Leçon 254.    Défendre la liberté d’expression      

    Le mot expression est un terme très vague, large, très compréhensif : il traduit un passage libre de l’intérieur vers l’extérieur : on peut dire qu’un paysage ex-prime de la mélancolie, comme un livre ex-prime la pensée d’un auteur, comme un passage d’une sonate de Beethoven exprime une forte tension, à la limite on dira que dans un groupe, tout le monde « s’exprime » parce qu’on parle un peu dans tous les sens, même si personne n’écoute et s’il s’agit seulement de se montrer quand on n’a pas grand-chose à dire : c’est encore de « l’expression », une sortie libre vers le dehors, dans le registre de la parole, on dira du domaine privé, vers un domaine public.

    S’agissant de la liberté d’expression, le sens devient plus restrictif. D’abord il s’agit plus d’un simple fait, mais d’un droit fondamental inscrit au registre des droits de l’homme, la liberté accordée à chacun de pouvoir exprimer ses opinions par la parole, dans un discours public, dans un livre, dans un magazine, dans des médias audiovisuels, sous une forme artistique d’une chanson, d’une peinture, d’une sculpture etc. Dans ce cas on parlera volontiers d’art engagé. Or comme il s’agit d’un droit passé désormais dans le droit positif, il présuppose aussi une définition politique de la liberté qui inclut le principe général : « ma liberté s’arrêt là où commence la liberté d’un autre ». Cependant, en droit français, à la différence des États-unis, le principe est personnalisé : je ne peux pas au nom de la liberté d’expression revendiquer le droit d’insulter, de diffamer, de porter sciemment tort à autrui par des paroles, des publications etc. car il y aurait attaque envers la personne, ce qui contredit le principe du droit. Mais on peut aussi aller encore plus loin et légiférer pour encadrer très sévèrement la liberté d’expression en proscrivant sous la menace de sanctions sévères toute forme d’expression qui par exemple mettrait en cause les représentants du pouvoir. Les pays totalitaires savent très bien le faire qui jettent en prison les opposants pour délit d’opinion. Mais dans ce cas, la liberté d’expression ne veut tout simplement plus rien dire. Où sont les limites ? Légiférer en matière de liberté d’expression a-t-il un sens ? Faut-il parler de la liberté d’expression comme d’un droit qui appartient à la libre-pensée de chacun ou plutôt comme un droit citoyen qu’il serait nécessaire d’exercer ? Le droit de dire ce que l’on veut ? Peut-on par exemple se réclamer de la liberté d’expression pour faire l’apologie de la violence, du racisme, de la haine, du suicide ? Faut-il assumer ......

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A. Blasphème et diffamation

  ...  religion sous l’épithète de blasphème et d’un autre côté l’affirmation du droit à la liberté d’expression. Commençons par là. Le blasphème envers la religion, est parfois distingué de la diffamation à l’égard des personnes. Cependant, du point de vue de l’étymologie, diffamation et blasphème sont équivalents. Blasphème vient du latin blasphemia lui-même tiré du grec βλασφημία, qui se décompose en βλάπτειν (injurier) et φήμη/φάμα (réputation). D’où l’on tire qu’il s’agit d’une faute morale comme diffamation : atteinte à l’honneur de quelqu’un. La littérature classique est pleine de ces histoires où des gentilshommes s’estimant « diffamé » exigent réparation de leur « honneur » en prenant l’épée ou le pistolet contre le « blasphémateur », pour laver l’affront. Le concept a été déplacé ensuite vers la religion, le blasphème devenant : « toute parole de malédiction, de reproche prononcé contre Dieu ». Ce qui est assez étrange d’un point de vue théologique mais qui se comprend assez bien sur le plan psychologique.

     1) Y a-t-il un enjeu vraiment différent de la diffamation dans le blasphème ? Alors que même l’étymologie veut que l’on ne les sépare pas ? Un enjeu qui puisse justifier que l’on interdise la liberté d’expression sur des matières religieuses ? Celui de l’histoire ? De la tradition ? De la culture ?

     Incontestablement, quand nous entendons le terme de « blasphème », nous avons l’impression de revenir des siècles en arrière, en plein obscurantisme moyenâgeux. Ambiance façon Le Nom de la Rose d’Umberto Eco, où des autorités religieuses toutes-puissantes traquent des impies – qui refusent la foi- ou des égarés – qui sont sortis des voies de l’autorité de Église. Ambiance terrible où règne la peur, où il ne fait pas bon être dénoncé publiquement pour blasphème. Mais ambiance qui n’est plus celle de notre époque. D’où cette étrange odeur de renfermé qui semble sortir tout droit du Moyen-Âge quand au cinéma un film suscite chez les catholiques une indignation désignée comme « blasphème ».  La dernière tentation du Christ de Martin Scorcese. La peinture très limite d’Andres Serrano Piss Christ. Ou encore au théâtre : Sur le concept du visage du fils de Dieu,  et Golgotha Picnic. En fait nous y sommes habitués, l’esthétique de la provocation est la marque de fabrique de la postmodernité. Mais où porter la provocation quand on a usé presque

 

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     © Philosophie et spiritualité, 2015, Serge Carfantan,
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