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Conscience, désir et intention - Serge Carfantan
 
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Leçon 198. Conscience, désir et intention        

    Nous avons vu que l’intentionnalité est le thème central de la phénoménologie de Husserl. En fait, Husserl reprend une découverte de son maître Brentano qui considérait l’intention comme la première caractéristique du psychisme. (texte) L’intentionnalité désigne le fait que toute conscience est conscience-de-quelque-chose, de sorte que toute expérience consciente, tout vécu, se situe dans une relation sujet-objet. Ainsi, percevoir, imaginer, croire, juger, se souvenir, c’est percevoir imaginer, croire, juger, se souvenir de quelque chose ; le sujet ne semblant dès lors exister que par rapport à l’objet dont il est conscient.

    Cependant, quand nous parlons de l’intention, nous n’avons pas du tout en vue cette dualité sujet/objet, ou l’idée d’une structure relationnelle sujet-objet. L’intention ne se trouve pas dans la conscience-de-quelque-chose, mais au fond de nous-mêmes, dans la conscience-de-soi, comme la première étincelle, le premier germe d’énergie et d’intelligence qui donnera par la suite le désir. Tout désir commence par une intention, ou autrement dit ; le pouvoir de l’intention oriente un courant de conscience susceptible d’être converti en désir. Il existe une puissance secrète et créative de l’intention. Dans une précédente leçon, nous faisions la critique du velléitaire, en disant que la puissance du désir se défait quand il est trop exposé. Nous disions qu’un vrai désir est comme une graine qui dort dans l’obscurité de la terre, jusqu’au moment où elle jaillit au dehors pour donner la pousse, la tige, puis enfin la plante et le fruit. Si on extrait tout le temps la graine de la terre, pour voir où elle en est… on l’empêche de germer ! Le pouvoir de l’intention est semblable à la graine dans la terre. Il y aurait donc tout lieu de distinguer entre intentionnalité, telle que la phénoménologie l’a décrite dans les formes du vécu, et cette étrange pulsation de la conscience qui, dans l’Invisible, est à la racine du désir : l’intention.

    Mais, dans ce cas, l’intention ne dit-elle pas plus de choses sur la conscience, que l’intentionnalité ? En quoi le désir est-il le résultat d’une intention ?  L’intention est-elle la conscience du désir lui-même ou le processus inconscient qui conduit au désir ?

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A. De l'intentionnalité

    Le mot intention implique celui d’intentionnalité, qui, dans la langue française devrait vouloir dire « l’essence de » l’intention. En latin le mot original est intentio. Les Scolastiques du Moyen-Age avaient observé que les phénomènes psychiques portent en eux l’intention vers l’objet. Brentano au XIX ème reprend cet héritage, que s’approprie ensuite Husserl. Pour le problème qui nous occupe, il est important d’examiner d’abord comment l’intentionnalité peut être comprise. Nous avons dans les leçons précédentes, étudié longuement la dualité sujet/objet au sein de la vigilance. Or l’intentionnalité, en montrant qu’en fait il y a dans tout acte de conscience une relation  sujet-objet, apporte déjà une correction de la dualité présente dans l’attitude naturelle.  L’idée de relation est importante, elle implique un lien, une unité et pas de dualité.

     1)  Pour Brentano, il s’agissait de distinguer les faits physiques des faits psychiques. Nous avons vu cette question avec Dilthey. Pour définir un acte intentionnel Brentano retient six critères : a) un phénomène psychique est inétendu,  b) il repose sur des représentations, c) il est porté par une présence intentionnelle comme rapport-à-quelque-chose, d) il est le seul à être objet d’une perception interne dans une évidence immédiate, e) il possède une existence effective pour le sujet, f) il est perçu de manière unitaire.

    La marque qui caractérise les actes intentionnels, c’est la présence intentionnelle entendue comme inexistence, au sens où la relation avec un objet n’est pas à confondre avec une chose, une réalité. Par exemple, la conscience d’image est bien une forme de conscience, même si son objet n’est pas réel.

    L’intentionnalité est ce pouvoir qu’a la conscience de viser un objet, on dira aussi « avoir un objet immanent », « contenir quelque chose à titre d’objet ». Le fait psychique est dit intentionnel parce qu’il contient quelque chose à titre d’objet, même si c’est de manière différente, par exemple comme perception, croyance, jugement, désir, haine etc.

    ------------------------------Brentano propose une classification des phénomènes psychiques en plusieurs catégories : a) En représentation, Vorstellung. La représentation implique l’intervention de l’esprit dans l’élaboration de constructions mentales. La re-présentation est présentation seconde, par l’esprit dans la pensée. b) En jugement, Urteil. L’activité judicatoire présente très clairement une visée de quelque chose, cette fois interprétée sur le plan logique : jugement de fait, comme jugement de valeur. c) en mouvement affectif Gemütsbewegung. Le mouvement affectif désigne ce que nous appelons d’un nom générique, la sphère de l’émotionnel. d) Intérêt, Interesse. Le mot intérêt est remarquable à plus d’un titre, car il désigne le fait d’être tourné vers, ouvert à quelque chose qui retient l’attention. Si un élément est susceptible de canaliser l’intention, c’est bien « l’intérêt pour ». e) Amour, Liebe. Le mot amour est pris ici au sens de l’amour de quelque chose, comme mouvement vers ce qui est aimé.

    2) Qu’est-ce que la phénoménologie va ajouter à cette description de l’intentionnalité ? Husserl conserve la classification de Brentano, même si son champ d’investigation le porte surtout vers ce qui concerne la théorie de la connaissance. Deux idées maîtresse monopolisent son travail : (texte) a) d’abord l’idée de la présence intentionnelle, « Tout état de conscience en général est, en lui même, conscience de quelque chose, quoi qu'il en soit de l'existence réelle de cet objet ». b) Ensuite, le fait que l’intentionnalité prenne une diversité de formes : « La perception de la "maison""vise"(se rapporte à) une maison - ou, plus exactement, telle maison individuelle - de manière perceptive ; le souvenir de la maison "vise" la maison comme souvenir: l'imagination, comme image; un jugement prédicatif ayant pour objet la maison "placée devant moi" la vise de la façon propre au jugement prédicatif: un jugement de valeur surajouté la viserait encore à sa manière, et ainsi de suite ». Nous ne trahirons pas du tout Husserl en disant que la totalité de son programme de recherche est orientée par ces deux fils conducteurs dont il ne se cesse de dégager les implications.

    Nous devons souligner – brièvement - la fécondité de la phénoménologie et son influence sur la pensée occidentale. Ce qui est intéressant avec un penseur comme Husserl, c’est que nous avons affaire à une philosophie « en marche », qui explore, un peu comme on taille à la machette dans une jungle où personne ne s’est aventuré. D’où la possibilité de se perdre, d’où le manque d’organisation, l’absence de système, le manque d’unité parfois. Mais il y a une méthode et une ouverture. Les disciples directs ou indirects qui suivent vont privilégier une des voies ouvertes par le maître. Levinas retient dans a)  la donation de sens et creuse dans b) le problème de l’intersubjectivité. Max Scheler s’attache dans b) à l’expérience des valeurs éthiques. Sartre radicalise a) et s’attache dans b) à l’imagination. Heidegger accepte a) et pousse l’interrogation du rapport de l’existence à l’être. Merleau-Ponty retient a) et prolonge dans b) le travail sur la perception, il insiste sur la place du corps. Michel Henry va entièrement renouveler a) la question du sujet pur, de l’ipséité, en remettant en cause la place de l’intentionnalité.

    3) C’est donc à Michel Henry que nous allons laisser le dernier mot. Cependant, auparavant, retour en arrière. Nous avons vu que si la conscience nous semble dans la vigilance toujours intentionnelle, tous les vécus ne le sont pas. En effet, la sensation déjà témoigne de ce type de vécus qui n’est pas intentionnels, à la différence de la perception. Nous savons que Husserl, en dépit de la contradiction avec son idée première, a été attentif à la matière non-intentionnelle de la sensation. (texte) Il a proposé de voir dans l’intentionnalité perceptive une forme et dans la pâte sensible non-intentionnelle, une matière. De même, il aurait pu rejeter l’idée d’intention inconsciente, et pourtant il admet qu’il y a dans l’ego une frange d’inconscience, et l’idée de motivation inconsciente conserve un sens dans l’approche de la phénoménologie. Si dans le principe, toute conscience est bien conscience-de-quelque-chose, Husserl n’en tire pas pour autant, comme Sartre, l’idée que l’intimité n’est que de l’extériorité et du vent. Le pur Témoin, le Spectateur transcendantal, (texte) n’est certainement pas un courant d’air, mais un sens intime.

    Mais il est vrai qu’alors la question : « qu’est-ce que le Soi ? » se pose dès lors de manière particulièrement aiguë. Husserl ne peut pas y répondre clairement, parce qu’il reste prisonnier du principe de l’intentionnalité qui définit le sujet uniquement dans sa relation à un objet. Parce qu’il demeure à l’intérieur d’une philosophie de la représentation. La formule « toute conscience est conscience de quelque chose » désigne l’apparition simultanée du sujet et de l’objet dès l’entrée dans l’état de veille. Elle vaut encore, quoi que sur un mode que nous savons illusoire, dans l’état de rêve. Et c’est la disparition simultanée du sujet et de l’objet qui se produit dans le sommeil profond. Le sujet qui apparaît, puis disparaît, qui n’existe qu’en relation à un objet - et qui pourtant, voudrait proclamer son existence séparée à la face de l’univers ! - est le moi empirique, l’ego. Il n’est pas le véritable sujet. (texte) Si le mouvement de l’intentionnalité s’applique fort bien à l’ego et sa quête éperdue d’un objet, là-bas dans l’extériorité, comme dit Sartre, dans un « but », d’un « projet », un « objectif », un « résultat » dans le futur, dans le temps psychologique ; le Soi ignore la division sujet objet. La scission sujet/objet est une coupure métaphysique produite par la pensée et qui n’existe que dans la pensée et non dans l’Être. Le Soi de l’Être, n’apparaît pas et ne disparaît pas. Il cohère avec Soi en-deçà du temps, il demeure Soi parce qu’il est dans son essence de ne pouvoir se quitter, sa passive épreuve étant précisément ce que nous appelons la Vie. Il revient à la phénoménologie de la Vie de Michel Henry d’avoir redécouvert ce que Husserl laissait dans l’obscurité. Il existe une dimension de la Conscience qui précède la conscience fondée sur l’intentionnalité qui est à l’œuvre dans la vigilance. La critique répétée et insistante de Michel Henry contre le principe de l’intentionnalité (texte) n’a qu’un sens : remonter à cette Vie, qui, sise en elle-même, précède toute relation à l’objet. Cette région du non-manifesté qui est ontologiquement antérieure (texte) à toute conscience d’objet. Là où le Soi et l’Être ne peuvent en aucune manière être séparés. Nous avons vu à cet égard que lorsque Louis Lavelle approche ce qu’il nomme La Présence totale, --------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

  Nous voyons donc que le thème de l’intentionnalité est resté dans la pensée occidentale une préoccupation de la théorie de la connaissance. Depuis Kant les penseurs occidentaux sont férus non pas de Connaissance, mais de théorie de la connaissance ! Dans pensée, le concept d’intentionnalité ne retient que la structure sujet-objet et il laisse de côté l’énergie, la direction, l’intelligence de l’intention.

B. La conscience et l'intention

    Le mot intention peut être pris dans des sens différents. Par exemple, d’un point de vue moral, nous qualifions d’ordinaire la bonne volonté en disant que celui qui la manifeste est plein de bonnes intentions, tandis que la mauvaise volonté serait le fait d’être rempli de mauvaises intentions. Chacun de nous reconnaîtra aisément que l’intention précède l’action, elle est comme une flèche sur l’arc qui attend d’être décochée. L’intention se traduit par des actes de la même qualité qu’elle, mais elle est plus difficile à discerner que l’acte lui-même, car elle est toute intérieure, tandis que l’acte lui se produit sur la scène de l’espace et du temps.

     1) Ne voir dans l’intention que sa valeur morale est très limité. Dans le langage courant, cela tient à une confusion banale entretenue entre conscience psychologique et conscience morale. Or l’intention est d’abord un acte psychique. A sa racine l’intention est une impulsion d’intelligence dirigée vers un but. Si je dis que j’ai l’intention de me rendre en Australie, je ne fais que formuler une orientation, une visée qui est un foyer potentiel vers lequel je me dirige. Ce n’est pas ce que je fais en ce moment, ici et maintenant, qui peut ne pas avoir de rapport avec cette intention. Le maintenant est tout ce qui est, ce qui réclame une grande attention.

    Toutefois, même si l’attention est d’ordinaire dirigée vers le champ de conscience, je peux aussi porter mon attention sur mes propres intentions. Nous avons vu précédemment que la vigilance est une attention essentiellement tournée vers le monde extérieur. Donc vers l’objet. C’est le sens courant de l’expression « fais attention ! » Nous avons vu que l’ek-stase de la vigilance est telle que nous avons tendance à nous perdre dans le domaine de l’objet, dans le domaine des formes, donc à nous oublier nous-mêmes. Il est possible d’être conscient dans le domaine des objets, parce que nous faisons attention, tout en étant dans l’inconscience vis-à-vis de nous-mêmes. C’est pourquoi nous avons distingué précédemment la vigilance de la lucidité. Ce qui a été dit à ce sujet, c’est que la lucidité procure une détente, donne une plus grande ouverture à la conscience, une ampleur qui fait communiquer l’intérieur et l’extérieur. La lucidité consiste à être conscient à la fois du monde extérieur et de soi-même, simultanément. Elle est observation non-duelle. Et que découvre la lucidité ? Nous avons vu qu’elle nous permet d’être conscient des réactions qui surgissent en nous, du jeu de l’émotionnel. Ce qui veut aussi dire être conscient de nos intentions, (texte) de nos motivations. Surprendre l’ego entre autre ! Ce qui n’est bien sûr pas le cas dans la conscience ordinaire, car l’identification au domaine de l’objet est suffisamment hypnotique pour voiler en permanence l’activité de l’ego agissant et ses intentions.

    Il peut sembler, avec ce que nous venons de dire, que c’est seulement en étant lucide que nos intentions sont claires et que l’attention est véritablement portée sur les intentions. C’est vrai. Toutefois, même en l’absence de la lucidité, l’attention est là, et elle déverse sur l’intention une énergie et la nourrit. Elle n’est pas à confondre avec elle. L’attention nourrit d’énergie le flux de la conscience et l’intention, elle, transforme, organise sa propre réalisation. C’est une loi fondamentale de la conscience : tout ce sur quoi nous portons notre attention grandit, et inversement, ce sur quoi nous ne portons pas notre attention aurait plutôt tendance à flétrir. C’est encore vrai, même si la conscience est lourde et obscurcie. Pour reprendre notre analogie initiale, l’attention c’est un peu comme le travail du jardinier qui arrose la plante et apporte un fertilisant, l’attention nourrit l’intention qui est la graine et favorise son développement.

     2) Ce qui signifie que nous pouvons ne pas être très clairs sur nos propres intentions et même ne pas vouloir les reconnaître. Dans les termes de Freud, une intention est consciente, si elle correspond à la visée d’une pensée soumise à la juridiction de l’ego. Reconnaître ses intentions revient alors pour le moi à reconnaître ses désirs. Juste pour rire : l’intention de demander la jeune beauté en mariage, exprime le désir amoureux dans le vœu d’un avenir commun !... Cependant, nous avons vu que pour Freud une intention peut aussi être inconsciente. Rappelons-nous l’exemple de l’intention exprimée en rêve en étranglant un petit chien blanc de tuer la belle sœur. - Intention que le sujet peut très bien nier -. L’intention n’en reste pas moins là, à un certain niveau, provoquant, comme le dit Freud, un malaise dont le sujet n’arrive pas à se départir, car il est comme possédé par une pensée indésirable, une pensée qui n’est pas soumise au moi. Ce qui définit l’état général de névrose. Le schéma proposé par Freud est simple : lorsqu’une pulsion émerge du vital et se présente au seuil de la conscience, elle se heurte à une censure morale, (texte) si elle est jugée indésirable, elle est renvoyée dans l’inconscient et refoulée. Elle va alimenter le réseau tortueux des conflits inconscients. Elle ne cesse pas d’exister, car ce qui est refoulé n’est pas pour autant supprimé tant que le nœud psychique qui retient la tendance n’est pas résolu. L’intention demeure donc à un état latent, inconscient. Le psychisme du sujet se trouve alors maintenu dans un état de division (cf. Prajnanpad texte) entre conscient et inconscient. L’intention inconsciente s’exprime dans les défaillances de l’attention, par exemple sous la forme d’actes manqués, de conduites obsessionnelles etc. Il y a un exemple très intéressant chez Arnaud Desjardins. Il raconte qu’à un moment, dans l’ashram de S. Prajnanpad, il chassait comme un fou les moustiques à l’aide d’une bombe insecticide. Jusqu’au moment où il est tombé nez à nez… sur le Swami. Il a alors compris en un éclair… qui il voulait tuer ! C’est ce qui s’appelle une mise en lumière de l’intention inconsciente.

    Nous avons vu qu’une trace traumatique du passé est très persistante. Elle peut demeurer endormie sur une période prolongée et ne trouver d’expression émotionnelle que dans les circonstances favorables qui réveillent son dynamisme. Freud pense que l’on est en droit de parler d’une expression de « désirs » inconscients dans les actes manqués et les rêves. Cependant, le terme désir mobilise tellement le conscient qu’il y a ambiguïté. Nous préférons ici parler de tendances ou de forces inconscientes. Ce qui est certain, c’est que l’inconscient peut ...

     3) La polémique entre Sartre (texte) et Freud est intéressante à ce titre. Sartre soutient que l’inconscient freudien est le refuge de la mauvaise foi. Admettant une transparence de la conscience, Sartre pense que le sujet en sait bien plus sur ses intentions qu’il ne veut bien le reconnaître. S’il se les dissimule, c’est par déni, pour ne pas les voir, donc par une mauvaise foi (texte) implicite. Si une intention est là en nous et si elle est chassée, occultée et refusée, c’est bien que le sujet « quelque part » le sait ! L’ego joue à cache-cache, cela fait partie de son jeu. Mais tant que nous ne sommes pas clair sur nos intentions, nous vivons dans un monde d’illusions auto-entretenues. Et ces illusions ne sont rien d’autre que notre conscience habituelle avec son petit nuage de pensées. De plus, nous avons vu que la division entre conscient et inconscient est artificielle, il n’existe en réalité pas de coupure dans le psychisme. Quand l’esprit, par la censure, entretient en lui-même une division, il ne fait que lutter contre ce qu’il est. C’est une lutte perdue d’avance et qui n’empêche pas les germes d’intentions inconscientes de se manifester sur le mode réactif qui leur est propre.  Au moment où une réaction inconsciente se manifeste il est possible de  ne pas exercer de censure et de remonter le cours de la pensée, afin de mettre en lumière nos intentions. C’est exactement de cette manière que Krishnamurti décrit l’action de la lucidité et donc le pouvoir de l’attention. En l’absence de tout jugement, ou de toute identification, il est possible d’avoir une vision en profondeur (texte) à la racine où se trouve l’intention.

     Dès qu’il y a dans la conscience une intention, que celle-ci soit vague et indéterminée, ou qu’elle soit clairement délibérée, elle opère, et ne manque par de suivre son cours. Elle se transforme en désir et le désir cherche son remplissement effectif ou sa réalisation concrète. Le désir apparaît avec la pensée au niveau conscient. Comme une bulle qui remonte des profondeurs d’un lac et finit par éclater en surface. Sur le plan du conscient, chez la plupart des êtres humains, la fascination du désir est telle, qu’elle absorbe complètement leur attention. Elle consume l’attention en la tournant complètement vers l’extérieur (texte) et vers l’objet du désir. Au dépend du reste d’ailleurs. Nous avons vu ce processus au sujet de la passion tournée vers l’objet, la passion-de-quelque-chose. D’où le phénomène étrange qui l’accompagne de la cristallisation, qui comporte une dose d’aveuglement sur soi assez extraordinaire. Une fois que l’intention est dirigée, elle est nourrie avec l’énergie du désir. Une bonne part de l’énergie de nos désirs est issue de l’effort (texte) et de la frustration, et reste tournée vers la recherche d’une complétude de l’ego. Une part moindre vient de l’élan d’accroissement spontané de la Vie, de l’enthousiasme créateur qui n’a de cesse de nourrir de son amour une création vivante et libre.

C.  La puissance de l'Intention

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Vos commentaires

Questions :

1.       Parler d'intention consciente implique-t-il nécessairement que l'on parle aussitôt de bonnes et de mauvaise intentions?

2.       Peut-on réellement se cacher ses propres intentions?

3.       Concevoir l'intention comme immanente au cosmos, n'est-ce pas valider directement la théorie de la synchronicité des événements?

4.       Mis à part ses effets produits dans la nature qu'il est possible d'étudier, l'intention n'est-elle pas rebelle à toute explication scientifique?

5.       Peut-on être sûr de déceler les intentions d'autrui?

6.       Peut-on vraiment prouver qu'un acte a été accompli avec l'intention de son auteur et non de manière automatique ou mécanique?

7.       Le sens commun tend à prendre le mot intention uniquement comme un motif d'ordre moral soumis au jugement (ce n'était pas mon intention!) A-t-il raison? Qu'est-ce qu'il néglige?

 

     © Philosophie et spiritualité, 2010 Serge Carfantan,
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