancées scientifiques et techniques, le scientiste transformera les hypothèses en dogmes, les scientifiques en gardiens du temple et la science en religion. Après la liste des commandements de la religion, voici venir la liste des sacro-saintes lois de la physique. Devant lesquels il faut pieusement s’incliner car tout le reste n’est qu’illusion. Ne rions pas, l’enseignement scolaire des sciences est très souvent dogmatique et le message passe et les élèves croient bien faire en récitant le catéchisme qui renvoie à l’illusion tout ce qui n’est pas « objectif » au sens fort. C’est-à-dire en fin de compte la vie et en particulier leur propre vie. Ce qui est bien sûr illusoire. La croyance implicite est qu’il existerait un savoir, complètement au-dessus de la subjectivité humaine décrivant la « vraie réalité » dont les scientifiques seraient les dépositaires.

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ue l’on se documente. On peut très bien faire de la physique tout en admettant seulement une objectivité faible. En acceptant que l’univers demeure un profond mystère. Une des plus grandes révolutions du siècle a été opérée quand nous avons enfin pris conscience que ce que nous appelons science n’est rien d’autre qu’un consensus au sein de la conscience collective d’une époque. Avec ses croyances arrêtées et ses illusions. Les unes après les autres, les sciences ont fini par admettre qu’il fallait réintroduire la conscience de l’observateur. Non seulement la science ne nous a pas débarrassé des illusions, mais elle les a souvent, par conservatisme, soutenues et abritées dans ses rangs.

B. Quelques aperçus significatifs

    Bref, il nous faut reconsidérer la totalité de ce que nous appelons réel et en effectuer honnêtement sa mise à l’épreuve. C’est un peu comme nous réveiller  dans la caverne de Platon pour décider de dresser un inventaire de ce que nous tenons comme « réel », sans rien omettre, ou mieux, prendre le monde relatif dans son ensemble, pour peser sa réalité. Nous avons vu que les esprits (prisonniers) discutent entre eux, le plus habile à repérer les ombres qui passent pouvant être distingué et reconnu parmi eux. Ce qu’ils appellent « réel » n’est rien d’autre que le résultat d’un consensus d’opinions. Platon prend soin de désigner ce registre de l’opinion comme croyance irréelle. Ensuite, il nous dit que si l’un des prisonniers est approché par le philosophe et que celui-ci lui pose des questions, son esprit va s’éveiller ; le questionnement aura pour effet de mettre en cause les croyances irréelles. Or sitôt que l’intelligence perçoit des failles dans les croyances, elle commence à voir leur irréalité, elle ne peut plus dès lors adhérer aux constructions mentales qui sont fondées sur elles, elle les voit désormais comme des illusions. De même qu’un homme qui aurait longtemps vécu dans une pièce à la seule lueur d’une bougie, se sentirait ragaillardi en grattant les vitres couvertes de poussière, la pièces étant de plus en plus inondée de lumière, l’intelligence est libérée par la vérité. Explorons quelques failles dans l’édifice du « réel ».

    1) L’illusion tend à faire système, les illusions se soutenant les unes les autres, une entente implicite dans la croyance les tient ensemble, de sorte qu’il est intéressant de mener des recherches sur les découvertes qui ne cadrent pas avec les croyances admises. Comme l’a bien compris Kuhn à côté de la « science normale » qui fait l’objet d’un enseignement, il y a toujours des points de vue "non conventionnels" qui, quand il finissent par percer, sont à l’origine des révolutions scientifiques. Si dans les media pour le public on a tendance à mettre en avant la figure de l’autorité et le consensus des savants, dès que l’on enquête sur un sujet, on découvre que l’unanimité n’est que de façade et que la réalité pourraient s’avérer très différente de ce qui nous est communément présenté.

    Il ne faut pas sous-estimer la puissance de suggestion des croyances. Nous avons déjà parlé du livre de Michael Talbot L’Univers est un Hologramme, il mentionne des expériences faites sous hypnose dans les années 1970, expériences qui depuis ont été milles fois répétées. Il s’agissait de suggérer au sujet, Tom, que lorsqu’il se réveillerait, sa propre fille Laura serait pour lui invisible (on peut même le faire en donnant une durée limitée, comme 30 mn). L’expérimentateur demanda ensuite à Laura de se tenir directement devant son père. Au sortir de la transe, Tom ne pouvait tout simplement pas voir le corps de sa fille en face de lui et il la cherchait désespérément dans la salle ; le comble, c’est qu’il ne parvenait pas à l’entendre glousser de rire et il fallu défaire ensuite ce conditionnement. Commentaire : « si l’hypnotiseur l’avait laissé partir sans lui avoir dit ce qui se passait, il n’aurait jamais su qu’il ne percevait pas la réalité consensuelle normale».

    Nous croyons que la perception est un phénomène passif et nous avons tous assimilé ces histoires d’optique où l’on dessine le trajet du rayon lumineux, l’image inversée dans l’œil etc. De l’objet vers le sujet. Ce modèle est en fait très simple, il tire un trait sur la conscience du sujet et s’en tient à des données biophysiques ; mais on voit bien, et nous l’avons déjà étudié, que l’explication est très superficielle. Elle omet l’essentiel qui est la conscience. En réalité, la pensée pilote en permanence la perception. Si le mental est  fortement conditionné par des croyances, le sujet se borne à ne reconnaître dans la perception que ce qu’il sait déjà identifier. Il a tendance à être aveugle au reste. Nous n’avons aucune raison sérieuse d’opposer entièrement ce qui serait une expérience dite « spéciale » sous hypnose, de la perception ordinaire, car le même effet de suggestion s’y trouve aussi. Ce que l’on appelle la « réalité consensuelle normale » n’est en aucun cas le fruit d’une observation lucide et attentive, ... Elle transporte tout un faisceau de croyances inconscientes. Quand nous admettons un peu vite « qu’il suffit d’ouvrir les yeux pour contempler la réalité » nous commettons deux erreurs. Nous ne prenons pas en compte l’état de conscience de celui qui perçoit, sans voir que la vigilance ordinaire consiste en fait à porter des œillères ; d’autre part, cette « réalité » ne se tient pas toute seule, elle est de part en part intersubjective. C’est dans la nature de l’état de veille. Qu’elle repose sur un consensus (de qui ? sur quoi ?) n’exclut pas qu’elle soit illusoire. Il existe des formes nombreuses et variées d’illusions collectives.

    Et ce n’est qu’un petit exemple de ce que l’hypnose révèle. On sait que Freud a abandonné l’hypnose. Il y a de bonnes raisons : il est important que le sujet participe consciemment à sa propre guérison. Mais comme souligne Jung, en fait Freud avait compris que ce domaine n’était pas assez « rationnel » pour lui et il a préféré écarter ce qui aurait pu menacer sa propre théorie. Il se privait de l’étude des états de conscience modifiés, alors qu’elle est extrêmement riche d’enseignements. Ce que l’on nomme « rationnel » est le plus souvent un territoire isolé au forceps, amputé de tout le Réel qui ne cadre pas avec.

    2) Cleve Backster a travaillé auprès de  la CIA sur un détecteur de mensonge, le polygraphe, il a été directeur du Keeler Polygraph Instittute à Chicago. Et il a lancé ensuite sa propre entreprise de conseil en polygraphie. En février 1966, après avoir travaillé toute la nuit, il fait une pause café à 7 heures et il a l’idée saugrenue de brancher son appareil sur une plante, une dracéna, que sa secrétaire avait installé dans son bureau. A sa grande surprise, il voit que le tracé de la plante ne donnait pas une activité électrique stable et après une minute d’enregistrement, il était même assez similaire au profil de réaction typique d’un sujet humain ayant eu peur. On sait que si l’on veut prendre sur le fait une personne en train de mentir, on doit la confronter avec ce qu’elle cache, de sorte qu’elle devienne anxieuse, ce qui se traduit par une conduction électrique de la peau accrue. Du genre : « avez-vous tiré le coup de feu qui a tué John Smith ? » Backster trempe une feuille de la plante dans du café chaud. Rien. Il traverse une autre feuille avec un stylo. Presque rien. Puis, au bout de 14 mn il eu la pensée : « je vais chercher une allumette et brûler la feuille sur laquelle est placée l’électrode ». Notons le bien, c’était juste une pensée. Or à l’instant où cette pensée surgit dans son esprit, le graphique d’enregistrement s’affole. Aucune parole n’avait même été prononcée, la plante n’avait pas été touchée et aucune allumette n’avait été allumée, il n’y avait que l’intention de la brûler. Ce que Backster a révélé par la suite, c’est qu’à cet instant, sa vie a basculé et il s'est dit : « mince, C’est comme si cette plante lisait dans mes pensées ! » Il alla donc chercher des allumettes. Le graphique montrait toujours des signes de réactions très visibles. Il pensa alors que la meilleure chose à faire était de d’arrêter les menaces afin de voir si la plante allait se calmer. Il range donc à leur place les allumettes dans le bureau de la secrétaire et il voit au retour que le tracé était revenu au calme. A 9 heures, l’associé de Backster, Bob Henson, arrive et il lui raconte la scène. Henson répète l’expérience et menace la plante. Avec les mêmes résultats.

    Backster n’allait  évidemment pas s’en est tenir là. Il a mené toutes sortes d’expériences sur ce qui est désormais étudié sous le nom « d’effet Backster ». Il a d’abord commencé par laisser le polygraphe en permanence branché pour noter tout ce qui pouvait perturber la plante. Et il est allé de découvertes en découvertes. Après la publication d’un article résumé qui lui valu un courrier de 4950 scientifiques, en novembre 1969 il a fait une démonstration à l’Université de Yale sur une feuille de lierre, en demandant à un étudiant de retenir une araignée menaçant de s’échapper. Expérience répétée avec succès. Tant que l’araignée était enfermée, la plante ne manifestait pas de réaction. A l’ouverture des mains une réaction apparaissait. Backster a ensuite conduit des expériences sur des bactéries, des œufs, des cellules humaines vivantes etc. le tout en suivant des protocoles très sérieux qui n’ont jamais été remis en cause. Et il a trouvé à chaque fois ces effets instantanés d’empathie, y compris sur de grandes distances, comme si un tissu sensible unitaire était à chaque fois affecté.

    Passons sur les détails, ce serait un peu long, mais suite à ces travaux, il est impossible d’éviter la conclusion : les êtres vivants sont en étroite interaction avec leur environnement, en interaction au sein d’une trame sensible qui ne connaît pas de séparation, pas de murs. Quand un être vivant subit un stress violent, souffre et meurt, les formes de vie de son voisinage ont une réaction instantanée et qui est mesurable, comme si elles partageaient la douleur. Ce qui heurte sévèrement notre manière de penser la réalité, car nous avons été éduqué dans l’idée de la dualité et de la séparation. L’ego ne se pense lui-même que comme séparé, d’autre part, on a longtemps entretenu l’idée d’une séparation nette entre l’auto-affection consciente propre à l’homme et le reste de la Nature inerte et inconsciente. En fait il s'agit deux illusions corrélatives. Backster a confié que depuis l’expérience de la dracéna, il s’était abstenu de toute pensée menaçante à l’égard des plantes. Ses travaux révèlent que les êtres vivants sont portés au sein d’un champ de conscience sensible unifié. Nous pouvons imaginer ce qui pourrait se produire si nous introduisions dans notre propre mode de vie cette compréhension qui touche de plus près au réel. Inversement, comme toujours, il y a ceux qui vont crier au charlatan, mais ce que nous allons alors comprendre de mieux en mieux – parce que nous avons affaire ici à quelque chose de très sérieux – c’est que ceux-là sont en fait en train d’essayer de sauver le vieux paradigme mécaniste alors qu’il est manifestement inepte.

    3) En 1980, Roger Lewin publie dans la prestigieuse revue Science, un article retentissant intitulé : « Notre cerveau est-il vraiment nécessaire ? » Il analyse les travaux de John Lorber, un des experts les plus reconnus de l’hydrocéphalie. Il s’agit d’une formation caractérisée par un excès important de liquide céphalorachidien dans les cavités du cerveau. Le fluide demeure dans le crâne et crée une pression sans moyen d’être évacué. Dans les cas les plus extrêmes, il finit par remplir presque entièrement le crâne, au point qu’il n’y a presque plus de tissus cérébral visible. Le plus souvent les patients meurent ou sont sévèrement handicapés. Lorber a pourtant examiné 253 hydrocéphales à l’Université de Sheffield. Neuf de ses patients n’avaient plus que 5% de leur tissu cérébral mais quatre d’entre eux avaient un QI supérieur à 100, tandis que deux autres avaient un quotient supérieur à 126. Six d’entre eux se portaient très bien, alors qu’ils n’avaient presque plus de cerveau tel que nous le voyons sur les planches d’anatomie ! Lewin écrit : « Il y a dans cette université, dit Lorber, un jeune étudiant au QI de 126 qui excelle en mathématiques et qui se comporte tout à fait normalement en société. Et pourtant ce garçon n’a presque plus de cerveau… quand nous avons scanné son cerveau, … nous avons vu qu’il n’y avait, au lieu du tissu cérébral normal d’une épaisseur de quatre ou cinq centimètres entre les ventricules et la surface corticale, qu’une mince couche mesurant environ un millimètre. Son crâne est rempli de fluide céphalorachidien ».

    En fait la littérature médicale fourmille de comptes rendus de ce genre, dont on ne tient pas vraiment compte, le mérite de Lorber était surtout d’oser poser nettement la question : « comment expliquer cela ? » Aujourd’hui, heureusement, on sait pratiquer chez l’homme une opération chirurgicale pour installer de quoi drainer le fluide. N’empêche. C’est tout fait renversant. Des études semblables ont été faites sur les animaux qui montrent par exemple que les hamsters atteints d’hydrocéphalie sévère dont le cerveau est quasi inexistant semblent pourtant se porter très bien. Ils ne manifestent même pas de comportements étranges. Il n’y aurait donc pas de relation de causalité entre la structure et la masse du cerveau et les aptitudes conscientes. Ceci peut être rapproché du phénomène de vicariance des fonctions cérébrales qui atteste que si une partie du cerveau est endommagée, les prétendues « zones » du cerveau se transportent ailleurs, dans les parties saines. Le docteur P. G. Vining de l’Université John Hopkins a étudié le cas de 54 enfants ayant subi une opération suite à un accident ayant endommagé leur cerveau, opération dans laquelle on enlevait un hémisphère atteint. Il note : « Nous sommes stupéfié par le fait que l’enfant semble conserver sa mémoire, sa personnalité et son sens de l’humour ». En raison des croyances ambiantes, il est bien sûr difficile de convaincre les parents du bien fondé d’une telle opération, mais les résultats sont là, elle est efficace. En 2003 une réédition de l’étude d’Hopkins impliquait cette fois 111 enfants ayant subi l’opération entre 1975 et 2001. 86% d’entre eux ont cessé d’avoir des crises et ont pu diminuer leur traitement médical. Le docteur Eric Kossof commente : « Il est maintenant évident que la qualité de vie des enfants atteints d’une sévère pathologie cérébrale chronique s’améliore considérablement à la suite de l’opération… dans presque tous les cas, ils ne dépendent plus d’une multiplicité

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    Nous ne faisons que résumer, mais tout cela est très choquant et bien sûr Levin et tous ceux qui s’aventurent sur ce terrain se font traiter de charlatans. Pourquoi ? Mais parce que nous sommes embrigadés dans une civilisation qui repose sur des croyances qui se ramènent au matérialisme, une civilisation où on croit que la science ne peut être que matérialiste. Nous sommes dans les media entretenus dans la croyance de la seule réalité de l’homme neuronal,  subjugués par les progrès technologiques de l’imagerie cérébrale, bombardés d’IRM et la thèse que l’on continue d’enseigner massivement en médecine est l’épiphénoménisme. L’idée que le cerveau produit de la conscience comme le foie secrète de la bile. Mais ce n’est pas le cas. La conscience se manifeste à travers un système nerveux, mais elle n’en n’est pas le produit. Ce que disait Bergson. Elle serait plutôt essentiellement, comme le pense Sheldrake, de la nature d’un champ et non le produit dérivé d’un organisme. Et comme l’effet Backster montre lui aussi une conscience sous la forme d’un champ. Nous avons exprimé quelques réticences dans l'usage des termes en -isme, mais d'évidence, la thèse vers laquelle nous devrions logiquement converger serait celle de Raymond Ruyer : le panpsychisme. Indéniablement, le spiritualisme est dans le vrai. Il est bien plus près de la réalité, en totale contradiction avec le matérialisme ambiant.

    Nous n'allons pas reprendre une étude qui a été conduite plus haut, mais plus de 30 années de recherches sur les NDE ont montré, sans aucun doute possible, que l’expérience NDE valide l’hypothèse d’une forme de conscience hors corps et qui n’a rien à voir avec une hallucination, le cerveau étant pendant l’expérience à l’arrêt avec encéphalogramme plat.

    Les données présentées ci-dessus (et il y en beaucoup d’autres) peuvent choquer, mais seulement à l’intérieur du système de croyances qui fait consensus aujourd’hui et qui définit par avance que nous désignons comme « réel ». Toutefois, dans une vision plus élargie de la Réalité, ils feraient sens, ils trouveraient une nouvelle cohérence et cesseraient de surprendre. Très honnêtement, il faudra aussi remarquer que, pour ceux qui maintiennent la vitalité spirituelle des cultures anciennes, comme la médecine chinoise ou indienne, le chamanisme d’Amérique du Sud, le bouddhisme, ou l’hindouisme, la répartie serait plutôt comique : « vous vous donnez bien de mal pour démontrer ce que nous savons déjà depuis des siècles ! Dans ce que vous appelez nos « superstitions ». Qui  proposent une vision élargie de la Réalité que vous n’avez pas ! Alors ? Comment avec vous fait pour oublier l’Esprit ? » Ainsi s’explique ...

C. La Réalité voilée, le dévoilement

Que veut dire vision élargie de la Réalité  ? Que signifie l’illusion métaphysique si nous la rapportons au tout du Réel ? Revenons sur l’allégorie indienne mettant en scène mâya, l’Illusion cosmique, le serpent et la corde. Nous n’avons pas fini d’en cerner les implications. Shankara, le célèbre docteur du Vedânta, refuse de confondre entièrement  jagrat, l’état de veille et svapna, l’état de rêve. Dans l’état de rêve, le sujet produit la scène, le spectateur et le spectacle de son propre monde onirique. L’illusion s’évanouit entièrement au réveil et il apparaît qu’il n’y avait pas d’autre substrat que le mental pour la faire apparaître et donc seul le « je » de la conscience du sujet était réel. Mais à l’état de veille, « je » n’est pas le créateur de tout ce qu’il perçoit, il est engagé dans une expérience en commun qui est l’expérience terrestre de l’incarnation. La puissance de la Manifestation opère partout, shakti, l’Énergie cosmique développe et déploie sa puissance sans borne dans la texture de l’espace-temps-causalité. Nous sommes très loin de comprendre ces trois conditions. De même, la puissance de la Manifestation dépasse ce que l’entendement humain a d’ordinaire sous le sens. Quand, surgissant à l’état de veille, ahamkara, l’ego en vient à monopoliser l’activité de manas,  la pensée. La dualité sujet/objet opère très vite, l’extraversion est immédiate, la séparation devient menaçante, le temps psychologique entre en scène, la pensée intrigue pour trouver une sécurité et la vie commence à balancer entre le désir et la peur. La réalité se rétrécit dans un champ de bataille. Dès que l’ego apparaît et au fur et à mesure qu’il développe son empire, il n’y a plus que mes histoires, mes problèmes, mes intrigues, mes angoisses, mes attentes, mes désirs etc. Bref, mon « monde », ma « réalité » à moi. Personnelle et égotique.

1) Et il en est évidemment de même pour tous ceux qui sont alentour. Si nous étions pleinement éveillés, nous aurions le sentiment extraordinaire de communier dans l’Unité du Monde, de vivre dans cette énergie fantastique qui est à l’œuvre dans l’Univers et notre empathie pour tout ce qui vit serait spontanée. Mais ce n’est pas le cas et nous menons la plupart du temps nos vies comme des automates, (texte) chacun vivant son monde, en concurrence avec tous les autres et ignorant le Monde comme tel. Mon monde personnel est ce qui m’occupe dans le tourbillon de mes pensées préoccupées, des choses importantes à faire, des choses importantes à dire, des choses qu’il ne faut pas oublier, toutes ces « choses » qui sont que des pensées sans cesse relancées, exigeant sans relâche de l’attention de ma part. Le monde qui m’occupe, c’est tout ce dont je n’arrête pas de penser, comme cet homme qui marche dans le parc, qui ne voit rien, qui n’entends rien, mais est complètement absorbé par ses pensées. Un monde qui est très petit. Dans la conscience ordinaire, les êtres humains vivent dans leurs petits mondes bourdonnant de pensées, qui reposent en fait sur les mêmes patterns, les mêmes schémas, et roulent sur les rails des mêmes croyances. Des mêmes conditionnements. Et toutes ces bulles de pensées forment une bulle un peu plus grande, la bulle de la pensée collective, qui fluctue en opinions et rumeurs, éructe, parfois tempête et s’emporte et dont ... ses propres pensées. Et nous croyons pouvoir à partir de là pouvoir nous prononcer sur la « réalité » ! De plus, le cirque du mental peut très bien fonctionner indéfiniment dans l’inconscience. A plus de 75 % notre pensée est mécanique et répétitive. Rien d’étonnant donc à ce que l’inertie des habitudes et la pente des croyances mènent le monde. Rien d’étonnant à ce que dans ces conditions les illusions perdurent et que l’ignorance s’épaississe. Sans éveil, il n’y a pas d’ouverture au Réel, il n’y a qu’un voilement du Réel, le serpent est toujours vu dans la corde et la puissance des croyances suffit pour édifier une sorte de double hallucinatoire du monde Réel, mais qui dans son incantation permanente semble bien plus « important» que le Réel. L’Illusion. Donc, peut importe le contenu des croyances, de haut ou d'en bas, de droite ou de gauche, qu’elles soient détestées ou respectables, elles fonctionnent toutes de la même manière, elles remplissent les mêmes fonctions. Elles maintiennent tant bien que mal en équilibre l’édifice rafistolé .de notre "réalité". On ne peut toucher le Réel qu’en transcendant nos croyances. En écartant le voile (texte) qu’elles interposent entre nous et la Réel. En attendant, plus l’être humain vit dans l’inconscience, et plus il est happé dans l’illusion.

Admettons un instant que nous suspendions notre propension à décréter comme « impossible» ce qui s'éloigne de la vision commune, (ex3) nos croyances conventionnelles, nos lois physiques sacro-saintes et nos obligations incontournables. (Schopenhauer disait que toute vérité passe par trois étapes, la première dans laquelle elle est ridiculisée, la seconde dans laquelle elle subit une violente opposition, enfin la troisième dans laquelle elle devient une évidence). Il se pourrait bien que notre consensus « normal » vole en éclat et que l’incroyable soit au bout du chemin. Supposons un instant que nous retrouvions le sens de émerveillement, de l’ouverture au Réel. Le monde redeviendrait stupéfiant, étonnant et vivant. Ce qu’il est. Un esprit qui a perdu le sens de l’émerveillement s’est momifié dans des croyances. Mais un esprit qui s’éveille est vivant parce qu’il et entré comme par effraction en contact avec les régions de l’âme. C’est ce dont parle si bien Stephen Jourdain :

    «En tant que je suis "mon âme", dans laquelle réside toute ma vie, tout le vivant de moi-même, le monde est en moi, en tant que je suis cette personne physique, dans laquelle réside toute le vivant de moi-même, le monde est hors de moi. Il faudrait préciser ce qu'est dans l'expérience, dans le vécu - qui est son seul pays- cette non-extériorité du monde à l'esprit. On s'attendrait à ce qu'elle produise une décoloration, une uniformisation, une dissolution du monde: il n'en est rien. Non seulement pour le moi qui respire, le monde acquiert une densité, un relief, une présence, une réalité inimaginables, et sans aucun signe d'estompement de la diversité, mais pour "l'âme", pour la personne intérieure, c'est presque le phénomène contraire de l'uniformisation et de la dissolution qui se produit: une sorte de chape pâle, présente dans l'extérieur depuis si longtemps que l'on avait fini par oublier quelle recouvrait quelque chose, se déchire comme un songe, et le ruissellement de l’oubli est là, l'eau dont une sorte de terrible maladie avait fait perdre tout souvenir, et jusqu'au souvenir d'avoir soif, et dont  chaque moment, chaque goutte, chaque molécule - chaque paysage, chaque fraction du paysage, chaque fraction de chaque fraction du paysage - constitue outre une merveille, une joie desquelles la notion avait également cessé d'habiter l'esprit ».

    Si une étincelle d’éveil venait flamber et qu’ainsi, le contact avec l’âme si longtemps perdu était rétabli, le monde ne serait en rien dissout, seule serait ôté la chape pâle qui le recouvre, la perception serait entièrement renouvelée, le monde redeviendrait merveille, ce qu’il a toujours été, flambant neuf et extrêmement vivant. La joie en serait le signe évident.

    Alors, qu’en est-il de ce monde extérieur ? Faut-il le renvoyer à l’illusion ?

    « Le monde extérieur n'est pas une illusion. Quand cette conscience jaillit, tout ce qui était mirage et mensonge brûle, et seul demeure ce qui est vrai. Le monde demeure. L'illusion, c'est cette sorte de double mental du monde dont je parlais, c'est le rejet du monde hors de l'esprit, meurtre des paysages et agression contre l'être intérieur commis par le souci du "réalisme"  ».

    2) L’illusion ne réside pas dans la Manifestation du Réel mais dans le double mental que nous considérons comme réel, elle tient dans une représentation du réel, dans abhysa, une surimposition que nous croyons réelle, mais qui n’est qu’une construction mentale qui voile le Réel. Nous la posons comme réelle en la séparant de la conscience comme « objet », « chose en soi », pour la considérer comme existant à part et cela s’appelle exactement le « réalisme ». Souvenons-nous de ce que disait Bergson dans une page du Rire que nous avions précédemment commenté :

    « Si la réalité venait frapper directement nos sens et notre conscience, si nous pouvions entrer en communication immédiate avec les choses et avec nous-mêmes, je crois bien que l'art serait inutile, ou plutôt que nous serions tous artistes, car notre âme vibrerait alors continuellement à l'unisson de la nature. Nos yeux, aidés de notre mémoire, découperaient dans l'espace et fixeraient dans le temps des tableaux inimitables. Notre regard saisirait au passage, sculptés dans le marbre vivant du corps humain, des fragments de statue aussi beaux que ceux de la statuaire antique. Nous entendrions chanter au fond de nos âmes, comme une musique quelquefois gaie, plus souvent plaintive, toujours originale, la mélodie ininterrompue de notre vie intérieure. Tout cela est autour de nous, tout cela est en nous, et pourtant rien de tout cela n'est perçu par nous distinctement. Entre la nature et nous, que dis-je ? entre nous et notre propre conscience, un voile s'interpose, voile épais pour le commun des hommes, voile léger, presque transparent, pour l'artiste et le poète. Quelle fée a tissé ce voile ? Fût-ce par malice ou par amitié ? » (texte)

    Eh bien cette idée du voile recouvrant le Réel, c’est exactement ce qu’en Inde on appelle Mâya. Entendons bien ce que dit Bergson : le voile entre nous et la Nature et aussi entre nous et notre propre conscience. Ce qui signifie que l’illusion nous coupe de l’intériorité la plus vraie et qu’elle rende fade nos moindres perceptions. Elle nous enferme donc exclusivement dans la sphère du mental. Le plus étonnant dans ce texte, c’est qu’en plus, Bergson soulève poétiquement les questions : « quelle fée à tissé ce voile ? » et ensuite «  Fusse par malice ou par amitié ? » Quand on se replace dans la pensée du Vedânta, ces mots prennent une résonance immense et une portée métaphysique. Ce qui est très difficile à appréhender, c’est justement que la puissance cosmique de l’Illusion semble tour à tour « malice », ce qui implique apparenté au mal de part ses conséquence née de la séparation et aussi « amitié », car il est tout à fait possible que l’illusion ait été crée pour rendre possible le Jeu dans lequel les humains ont décidé de jouer en se coupant de la Réalité. De manière symptomatique, quand Bergson évoque la transparence du voile, il ne convoque pas la puissance du mental, non, il nous parle d’éveil sensible, (texte) ce qui est tout différent. Un pas de plus et nous dirions éveil du Cœur. Ce qui ne fait que rejoindre le dernier Bergson, celui des Deux Sources de la Morale et de la Religion. Dans le Vedanta, la condition de l’homme embarqué dans l’illusion est appelée avidya, ignorance, (noter a privatif, vidya, même racine que dans vidéo, videor latin), donc un non-vision. On dit dans les textes anciens, que prakriti, la Nature, tend à maintenir le voile de l’illusion qui affecte le mental humain, mais qu’elle consent parfois, quand un être humain entreprend un travail sur lui-même d’ascèse, tapas, et de yoga, à ôter le voile, faisant de lui un jivan mukta, un « libéré vivant », tel Ramana Maharshi dont nous avons déjà parlé. Rigoureusement parlant, le sage n’est alors par un « homme prudent », un « grand législateur », un « moraliste », un « penseur » ou une sorte « d’érudit », au sens occidental, mais un éveillé. Ce qui est le sens exact en sanskrit de bouddha, l’éveillé, la buddhi est l’intelligence éveillée. Et cela ne peut avoir qu’un seul sens : éveillé de l’Illusion. (textes)

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nous sommes d’abord jeté dans l’Illusion avant que d’avoir un jour - ne serait-ce que l’idée – que l’illusion nous affecte et l’intention d’en sortir.

Et pourtant, à certains moments, nous nous sentons comme les pieds posés sur des mondes flottants, quand la vie nous semble étrangement non-substantielle, passablement absurde, dispersée dans des fictions composées, des histoires que les gens se racontent, des simagrées, des mirages, des impostures, un grand cirque humain ou une stupide charade, une blague cent fois entendue et qui ne nous fait plus rire. Car l’illusion ne fonctionne plus. Everything seems to be so fleeting. Tout parait tellement flottant. C’est très troublant. Nous avons goûté à l’impermanence, c’est un premier pas, toutefois, cet aperçu n’est encore que semi-lucidité. Il est cependant significatif, car nous en venons à comprendre que plus une chose est bâtie dans l’illusion, plus elle est fragile et ne dure qu’en luttant contre la réalité, le temps pendant lequel nous pouvons encore y croire ; toutes les constructions basées sur l’illusion sont vouées tôt ou tard à s’effondrer sur elles-mêmes, car elle ne sont pas fondées en Réalité. Et toutes nos constructions, cela veut aussi bien dire toutes nos constructions mentales qu’elles soient intellectuelles, scientifiques, sociales, philosophiques, morales, religieuses, mais aussi, et dans la foulée, politiques, économiques, techniques etc. Bref, tout ce que le mental humain est capable de produire au sein de l’Illusion. Et attention, il faut bien comprendre ce que signifie « produire au sein de l’illusion », car il existe bel et bien une production au sein de l’illusion, donc une réalité illusoire produite en elle. Même si l’expression est paradoxale. L’enfant qui se réveille terrorisé pensant qu’il y a un monstre sous le lit a bel et bien peur, la peur est réelle, même s’il n’existe rien de tel qu’un monstre sous le lit, mais une réalité illusoire a été produite et elle n’est pas sans effets qui eux sont réels, car ils sont là dans la Manifestation. ...De même, le serpent n’existait pas, mais la peur du serpent a eu ses effets, faisant naître une rumeur, une tradition de l’illusion. Fondée sur quelque chose qui n’est pas vrai, qui n’existe tout simplement pas. Mais le processus est lâché et l’hallucination peut un temps fonctionner. Et on se fera des harangues, des colloques et des grands discours pour s’auto-congratuler et se persuader que l’on a bien raison d’avoir peur ! Complètement empêtrés dans l’illusion, je dirai que mes peurs sont fondées, que  « mes  problèmes sont réels ! Ce sont les problèmes des autres qui sont des illusions ! Mes problèmes existent ! »  Dans le cas de l’enfant, l...

4) Soyons un peu platonicien pour pousser un peu plus loin sous la forme d’une allégorie  métaphysique.

L’âme individuelle, nous dit Platon, avant la naissance a chevauché avec les dieux sur la voûte céleste, elle a contemplé intelligence de ce qui est, l’océan de la Vérité, elle est montée au promontoire pour contempler la Réalité. Mais l’âme était ainsi faite qu’elle ne pouvait se contenter de l’unité divine. Elle portait en elle le désir de faire l’expérience d’elle-même, le désir qui la portait vers l’incarnation. Devant Dikhé, elle devait choisir une vie. L’une après l’autre pour tout expérimenter. Celui qui avait été un héros prenait une vie de pauvre laboureur, celui qui avait été pauvre, une vie de riche marchand etc. En entrant dans l’incarnation, elle devait à chaque fois traverser le fleuve du Léthé, ...  Jeu cosmique, car la mémoire de ce qu’elle avait été eut été une charge.

La voici donc avec ses compagnons de jeu tombée dans un corps, comme dans une prison, éprouvant toutes sortes de limitations, (texte) étourdie, ne sachant plus qui elle est, ayant oublié jusqu’au désir qui l’avait mené jusque là. Les contraintes de l’environnement humain, donc de la texture de l’espace-temps-causalité étaient sévères. Le temps surtout, fluctuant, inévitable, irrémédiable, astreignant, ce temps où le contrôle est impossible, où l’on tente à jamais de réparer de l’irréparable, mais qui vous file toujours entre les doigts. Dans le monde relatif, la puissance de l’Illusion opérait, ne laissant à chacun presque aucun souvenir de sa nature essentielle en tant qu’âme. Initialement, l’expérience de la séparation d’avec la Réalité devait être une aventure, mais elle était à chaque fois traumatisante. Le sens éminemment accru de la séparation renforçait la dualité et ses polarités. Sur le terrain de jeu humain, la survie était difficile et il était inévitable que la conscience spirituelle se perde, que l’esprit s’identifie très fortement au corps. Avec une telle identification, la peur et la confusion ne pouvaient que gagner en intensité. De même, il était inévitable que dans le champ contextuel de l’expérience humaine, au début, les hommes en viennent à imaginer des « dieux » étranges qui pourraient les protéger et qu’ils ne devaient surtout pas offenser. Des lors, les catastrophes naturelles et les tragédies personnelles devenaient autant de preuves de la colère des dieux.

De tribu en tribu, de culture en culture, les êtres humains apprenaient peu à peu à former une image du moi, (texte) à se comparer les uns les autres, à s’évaluer et à se juger, ce qui généraient infailliblement le doute, la culpabilité et la honte. Ils devaient, croyaient-ils, lutter pour sauver leur sens de l’honneur ! L’environnement humain n’était plus un libre terrain d’expérience pour l’âme, mais une arène où se déroulaient des combats. La croyance collective qui devaient en résulter était nécessairement que la vie est une lutte où on ne triomphe qu’en mettant à terre ses ennemis. Au sens propre où au sens figuré. L’expérience humaine dans l’Illusion invitait la peur, la tromperie et la trahison comme compagnons de voyage. Et plus les êtres humains entraient dans cette folie et plus ils étaient fermement convaincu que la « réalité » était forcément hostile, qu’ils étaient impuissants, victimes d’une destinée sauvage qu’il fallait surmonter. La seule direction que pouvait prendre leur développement mental était donc dictée par une stratégie de défense. Ils croyaient même dur comme fer que la meilleure défense c’était l’attaque ! Pendant des siècles l’expérience humaine s’est poursuivie. En surface, elle se disait conquête glorieuse de la Nature, toujours auréolée de promesses magnifique pour un futur idéal qui aurait dû être paisible. L’idée de supériorité enflait comme une baudruche et les hommes devaient s’estimer supérieurs à tout les titres : les hommes supérieurs au règnes de la Nature, les hommes supérieurs au femmes, les blancs supérieurs aux pas-blancs, les hommes d’aujourd’hui infiniment supérieurs aux hommes d’hier et toutes sortes de hiérarchies sociales du même genre. Et ils s’était même inventé un euphorisant extraordinaire : le progrès ! Mais en réalité, la logique guerrière sourdement continuait son chemin et se multipliait partout dans des formes de plus en plus complexes, tordues et sophistiquées. La défense devenait une des industries les florissantes de la planète ! On inventait sans arrêt des choses qui devaient servir la défense et qui étaient en fait utilisées pour attaquer les uns ou les autres. Après les bombes ils avaient inventé La Bombe. En fait la guerre dans l’Histoire  avait été presque continuelle, avec juste quelques courtes pauses pour se regrouper... avant de passer à la prochaine guerre. Au sein de l’illusion, presque tout le monde pensait que c’était « normal ». En fait la tension était telle que même ceux qui vivaient dans des conditions de vie assez confortables, balançaient entre les distractions artificielles que l’illusion pouvait leur fournir et des activités trépidantes rarement satisfaisantes. Ils étaient bornés et attachés aux plaisirs et aux douleurs que l’illusion pouvait leur offrir, tellement que, même en ouvrant les yeux devant l’énormité de la souffrance humaine, le pillage et la destruction de la Terre, ils ne pouvaient penser qu’en terme « d’amélioration » de l’illusion. Une vraie lucidité leur aurait montré qu’il fallait en sortir et construire un monde plus vrai, mais ils ne pouvaient plus penser que par petits aménagements de l’illusion. Ce qui bien sûr ne faisait que la propager en créant sans cesse de multiples complications, engendrant d’autres complications auxquels il faudrait apporter des aménagements etc. Sans s’en rendre compte, en tête des nations L’Occident menait une progressive déconstruction du monde.

Mais cette histoire là, nous l’avons déjà étudiée, Pierre Thuillier l’a très bien racontée. Il n’avait pourtant jamais manqué au cours de l’Histoire de vigiles de l’Esprit qui avaient lancé des alertes et montré que l’humanité faisait fausse route. Il n’avait jamais manqué d’êtres éveillés, généreux et compatissants pour dire qu’il était possible de sortir de l’égarement et de vivre différemment. En fait, d’abord en marge, un courant étonnant d’alternatives crédibles s’était peu à peu développé dans pratiquement tous les domaines, avec toutes sortes d’expérimentations. Une créativité fantastique germait ici et là, offrant une ouverture qui permettrait de sortir du vieux paradigme. Si on suit la chronologie proposée par La Grande Implosion, un renversement devait inévitablement se produire. Par une reconquête spirituelle radicale, un réveil massif

Terminons. Les aperçus donnés dans la partie précédente ne sont qu’une petite introduction à la mutation en cours. La crise systémique dont on parle ici ou là de manière fragmentaire a un fondement spirituel. Elle survient au moment où l’humanité s’est enfoncée dans l’illusion à un point tel qu’elle n’a plus d’autre choix qu’un sursaut pour se dégager. Le démembrement des vieilles structures se poursuit à vitesse accélérée, parce que l’illusion est en train de se démonter d’elle-même. Nous sommes désormais en train de comprendre que les vieilles méthodes fondées sur l’illusion qui ont eu cours jusqu’ici ne marchent pas et nous sommes en train d’inventer autre chose. A partir d’une vision élargie de la Réalité qui n’est pas le produit d’un système, d’une idéologie quelconque, qui n’est pas dictée par une religion, qui ne procède d’aucune autorité particulière mais relève d’une soulèvement collectif de la conscience humaine. ... et dire que l’incertitude demeure. C’est exact. Mais le jeu en vaut la chandelle. De toute manière, il n’y a rien d’autre à faire.

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Questions:

1. Quelles conséquences pourrions-nous tirer de l’idée selon laquelle la manifestation de l’univers est avant tout artistique ?

2. Si on résume, qu’est-ce qui oppose travail de l’artiste et travail de l’ouvrier soumis à la technique ?

3. Comment l’art peut-il récupérer la technique sans se soumettre à sa logique ?

4. Est-ce une même chose que d’expliquer une œuvre par référence à son auteur et d’expliquer une œuvre en terme d’esprit humain et de conscience ?

5. Comment expliquer que certains artistes suent sang et eau pour produire une œuvre et conservent des doutes sur sa valeur ?

6. Pourrait-on rendre compte de la créativité artistique par une simple puissance, une énergie psychique peu commune ?

7. Qu’est ce que l’art peut nous dire d’essentiel sur le sens du travail ?

 

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  © Philosophie et spiritualité, 2012, Serge Carfantan,
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